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ME MYSELF & MOI-MÊME

Jeu généreux et intelligent

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
14-08-2007 | 11h53
«On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresse», disait Céline. Dans Me Myself & Moi-même, Stéphane E. Roy n'a pas eu honte de ses quelques frasques, si bien qu'il en a fait une pièce dans laquelle son double jeune vient le confronter dans sa nouvelle vie de «sage» monsieur. On s'y retrouve tous à notre façon, comme créateur, comme jeune ou vieux, en tant qu'humain.

Rencontrés en entrevue avant la présentation en reprise de cette pièce, Stéphane E. Roy et Gilbert Turp, les deux comédiens, m'avaient confié que des femmes enceintes sortaient du show en pleurant... Le sujet du passage de la jeunesse à l'âge «plus» adulte, de la création, que ce soit celle d'un texte ou d'un enfant, de la prise des responsabilités et du deuil aussi, le deuil «du bon vieux temps», mais aussi de celui ou celle qu'on ne sera jamais, ne se digère pas comme une soupe poulet et nouilles. À travers quelques rires, il y a effectivement le choc de prendre conscience que le passé ne se rattrape pas.

Sa jeunesse, l'auteur, Roy, l'a vécue longtemps et intensément. Sa thérapie à lui, c'est peut-être l'autodérision puisqu'il se livre sans pudeur dans ce texte très personnel - qui devient universel - sur un créateur en panne d'inspiration. Il incarne lui-même son lui-même, un gars de 38 ans qui s'appelle Stéphane et qui écrit chez lui à Beloeil devant le mont Saint-Hilaire pendant que son fils William Emmanuel fait sa sieste.

La vie avant

En proie à la panique devant son clavier d'ordinateur, il reçoit la visite impromptue d'Emmanuel, sa propre personne... à 28 ans! Incarné par Gilbert Turp, ce personnage de lui-même vient jouer au petit diable avec lui, lui rappelant à quel point il faisait bon boire, draguer, courir les cocktails, les filles et... les problèmes. C'était l'époque où l'inspiration arrivait du Plateau Mont-Royal, comme par magie, entre deux soirées bien arrosées. L'époque où même avec une gueule de bois, on était sexy et efficace.

Stéphane n'en est plus là. Il tente de raisonner son double, lui dresse un portrait attendrissant de la paternité, de la stabilité amoureuse, du plaisir de regarder pousser les fleurs du jardin.

Déraison

Vient un temps où l'homme se case. Roy n'en est peut-être pas revenu que ça lui arrive à lui, l'être de déraison. Il a écrit là-dessus et on applaudit. La démarche est vraie et sincère, sans prétention, sans l'ombre d'une volonté de se donner bonne conscience.

Puisqu'on est dans l'autofiction, procédé de création très actuel, il révèle des événements profonds ou anecdotiques issus parfois de sa réalité et de son passé. Belle leçon d'humilité pour l'auteur qui ne se lance pas que des fleurs, avouant à tous les spectateurs ses plus grandes défaites et des erreurs qui font mal.

Gilbert Turp joue avec générosité et intelligence le personnage de Roy à 28 ans, même si dans la réalité, il est de dix ans son aîné. Cet anticasting passe bien, vient cautionner les passages où Turp sort de son personnage pour interagir avec le public, lui dire que certaines lignes du texte qu'il a à jouer ne riment à rien. Bien qu'elles fassent rire, ces communications avec le public apportent peu aux propos déjà touchants et complets, assez pour créer une véritable rencontre avec la sensibilité de tous les spectateurs, qu'ils aient atteint «l'âge de raison» ou pas.

Me Myself & Moi-même, Comédie dramatique de Stéphane E. Roy, avec Stéphane E. Roy et Gilbert Turp.

À la Salle de L'Envol du Centre culturel de Joliette jusqu'à samedi.

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