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La mort rendue tellement naturelle - Des personnages tout droit sortis des histoires d'Edgar Allan Poe
©AP
Un cliché non daté d'Edgar Allan Poe

LA MORT RENDUE TELLEMENT NATURELLE

Des personnages tout droit sortis des histoires d'Edgar Allan Poe

Claudia Larochelle
Le Journal de Montréal
04-10-2006 | 09h58
Les poemaniaques ne doivent pas manquer le rendez-vous que donne au public le metteur en scène Jean-Guy Legault avec la pièce inspirée d'oeuvres éparses d'Edgar Allan Poe. Entre rire et peur, le thrill est succulent.

Vous n'en ferez peut-être pas de cauchemars la nuit venue, mais la pièce, créée avec amour et respect envers Poe - on sent l'admiration et la rigueur derrière le travail de Legault -, fait partie de celles qui peuvent accompagner longtemps un spectateur. Encore faut-il qu'il apprécie les atmosphères, la musique, le cynisme, les revirements de situation et l'impression de casse-tête qui s'en dégagent.

Produite par le Théâtre des Ventrebleus dans la toute petite salle Fred-Barry, l'histoire nous transporte à Central Park en 2006, lorsque Vicky Lafurcade, jeune guide de musée et spécialiste des crimes non résolus, se retrouve coincée vivante entre les murs de son lieu de travail. On ne retrouvera d'elle que le drapeau rouge que tant de guides agitent dans les airs de la Grosse Pomme.

Frissons et mystère

Seule avec son imagination fertile, elle se projette dans un univers surnaturel dans lequel apparaissent des personnages tout droit sortis des histoires de Poe. En les côtoyant, elle tente de résoudre l'énigme de son emmurement, un mystère qui prend racine au XIXe siècle.

Autour d'une Geneviève Bélisle posée et juste dans le ton en incarnant Vicky, évoluent sur scène un Stéphane Breton étonnant, un Éloi Cousineau qui déclenche l'hilarité générale à plus d'une reprise et une Évelyne de la Chenelière tout simplement craquante en fantôme aristocrate. Wow! Et à coups de «c'est à force de mourir qu'on fini par bien le faire» ou encore de «on voit ce qu'on veut bien voir», phrases dites l.e.n.t.e.m.e.n.t. avec une langueur plus effroyable que sexy, elle a hérité du plus beau texte, qu'elle livre avec assurance.

«On n'a pas le monopole de la mort parce qu'on croit qu'on a eu la pire», «quand on vit comme un chien, on meurt comme un chien»... On reconnaît là toute la force de Poe, sa manière de rendre la mort tellement naturelle, de faire sortir de leur zone de confort ceux qui se méfient de la Grande Faucheuse comme de la peste, celle des autres et la leur. À Legault, on doit aussi Théâtre extrême, création présentée en mai dernier et dans laquelle le spectateur était appelé à éliminer les candidats de son choix dans une fausse course à la direction d'un faux parti politique.

Méninges en action

Comme dans le cas précédent, le public peut jouer, entrer dans cette sorte de théâtre participatif afin de résoudre l'intrigue en en tirant ses propres conclusions. Vous pouvez opter pour cette option en vous creusant les méninges. Mais le rythme est très rapide, notamment dans la vitesse d'enchaînement des dialogues, qui laisse peu de temps pour réfléchir. De grâce, il y a des perles dans chaque tableau. Laissez-nous les savourez, bien saisir chaque mot, son sens, son double sens...

Après une heure à faire la fin finaude de détective, j'ai préféré me laisser porter par le spectacle. Ouf! C'est tellement plus agréable de voir cette pièce en «paresseux», de laisser les comédiens venir nous chercher. Ils n'ont même pas à dérouler le tapis rouge. Dès les premières minutes, jusqu'au dénouement, on leur tient la main, une main froide comme la mort.

Poe, d'après la vie et l'oeuvre d'Edgar Allan Poe. Texte et mise en scène de Jean-Guy Legault. Avec Geneviève Bélisle, Stéphane Breton, Évelyne de la Chenelière et Éloi Cousineau. À la Salle Fred-Barry jusqu'au 14 octobre.

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