L'art de réinventer la messe

Dernière mise à jour: 11-02-2007 | 13h57

Le succès des Québécois dans la capitale du jeu ne se limite pas à celui de Céline Dion et à celui du Cirque du Soleil. Paul Goulet, un pasteur de Las Vegas, attire chaque semaine quelque 4 000 fidèles dans son église, l'International Church of Las Vegas.

Son église, qui est l'une des deux plus fréquentées de Las Vegas avec la Central Christian Church, est installée dans le nord de la ville, sur un gigantesque terrain de 15 acres.

À la différence des messes catholiques qui sont largement pratiquées au Québec, celles de l'International Church of Las Vegas ne sont pas «ennuyantes», selon l'évaluation qu'en fait Paul Goulet.

«C'est un service qui dure une heure quarante-cinq ou deux heures, et on ne sait jamais ce qui va arriver», confie-t-il, assis dans son grand et chic bureau adjacent à l'église.

«C'est presque un concert rock avec des lumières et de la musique forte. [...] On fait jouer de l'opéra, du rock ou de la musique d'église d'il y a 100 ans. Des fois, on met de la fumée artificielle. Les gens sont debout, ils chantent, ils dansent, ils applaudissent. C'est plein d'énergie», dépeint-il, un café à la main.

Des miracles prouvés

Paul Goulet, qui a un baccalauréat et une maîtrise en psychologie, ne se décrit ni comme un catholique ni comme un protestant.

«Je crois en Jésus. Je suis chrétien, j'aime le Seigneur et les autres.»

Avec les 4 000 fidèles qu'il attire chaque semaine dans son église pour l'un ou l'autre de ses services, Paul Goulet dit prier tout particulièrement pour les miracles.

«Il y a des miracles qui se sont produits dans notre église. Des miracles prouvés par les docteurs», prétend-il.

«On a même une personne ici, une seule, qui a été guérie du sida. On ne garantit rien, mais on prie beaucoup», dit-il dans un large sourire.

«Je voulais faire partie de la LNH»

Montréalais d'origine, Paul Goulet ne s'est pas levé un matin avec le désir de prêcher la bonne parole dans le désert du Nevada.

«À 18 ans, je jouais au hockey et je voulais faire partie de la LNH», raconte-t-il.

Un jour, lorsqu'il était dans la chambre des joueurs d'un aréna d'Ottawa, un groupe d'athlètes est entré pour parler de la façon de faire entrer Jésus dans leur vie.

«Ça a duré 10 minutes. Sur 18 gars, il y en avait deux qui écoutaient, moi et un autre.»

Déjà bouleversé par leur approche, Paul Goulet raconte avoir vécu une autre étape de sa transformation spirituelle la veille de Noël 1978.

Père

Alors en brouille avec son père, il a voulu se réconcilier avec lui, mais ce dernier lui a tourné le dos.

«J'étais chez mon frère. [...] J'ai voulu embarquer dans ma voiture et m'en aller. Mon frère est tombé à genoux et s'est mis à prier. Je pleurais et j'ai prié avec mon frère. C'est ce soir-là que le Christ est entré dans mon coeur.»

À Ottawa, où il étudiait, Paul Goulet a rencontré son épouse, Denise Taillefer, qui est «aujourd'hui une prédicatrice remarquable» de son église.

Avec elle, il s'est installé en Ohio, puis au Vermont, où il a ouvert un centre de thérapie «pour les couples avec problèmes, les gens désespérés et la prévention d'abus sur les enfants».

Le couple a ensuite déménagé à Sacramento, où Paul Goulet s'est imaginé, en 1992, devenir pasteur à Las Vegas.

«J'avais 33 ans, une belle maison, je faisais beaucoup d'argent comme thérapeute et mes enfants allaient à l'école privée. On a tout abandonné pour s'en venir ici, dans cette église-là, qui n'avait pas d'argent et qui comptait à peu près 200 personnes», raconte-t-il.

Chiffre d'affaires de 11 M$

Aujourd'hui, l'International Church of Las Vegas a un chiffre d'affaires de quelque 11 M$ par année.

«Notre financement est basé sur ce que les gens veulent nous donner et il y a des gens qui donnent beaucoup, convient-il. Ils croient en notre vision, en ce qu'on essaye de faire. Tout ce qu'on charge, ce sont les frais pour notre école privée.»

Au moins une fois par année, Paul Goulet et sa petite famille reviennent au Québec pour visiter les leurs.

«Ça a pris du temps», dit-il en parlant de la façon dont leurs proches et amis ont accueilli leur «vocation».

«Au Québec, il n'y a pas de modèle pour ce que je fais», défend-t-il.

2 000 chapelles d'ici 2020?

Paul Goulet veut implanter 2 000 églises dans le monde d'ici à 2020. Ni plus ni moins.

«Mathématiquement, ça va marcher», dit-il en riant.

L'International Church of Las Vegas est déjà, sur différents plans, derrière plusieurs projets religieux ou d'ordre humanitaire dans le monde, comme un orphelinat aux Indes, un autre au Kenya et un collège biblique au Mexique, notamment.

Chacun d'entre eux, à leur tour, parraine la création d'autres «satellites» de l'ICLV. Une sorte de «création pyramidale» d'églises...

«On a déjà de 80 à 90 églises établies», précise Paul Goulet.

Pour se faire connaître et pour aider à la réalisation de son projet, le pasteur écrit des livres et anime sa propre émission de télévision, 2020 Vision, diffusée à Las Vegas et dans Internet.

«Au début, on était à Black Entertainment Network, une chaîne câblée, raconte-t-il, mais c'était cher et ce n'était pas ce qu'on voulait.»

Pas une secte

Paul Goulet se défend bien d'être à la tête d'une secte.

«Pour moi, une secte, ça manipule les gens, ça leur dit quoi faire. Moi, je veux enrichir leur vie, les aider. Je veux partager ma foi», dit-il, faisant remarquer, à juste raison, qu'il n'y a aucune photo, dessin ou statue à son effigie sur le campus.

dbouchard@journalmtl.com


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