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SIZWE BANZI EST MORT

Un spectacle à l'esthétisme dépouillé

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
11-04-2007 | 12h03
Du haut de ses 80 quelques années, qu'il ne fait pas, le grand Peter Brook, qui met en scène des histoires de l'apartheid, est en ville. Avec Sizwe Banzi est mort, il confirme son intérêt pour la recherche de la nécessité théâtrale, une optique peu exploitée chez nous.

Sa présence fait jaser. L'homme est imposant. Le Londonien d'origine, qui réside en France, s'illustre depuis plus d'une soixantaine d'années comme réalisateur, auteur, metteur en scène et a travaillé avec les plus célèbres artistes. C'est d'ailleurs à lui que l'on doit la réalisation du film Moderato Cantabile, écrit par Marguerite Duras. Madame Duras ne travaillait pas avec n'importe qui...

Il rencontrait donc les médias montréalais hier à l'Usine C, là même où il présente dès ce soir Sizwe Banzi est mort, une pièce sud-africaine née dans les villes-ghettos dans les années 1970 et écrite par John Kani, Winston Ntshona et Athol Fugard.

Homme cherche identité

On y parle de Sizwe Banzi, un homme qui s'exile vers la capitale pour trouver du boulot. Il doit se trouver une preuve d'identité s'il veut y parvenir, ce qu'il fera en prenant l'identité d'un mort.

Apartheid, cruauté humaine, exploitation, principe identitaire et survie sont autant de thèmes liés à cette histoire touchante, profonde et intemporelle.

Ça faisait depuis l'an 2000 que Brook n'avait pas foulé le sol montréalais. La dernière fois, c'était pour Le Costume. Il admet qu'il revient à nouveau avec un spectacle à l'esthétisme dépouillé, qu'il continue dans sa recherche de nécessité théâtrale par le biais de mises en scène simples et intuitives.

C'est ce qu'il a exploré dès 1971 en fondant à Paris le Centre international de créations théâtrales (CICT). Selon lui, la nécessité est partout quand la création se révèle dans l'urgence. À ce moment-là, il avoue que le côté artistique ne peut pas être calculé. «Le but est de raffiner, aiguiser l'intuition. Si on la suit bêtement, c'est inutile», a précisé Peter Brook.

Stars plus loin

Habib Dembélé et Pitcho Womba Konga sont les deux acteurs qui donnent vie à ce texte depuis le début de la tournée, en mai dernier à Istanbul.

Si le premier est une véritable star au Mali, où il habite, qu'il est un acteur phare du cinéma africain en plus de s'être porté candidat à l'élection présidentielle de son pays, le second, quant à lui, est surtout connu pour son métier de rappeur.

Natif de la République démocratique du Congo, puis émigrant en Belgique, monsieur hip-hop retire nécessairement un vif plaisir à être en représentation. Profitant de son passage à Montréal, il a donné un spectacle de hip-hop aux Foufounes électriques la fin de semaine dernière.

Pour ce dernier, la nécessité théâtrale passe aussi par la nécessité d'être lui- même, même en incarnant un personnage, de jouer avec ce qu'il est, ce qu'il a été et ce qu'il sera. Une autre leçon de maître Brook. Impossible de passer outre. Une autre nécessité théâtrale.

  • Sizwe Banzi est mort, une pièce d'Athol Fugard, John Kani et Winston Ntshona dans une mise en scène de Peter Brook. Avec Habib Dembélé et Pitcho Womba Konga. À l'Usine C, jusqu'au 14 avril.
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