FESTIVAL JUSTE POUR RIREOuf, enfin fini!David Patry Le Journal de Montréal 01-08-2007 | 13h39
«J’ai bien aimé cet hommage-là parce que c’était drôle!» lance Yvon Deschamps, visiblement heureux que cette source de stress soit derrière lui. C’est que le célèbre humoriste déteste ce genre de manifestation d’amour. Particulièrement celles qui font verser une larme à leur «victime». «Si c’est trop hommageux, j’ai bien de la misère», admet-il. «C’est sûr qu’il y a eu des moments d’émotion, mais en général, c’était drôle», constate Yvon Deschamps, qui avait été rassuré par sa conjointe, Judi Richards. Le numéro d’ouverture, offert par Stéphane Rousseau, dans lequel il a imité Yvon pour raconter sa rencontre avec ce géant de l’humour, a donné le ton. «Il m’a jeté par terre, il était fabuleux! Maudit qu’il était bon! Ça a été comme ça tout le long», raconte le fêté. Les artistes qui levaient leur chapeau à une personnalité aussi influente ne l’ont pas eue facile non plus. La nervosité s’est emparée de Jean-Michel Anctil quelques jours avant le spectacle, où il interprétait son personnage de Priscilla. «Il m’a dit que ça faisait une semaine qu’il ne dormait plus, raconte Yvon Deschamps. J’ai trouvé fabuleux que des gars se donnent autant de troubles, même de se rendre malades juste pour monter un numéro pour moi. Je l’apprécie énormément.» Trop plein d’émotion Le monologuiste a bien failli se laisser emporter par l’émotion quand sa femme est venue lui chanter une de ses compositions. Heureusement, parmi les photos du couple qui défilaient sur écran géant, on avait glissé quelques images humoristiques. «Sans ça là… Ouf! affirme Yvon Deschamps, la gorge encore nouée par l’émotion. Ça m’a vraiment sauvé!» S’il savait que sa fille Karine chanterait avec Ariane Moffatt, l’homme a été agréablement surpris par la petite prestation de sa fille Annie, venue raconter quelques anecdotes de famille. Son autre fille, Sarah, est même montée sur scène pour lui faire ses rôties du soir avec l’aide de Stéphane Rousseau. Mais Yvon ne les a pas mangées. Pourquoi donc? «Ce n’était pas la vraie heure! dit-il en rigolant. Normalement, c’est à 11h15, pas à 9h15. Mais ils ne pouvaient pas étirer le show jusque là.» Souffrir pour son public En fait, c’est par amour pour son public qu’Yvon Deschamps a enduré le martyre d’un hommage. «S’ils ne m’avaient pas fêté, ce spectacle-là n’aurait peut-être jamais été créé, donc c’était important que j’y sois», conclut-il. Et comment! Le gala dédié à Yvon Deschamps a clôturé le festival de bien belle façon.
Ventes records de billetsLes 25 ans du Festival Juste pour rire ont été couronnés de succès, établissant un record de 11 M$ de vente de billets. L’organisation a ainsi réussi à diminuer l’ampleur de son déficit, qui devrait atteindre un demi-million cette année plutôt que les 600 000 $ anticipés.«Partout, on a voulu pousser plus loin. J’ai demandé à mon équipe quelque chose d’invraisemblable. La commande était complètement folle», a affirmé Gilbert Rozon, visiblement ému de tourner la page sur le plus gros festival de l’histoire de Juste pour rire. L’homme a même laissé couler une larme, encore ébranlé, semble-t-il, par le numéro sur le bonheur qu’André Sauvé a livré lors du gala pour Yvon Deschamps. Il faut dire que l’ampleur du 25e anniversaire du FJPR avait de quoi épuiser le plus vaillant des guerriers. Avec un budget de 40 M$, l’événement constitue sans contredit le plus imposant du genre à Montréal. Le tout se conclut avec un déficit de l’ordre de 500 000 $. «Du côté de la vente de billets, on a atteint plus qu’on pensait, donc ça devrait permettre de réduire le déficit qu’on avait prévu», indique Gilbert Rozon. En salle, c’est quelque 260 000 personnes qui ont assisté à une des 445 représentations offertes pendant la durée du festival. Mais le coût en a valu la chandelle. L’équipe de Juste pour rire peut se vanter d’organiser le plus aimé des