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PATRICE ROBITAILLE

Du plaisir à l'ouvrage

Pascale Gauthier
06-11-2008 | 16h29
Il y avait un bout de temps que Patrice Robitaille n'avait pas joué au théâtre. «Trois ou quatre ans… dans ces eaux-là», nous dit vaguement l'acteur, spécifiant qu'il n'a pas trop la «mémoire spatio-temporelle des choses». Mais entre deux tournages, le voilà sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde jusqu'au 29 novembre dans Le Retour, pièce incisive de l'auteur britannique et prix Nobel de la littérature 2005 Harold Pinter. Sous la direction d'Yves Desgagnés, Patrice joue l'un des trois fils du père cruel et malsain interprété par Marcel Sabourin. Avec cette sombre figure paternelle et ses frères de jeu Jean-François Pichette et Hubert Prouxl, il participe à cette ambiance étrange et lourde empreinte d'hypocrisie familiale, dans laquelle évoluent des personnages au bord de l'explosion ou de l'implosion, où le fossé entre ces hommes aux impulsions néfastes et la femme séduisante et intelligente interprétée par Noémie Godin-Vigneau se remplit de rapports négatifs, misogyne et oppressants. Programme intense, mais dans la magie du théâtre, c'est, paraît-il, avec un sincère plaisir que Patrice et ses partenaires de jeu ont construit cet univers familial tordu et ces émotions viriles à fleur de peau.

Absent du théâtre, Patrice Robitaille ne l'était toutefois pas de notre petit écran, ou même du grand. Cet été, c'est en père des années 60 un peu coincé, pragmatique, mais sensible qu'il nous apparaissait dans Un été sans point ni coup sûr de Francis Leclerc. Un rôle bien différent de ces gars machos et un brin fendants qu'il personnifiait dans les succès Québec-Montréal et Horloge Biologique, comédies qu'il a co-écrites avec ses amis Jean-Philippe Pearson et Ricardo Trogi. Bien qu'après ces films, l'acteur conserve toujours un peu cette image de porte-étendard du gars québécois, cela ne l'a certes pas limité dans sa carrière. Grande Ourse et sa suite, Temps dur, François en série, Les Boys, sans oublier Les Invincibles, en passant par le cinéma avec Le Survenant, Saints-Martyrs-des-Damnés, Maurice Richard, Délivrez-moi ou Cheech, la carrière du comédien est florissante.

Avec le tournage de la suite de Les Boys cet été, diffusée dès janvier, celui de l'incontournable série au masculin Les invincibles, qui tirera sa révérence à la fin de cette troisième saison cet hiver, le tournage du premier film de Ken Scott qui devrait sortir l'été prochain, Les doigts croches, dont le plateau principal se trouvait en Argentine, les derniers mois furent bien occupés pour le comédien. Sans oublier sa participation au film d'Éric Canuel Cadavres, dont la sortie fut finalement retardée jusqu'en février, et le retour de la série Miss Météo.

  • Patrice Robitaille est de la distribution de Le Retour, pièce de Harold Pinter à l'affiche au TNM jusqu'au 29 novembre, mise en scène par Yves Desgagnés, axu côtés de Marcel Sabourin, Jean-François Pichette, Hubert Prouxl, Noémie Godin-Vigneau et Benoît Girard.

5 questions à… Patrice Robitaille

Avec une carrière aussi riche telle que la vôtre, avez-vous encore l’impression d’avoir à courir après le travail?

En fait, j’allais dire qu’on ne court pas vraiment après le travail, mais c’est comme un mélange de plein d’affaires. Des fois je passe des auditions, des fois je l’ai, d’autre fois non, mais mettons que ces dernières années, je n'ai pas vraiment manqué de travail, donc j’ai un peu moins passé d’auditions. J’aurais du mal à vous dire non, je ne passe plus d’audition, ou oui, je cours après de l’ouvrage, parce qu’en fait c’est très cyclique notre métier.

Les projets se chevauchaient pour vous la dernière année et encore maintenant. Vous aimez maintenir un horaire de travail intense?

Oui, mais si je prends le film Cadavres par exemple, ce n’est qu’une petite participation. Je n’ai fait qu’une journée de travail là-dessus, donc ce n’était pas super prenant. C’est sûr que j’aime aussi parfois être en pause, mais quand j’ai du travail, je l’apprécie et je fonce. Et oui, je vais bientôt avoir l’air d’être partout en même temps, mais c’est super circonstanciel. Comme Cadavres, dont la sortie a été retardée et qui va finalement arriver en même temps que d’autres de mes projets. Ou la série Miss Météo que j’ai tournée il y a longtemps, mais qui va sortir en même temps que Les invincibles… Mais bon, c’est moi maintenant, et après, ce sera quelqu’un d’autre. C’est le fun quand même au Québec, parce qu’on peut avoir la chance de toucher à plein de médiums différents.

Une grande partie du film Les doigts croches a été tournée en Argentine cet été. Avez-vous apprécié l’expérience?

Tourner aussi longtemps ailleurs, ç’a été vraiment un super trip. On est parti en Argentine pour environ deux mois. Je suis bien curieux et j’ai bien hâte de voir le film. J’ai eu la chance de vivre une expérience qui ne se représentera pas souvent dans ma carrière. C’était vraiment extraordinaire! On était dans les montagnes, complètement hors des circuits touristiques… Je me suis vraiment senti privilégié. On a eu bien du plaisir et on espère que cet état-là transparaîtra à l’écran.

La dernière saison des Invincibles sera bientôt diffusée. Où en est votre personnage, qui a vécu bien des bouleversements l’an dernier?

Il est encore mêlé… Sans trop en dévoiler, disons qu’au départ, il repart avec Cynthia, qui l’a aidé à sortir de sa dépression la saison dernière. Ils semblent vivre un parfait bonheur. Mais c’est un gars qui est confus sexuellement, qui a des démons ancrés, et ce n’est pas en un été qu’il va régler ça. Alors il va encore y avoir des petits écarts. C’est vraiment très drôle, vraiment bien écrit, et on a eu bien du plaisir à tourner cette série. En même temps, on est un peu triste que la série touche à sa fin.

Les gens vous abordent-ils régulièrement pour vous parler de ce que vous faites?

Ah non, pas du tout! Je dis souvent à la blague que j’aie l’impression que j’ai tellement fait de rôle de chiens, de fendants, que les gens sont un peu craintifs à l’idée de venir me voir. C’est comme s’ils avaient l’impression que j’étais un vrai air bête, qu’ils me dérangeraient vraiment. En général, je sens des regards, les gens sont curieux. Il y a des gens du milieu vers qui on se sent attiré, on se dit «ah, il a l’air tellement sympathique», mais je pense que ce n’est pas l’étiquette que les gens m’apposent d’emblée.

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