MERCI CHÉRI!On s'y ennuie peuClaudia Larochelle Le Journal de Montréal 10-08-2007 | 10h57
Avec l'auteur Ray Cooney, sorte de Feydeau des temps modernes, il y a, la plupart du temps, un malhonnête qu'on aime haïr, un sbire nono dont on voudrait éclairer la lanterne, et des belles filles en tenues légères que les autres femmes trouvent cocottes. Les hommes ne trouvent rien à redire, bien sûr. Chose certaine, le public ne peut rester de glace devant ce portrait, qu'il aime ou pas. Ne vous leurrez pas, Cooney ne fait pas l'unanimité. Tout de même, l'adaptation et la mise en scène de Vincent Bilodeau, qui joue aussi dans la pièce, font honneur à la légèreté, revampent la formule épuisée des chassés-croisés derrière le buffet de la cuisine. Pour tout dire, on s'ennuie peu, même s'il y a de quoi s'énerver de voir la femme faire une fois de plus la pitoune en petites tenues. Par-dessus le marché, Cooney exploite à fond la naïveté et le côté bitch de la fifille en talons hauts. Voilà pour la posture féminine peu originale qu'aime mettre à l'avant-scène le dramaturge macho. Pluie de maîtresses Dans Merci chéri! c'est autour d'un manteau de fourrure que l'action se déroule. En tentant d'obtenir les faveurs de sa maîtresse et d'arnaquer le mari de cette dernière en lui vendant à grand prix le manteau qui fait l'envie de madame, un propriétaire de commerce de fourrures voit ses plans déjoués. Ainsi suivra une série de péripéties impliquant le propriétaire, son assistant qui se met les pieds dans les plats et des filles dont on ne sait plus qui est la maîtresse de qui. Chose certaine, ces fameuses filles sont jouées admirablement. Mélanie Pilon, Linda Sorgini, Pascale Deshaes et Isabelle Miquelon apportent nuances et intensité aux personnages, sans pousser les stéréotypes féminins trop loin. Ces comédiennes sont intelligentes, leur jeu en est teinté. Dans ce décor vaste et étoffé, elles sont à mourir de rire entre deux changements de lingerie fine. L'homme et ses défaillances Quant aux gars, ils font si bien ressortir le côté vulnérable du mâle en rut qu'on en pardonne presque le machisme de Cooney. On rit en y reconnaissant certains traits masculins peu reluisants. Il y a matière à réflexions, comme ça rejoint aussi beaucoup de gens, on applaudit. Ce public rit beaucoup devant cette comédie qui offre une caricature des relations homme-femme dans tout ce qu'elles ont de plus primaire. Et puisqu'en couple on en arrive vite aux superficialités, ce vaudeville évoque donc cruellement la réalité. Ça fait peur, mais ça fait rire en diable. Merci chéri! de Ray Cooney. Mise en scène de Vincent Bilodeau. Avec Isabelle Miquelon, Claude Prégent, Mélanie Pilon, Vincent Bilodeau, Roger Léger, Pascale Deshaes et Linda Sorgini. Au Théâtre Saint-Sauveur jusqu'au 1er septembre. |