JUSTE POUR RIRE À NANTESFaire ses racinesAgnès Gaudet Le Journal de Montréal 02-04-2007 | 12h28
Après 25 ans de célibat, Victor a finalement trouvé l'âme soeur. L'heureuse élue se nomme de Rose de Nantes, une joyeuse bonne femme qu'il a rencontrée en France, l'an dernier lors du premier Festival Juste pour rire Nantes-Atlantique. Elle viendra le rejoindre à Montréal cet été pour le festival. En fait, l'union de Rose et Victor représente l'union du Festival Juste pour rire et du Carnaval de Nantes, qui associent leurs forces pour créer un événement majeur. Le défilé de nuit présenté à Nantes ce week-end est un aperçu du carnaval qu'on verra le 22 juillet à Montréal pour clore la 25e tenue du Festival Juste pour rire. Pour Montréal, l'équipe de création nantaise créera 45 grosses têtes d'humoristes, des classiques comme Chaplin, Laurel et Hardy, Mister Bean, mais aussi nos Québécois: Sol, Yvon Deschamps, Stéphane Rousseau, Louis-José Houde, Jean-Marc Parent, Clémence DesRochers et tous les autres, en se fiant aux caricatures du Québécois Patrick Déa. Douze chars allégoriques et ces têtes d'humoristes partiront pour Montréal par cargo le 15 mai et arriveront à destination un mois plus tard. Au Québec, on ajoutera aussi à la parade nantaise des artistes de rue, tout ce qu'il y a de clowns, d'échassiers, de danseurs et de jumeaux, des artifices et confettis, en plus d'une musique originale conçue par des DJ québécois. S'enraciner Entamé vendredi, le second Festival Juste pour rire offre des dizaines de spectacles - surtout d'Européens -, avec une belle portion québécoise. Stéphane Rousseau est à l'honneur, mais sont aussi à l'affiche d'autres artistes moins connus en France qui tentent l'expérience du public français : Laurent Paquin, Guy Nantel, Dominic et Martin, André Sauvé, Charly Pop. Sur les artères principales de la ville, des pancartes annoncent l'événement. L'an passé 40 000 Français sont venus, on en espère beaucoup plus cette année. En cette deuxième année, Gilbert Rozon n'a qu'un voeu : s'enraciner. Et il prend les moyens pour y parvenir. «Pour s'établir pour de bon à Nantes, explique-t-il, il faut faire ses preuves, monter une équipe, faire un transfert de connaissances, choisir les bonnes dates, mais aussi comprendre la ville et sa culture.» «Il faut que les Nantais nous voient fonctionner, croit Rozon, qui garde en tête le mot respect. On ne débarque pas en immigrant comme si on nous devait quelque chose.» Un ferry boat Pour faire de Juste pour rire un succès à Nantes, Gilbert Rozon met beaucoup de temps, d'énergie et «un peu d'argent». La Cité des congrès de Nantes, un organisme parapublique, finance 50 % de l'aventure. «S'encrer solidement en Europe est un atout pour toute l'organisation Juste pour rire estime Gilbert Rozon. C'est un ferry boat (un» pont «qui traverse l'Atlantique est impossible) qu'on est en train de positionner entre la France et le Canada, explique-t-il. Et il y aura plus tard une extension sur Paris. «Avec le succès international, les rapports changent et on peut mieux négocier. Cette année, on peut notamment taquiner Nantes pour choisir les meilleures dates et nos salles préférées, ce que je ne pouvais pas faire l'an dernier.» Et puis, France 2 vient de lui confirmer que le gala coanimé à Montréal cet été par Marc Labrèche et des humoristes français sera diffusé en France. Voilà, selon Rozon, un exemple de l'efficacité du ferry boat. Pour faire de cette version européenne un événement grandiose comme celui présenté au Québec aujourd'hui, il faudra plus d'une dizaine d'années. Mais il est patient. Il n'a pas oublié les débuts du festival Juste pour rire à Montréal il y a 25 ans, où tout était à inventer. 15% à la culture Gilbert Rozon rêve, pour Montréal, d'un budget culturel proche de celui que concède le maire de Nantes à sa ville. À Nantes, le maire réserve 15 % de son budget à la culture. C'est bien assez pour faire réagir Gilbert Rozon : «Nous, au Québec, on se bat pour 1 %, déplore-t-il. En France, la culture est une grande préoccupation. La France se sert de la culture comme d'un grand produit d'appel mondial au niveau du tourisme. En ce sens, elle est en avance sur nous en termes stratégiques. «À Nantes, la culture est au premier plan de la personnalité de la ville, ajoute le patron de Juste pour rire, et la Ville s'en sert pour attirer plein de monde, des étudiants, des gens d'affaires. Et puis, tous les artistes français passent par Nantes.» Nantes est déjà une ville réputée pour sa culture : sa musique classique, son opéra, son carnaval, son théâtre de rue. Juste pour rire est la pierre qui manquait à l'édifice. |