GILLES LATULIPPESouvenirs de carrièrePierre O. Nadeau 25-04-2009 | 04h00
À 71 ans, Gilles Latulippe, qui célèbre en 2009 ses 50 ans de carrière, affiche toujours cette même allure de gamin espiègle. Lorsqu’on lui demande son secret anti-vieillissement, il laisse tomber, le plus simplement du monde: «Je ris tous les jours!» En privé, il affiche le même air «ratoureux» de celui qui refuse de prendre la vie au sérieux, n’attendant qu’une occasion pour raconter sa dernière blague. Lorsqu’on le complimente sur son air de jeunesse, il riposte: «Vous devriez voir mes rayons X...» Encore cet été, et pour la 15e saison, il transportera son univers du vaudeville à Drummondville, où il proposera sa comédie Peinturer dans le coin, avec ses fidèles complices, dont Roger Giguère et Jacques Salvail. «Eh oui! Déjà 15 ans. Comme le temps file...», lance le septuagénaire, qui cumule tant de souvenirs toujours aussi frais dans sa mémoire. Si le Théâtre des variétés lui manque? «Pas du tout. Pour moi, le Théâtre des variétés, c’était un trip de gang. Et quand la gang est disparue, le théâtre n’avait plus sa raison d’être avec moi seul à bord», révèle celui qui s’était porté acquéreur du théâtre à 29 ans «pour donner du travail à ceux qui m’avaient enseigné mon métier». Gilles Latulippe s’est départi de son Théâtre des variétés en 2000, après y avoir offert le nombre incroyable de 7000 représentations «quasiment différentes d’un soir à l’autre», note-t-il au passage, en référence à la part d’improvisation alors de rigueur. Gilles Latulippe adore raconter des anecdotes vécues avec ses regrettés compagnons d’armes, comme Olivier Guimond, La Poune, Paul Berval et Manda Parent.
UN GUN SUR LA SCÈNEIl aime se remémorer ces folles tournées dans les cabarets. «Ce que les gens oublient, c’est qu’on travaillait fort, très fort. Souvent sept jours par semaine, 52semaines par année. Imaginez quand il fallait offrir une dernière représentation à 2h du matin. Imaginez l’état dans lequel se retrouvaient alors les clients», se remémore le seul survivant du burlesque, qui, lors d’une représentation au fameux Café de l’Est, a vu un spectateur lancer son revolver en le faisant glisser sur la scène centrale à un autre spectateur, qui l’a tranquillement rangé dans sa poche... Gilles Latulippe se rappelle aussi ses belles années à la télé: Capitaine Bonhomme, «une émission pour enfant où l’on faisait de l’humour pour adulte», Symphorien, avec son fidèle complice Fernand Gignac, Les Brillant, Poivre et sel et, bien sûr, les fous rires de Suzanne Lapointe dans la populaire émission Les démons du midi, qui a tenu l’affiche pendant six ans à Radio-Canada, qui venait enfin de briser un tabou sur l’univers du vaudeville auquel Latulippe était identifié. Il est aussi nostalgique de ces populaires émissions comme Cré Basile, « diffusées en direct, devant public ». «Aujourd’hui, la technologie a réduit la spontanéité; on a de bons comiques, mais ils sont moins attachants qu’à mon époque. Ils ne carburent pas à la même passion. Dans mon temps, le seul impératif qui comptait, c’était le public, et rien d’autre.» Gilles Latulippe refuse de jouer au moralisateur. «Au contraire, je me considère tellement chanceux d’exercer, depuis 50 ans, le plus beau métier du monde, et d’être encore présent...»
Fous rires garantisL’HUMORISTE LE PLUS DRÔLE SUR LA SCÈNE QUÉBÉCOISE?Pour moi, ça reste Yvon Deschamps. Mais j’aime aussi Mario Jean et Michel Barrette.LE PLUS GRAND HUMORISTE DE TOUS LES TEMPS?Incontestablement Charlie Chaplin. C’était un génie dans son genre; il touchait à tout: il écrivait, il jouait et il créait même sa musique.L’ÉMISSION DE TÉLÉ QUI VOUS FAIT LE PLUS RIRE?La petite vie. C’était du vaudeville, vous savez, qui attirait même les snobs, qui boudaient ce genre à l’époque des cabarets.LES SPECTACLES LES PLUS DRÔLES QUE VOUS AVEZ APPRÉCIÉS?Curieusement, c’est sur Broadway que j’ai pu apprécier de grandes comédies comme The Producers. |