festivals montréalais. C’est du moins ce qu’indiquent les résultats d’un sondage aux prétentions non scientifiques mené dans le site Internet Canoë et auquel 7123 personnes ont répondu. Records à l’extérieur Le site extérieur du FJPR a également été fort achalandé cette année avec une fréquentation évaluée à deux millions de festivaliers. Deux jours de pluie seulement ont ralenti l’ardeur des fêtards, sans toutefois forcer la fermeture du site. La journée la plus fréquentée aura été celle du Grand Carnaval, qui aurait attiré à elle seule 350 000 personnes. La plus grosse foule jamais enregistrée à Juste pour rire. «Ça a été une méga-réussite, indique la productrice des Arts de la rue, Anne Laplante. Ça nous a donné la couleur de l’événement.» Pourtant, sa mise sur pied a donné lieu à un combat autant à l’interne qu’à l’externe, notamment avec les tractations avec la Ville de Montréal pour le trajet et la date du défilé. «Les sceptiques ont été confondus», lance fièrement Danielle Roy, directrice artistique du plus grand projet de création que le festival ait connu. C’est quoi, le plan, M. Rozon ?Gilbert Rozon n’a pas été tendre envers le maire de Montréal, Gérald Tremblay, en dénonçant son manque de vision. Le Journal de Montréal a renversé les rôles en demandant au président-fondateur de Juste pour rire de nous livrer son plan pour l’avenir de son festival.«Je vais continuer à me battre pour ma ville et pour que ce festival-là aille plus loin», assure dès le départ Gilbert Rozon. Celui-ci a une idée très claire de ce qu’il souhaite faire pour permettre au FPJR de continuer à croître. Un plan de développement sur cinq ans et qui se dessine en trois points. Il le déposera d’ailleurs à l’automne à la Ville de Montréal, au gouvernement du Québec et au gouvernement du Canada. «Là, on est aux limites de ce qu’on peut faire. On a besoin de partenaires», dit-il. Se tourner vers les touristes «Je veux qu’on ait plus de contenu qui s’adresse aux touristes. Que ce soit dans la rue ou en salle, qu’on ait vraiment des productions et des créations qui s’adressent aux touristes. «Il faut leur parler et il faut que ce soit là pour longtemps. Deux ou trois mois pendant l’été. Pas juste deux semaines.» Ces productions pourraient prendre la forme de grands rassemblements, comme le défilé des jumeaux et le carnaval, ou de pièces de théâtre en anglais. «Des produits internationaux attrayants comme les comédies musicales de Broadway», résume Gilbert Rozon. Télé aux É.-U. et en Angleterre Gilbert Rozon souhaite que son festival jouisse de plus de visibilité en Angleterre et aux États-Unis. Pour ce faire, il veut se tourner vers la télévision. «On veut des émissions spéciales, mais pour ça, il faut mettre environ un demi-million de dollars», indique-t-il. Il explique cette dépense par la différence entre ce que les diffuseurs sont prêts à donner pour une émission et ce que ça coûte à produire. «Ce sont des émissions qui parlent de la ville, qui sont drôles et qui sont riches. Qui donnent le goût de venir à Montréal. Ce sont des immenses pubs de une heure ou une heure trente, il faut que ce soit de très haute qualité.» Gilbert Rozon s’appuie sur l’exemple de Juste pour rire en Europe pour garantir la réussite de ce type de publicité. «Notre marque est incroyablement connue parce que pendant cinq ans, on a martelé avec une émission qui coûtait deux fois plus cher que ce qu’elle rapportait», dit-il. Marketing personnalisé Bien conscient de l’importance des nouvelles technologies d’aujourd’hui, Gilbert Rozon veut s’attaquer à Internet et aux cellulaires. «On veut parler aux gens qui habitent à une heure d’avion de Montréal. On veut leur parler à longueur d’année, continuellement, pour qu’ils s’abonnent au festival et reviennent ici chaque année. Moi, j’aime beaucoup la fidélisation», affirme Gilbert Rozon avec conviction. «C’est un plan de cinq ans, martèle-t-il. Rendez-vous en 2012!» |