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HUIT FEMMES

Brillante remise à jour

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
13-07-2007 | 09h57
Cela fait 60 ans que Béatrice Picard joue. Dans Huit femmes, elle prouve aux côtés d'une bande de comédiennes qu'elle manie aussi bien le drame que la comédie et que, dans un suspense, elle brille par ses simples mimiques et son expérience, silencieuse et criante à la fois.

Huit femmes casse la baraque, ou plutôt... la cabane à sucre de Rougemont. Rien de moins. Cette pièce ayant été jouée et rejouée dans des gymnases d'écoles secondaires comme dans les théâtres institutionnels, et présentée à l'écran dans un film de François Ozon, on aurait pu s'attendre à un mélange de déjà vu ou à du old style modernisé radicalement. Jean- Guy Legault a fait de cette histoire un vrai nanane qu'on suit sans s'ennuyer, pendus aux lèvres des personnages, des femmes caractérielles, typées, au passé et à la destinée différents, toutes fascinantes.

Elles sont toutes là; les filles, les amantes, l'épouse, les bonnes, la soeur, la belle-mère, la belle-soeur, intenses et uniques, dignes représentantes de la colonie féminine, soupçonnées chacune à tour de rôle d'être coupable du meurtre du maître de maison, poignardé à la veille de Noël. Ces femmes ont toutes de bonnes raisons d'avoir tué monsieur.

La méchante est...

Comme il fait tempête à l'extérieur de la villa bourgeoise de North Hatley où elles sont réunies, que la ligne de téléphone est coupée, que des clés de voiture ont disparu, bref que tout les empêche de fuir le lieu du crime, elles doivent mener elles-mêmes leur propre enquête pour élucider le meurtre et trouver LA coupable.

La distribution fait le charme de ce suspense. Les huit actrices de générations différentes brillent par leur présence sur scène, leur authenticité, la chimie qui opère entre elles.

Nathalie Gascon et Sophie Faucher, dans des rôles de soeurs, sont hilarantes, vives, prêtes à enchaîner des répliques savoureuses, adaptées du texte original par Legault, qui a québécisé la pièce sans que tout évoque la province; du langage aux références culturelles.

Qu'elle soit intemporelle, qu'elle rie de la nature féminine, décryptant ses travers avec finesse, sans grossièreté, mais sans être politiquement correcte non plus, ajoute à l'intérêt de cette version aux tonalités grivoises comme pudiques, décadentes comme réservées. Legault est allé dans les excès, a flirté avec un texte qu'il a remis au goût du jour, faisant ressortir les meilleurs éléments de l'oeuvre de Robert Thomas.

Éclairage

Huit femmes n'est pas pour autant qu'une histoire de filles. Elle jette un éclairage sur la nature humaine, ses doutes, son hypocrisie, son orgueil, ses mensonges et ses pulsions.

L'âge, le rang social, la prédisposition au bonheur, l'orientation sexuelle ne font aucune différence entre les êtres préoccupés par l'idée de sauver leurs fesses.

Huit femmes, comédie policière de Robert Thomas, mise en scène de Jean-Guy Legault. Avec Marilyn Perreault, Sophie Faucher, Nathalie Gascon, Brigitte Paquette, Geneviève Bélisle, Louise Latraverse, Catherine Florent et Béatrice Picard.

  • Au Théâtre de Rougemont, jusqu'au 1er septembre.
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