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TêTE-à-TêTE - BOUCAR DIOUF

«L'humour est un médium très efficace quand on s'en sert à bon escient»

15-07-2006 | 10h02

MONTRÉAL -- Toutes ses présences à Juste pour rire sont acclamées par des ovations debout. Boucar Diouf a un je-ne-sais-quoi qui charme le public à tout coup. Même Des kiwis et des hommes ont cédé l'été dernier en lui confiant une chronique pour la présente saison. L'humoriste «québégalais» se laisse peut-être porter par le destin, n'empêche, les ambitions ne manquent pas. Il pourrait même marcher sur les traces de Fernand Séguin.

Chroniqueur scientifique depuis le début de l'été à l'émission matinale Des kiwis et des hommes, Boucar Diouf est amené de plus en plus souvent à remplacer l'un des deux animateurs principaux. Son dernier passage au gala de Dieudonné et Jean-Marc Parent a été encore une fois salué par le public et la critique.

Mais Boucar a d'autres cordes à son arc : il a récemment reçu le prix Jacques-Couture pour la promotion du rapprochement interculturel à la suite de la publication de son livre Mystérieuse de Kaloua, destiné aux enfants, et pour son implication auprès des jeunes.

Q. Es-tu surpris de tout ce qui t'arrive?

R. Bien sûr! Je n'étais pas destiné au monde du spectacle. J'ai enseigné durant huit ans à l'université. C'est un changement de cap complet.

Q. C'est donc par hasard que tu es devenu humoriste et que ta carrière progresse ainsi?

R. En fait, j'ai toujours beaucoup utilisé l'humour comme médium. L'énergie de l'humour est essentielle pour gagner les gens. Mais toutes les choses qui m'arrivent... je pense que c'est à force de semer qu'elles se proposent à moi. Je n'ai pas un objectif prédéfini, je n'ai pas cette ambition de devenir une icône de l'humour à la télé.

Q. Que cherches-tu à accomplir, alors?

R. J'aimerais faire passer un message. Quand les gens te donnent autant, c'est une responsabilité sociale. Je cherche toujours à faire qu'il y ait quelque chose derrière mes textes humoristiques et à profiter de ce médium pour parler de sujets tabous ou moins connus.

Q. As-tu des exemples?

R. La sagesse africaine, sa poésie et ses proverbes. Tout ce qu'on voit de l'Afrique dans les médias est plus souvent qu'autrement négatif. Je veux faire voir un autre côté. Je veux juste dire au public que l'identité culturelle du Québec a changé. Moi, je suis un Sénégalais, mais aussi un Québécois. J'ai vécu 15 ans dans le Bas-du-Fleuve et j'ai été partout dans la province. Quand je me présente sur scène, c'est en tant que l'hybride culturel que je suis.

Q. Penses-tu y arriver?

R. Absolument, oui! L'humour est un médium très efficace quand on s'en sert à bon escient. Je suis flatté qu'on dise que ce que je fais est drôle, mais aussi que je suis intéressant. Les gens qui me rencontrent m'associent toujours à ma phrase fétiche, «Mon grand-père disait...», c'est dire combien ils écoutent ce que je dis! Je travaille d'ailleurs sur ce sujet pour un livre.

Q. Tu prévois publier un livre?

R. L'écriture du livre Mon grand père disait est terminée et on travaille maintenant sur les illustrations. J'en suis à magasiner un éditeur pour l'an prochain. J'ai pensé à Planète Rebelle. C'est un genre de guide qui montre comment utiliser les proverbes africains.

Q. Crois-tu que ton humour fonctionne exclusivement ici, ou qu'il pourrait bien plaire ailleurs?

R. Je suis convaincu que je pourrais plaire en Europe. Quand j'écris mes numéros, j'en fais toujours une version québécoise et une pour la francophonie. Le gérant de Dieudonné m'a d'ailleurs donné sa carte si jamais je souhaitais venir dans son théâtre à Paris.

Q. Suivras-tu son invitation, pour te lancer du même coup en France?

R. J'ai besoin de rester encore un peu au Québec avant de me lancer en France. Je voudrais aller tester mon matériel dans un festival du rire là-bas.

Q. Voudrais-tu aller présenter ton spectacle dans ton pays d'origine, le Sénégal?

R. - Oui, mais ce sera un spectacle en wolof, la langue la plus parlée au pays. Pour toucher le plus de monde là-bas, c'est nécessaire. Je suis donc en train d'aligner mes affaires pour écrire ce show, que je présenterai d'abord à la communauté sénégalaise d'ici.

Q. On te voit beaucoup plus qu'avant à la télé, t'y sens-tu plus à l'aise?

R. J'ai huit années d'expérience comme enseignant. J'en suis venu à être capable de maintenir l'intérêt des étudiants pendant trois heures avec une matière aussi plate que la biochimie! Alors animer Des kiwis et des hommes ne m'apparaît pas comme une grosse montagne. Je ne peux pas faire autrement que d'être de plus en plus à l'aise avec cette équipe de travail et Francis Reddy, qui est tellement généreux.

Q. Ta meilleure blague à vie?

R. Elle n'est pas de moi, mais d'un nationaliste du Kenya. «Quand les Blancs sont arrivés en Afrique, on avait les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont convaincus de prier les yeux fermés et quand on a ouvert les yeux, ils avaient les terres et on avait la Bible.» Traduction québécoise: On s'est fait fourrés ben raides!

Q. As-tu des modèles en humour?

R. J'adore ce que Dieudonné fait. Il me fait mourir de rire. On dirait qu'il a un nid de guêpe sur la tête! Il y a aussi Jean-Marc Parent, qui est très généreux. J'adore ce mec. François Léveillé aussi, et Yvon Deschamps. Je trouve que son humour vieillit très bien.

  • Boucar Diouf animera le Festival de la chanson de Granby du 7 au 10 septembre. Il poursuit aussi sa tournée dès le mois d'août et pour tout l'automne. www.boucardiouf.com pour plus d'infos.

    plevesque@journalmtl.com

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