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BRIGITTE HAENTJENS - Des coulisses aux planches
©Le Journal
Brigitte Haentjens

BRIGITTE HAENTJENS

Des coulisses aux planches

22-09-2008 | 04h00
Pour la première fois, Brigitte Haentjens, grande dame du théâtre québécois, à la fois metteure en scène et auteure, montera sur les planches, là même où elle observe les acteurs qu’elle dirige dans un alliage de force et de sensibilité. Dans le cadre de ce 14e Festival international de la littérature, elle quitte donc les coulisses pour un grand saut en zone d’inconfort. Elle est effrayée, avec le sourire.

Entre deux fous rires, Brigitte Haentjens avoue qu’elle possède un sens aigu de l’autodérision. C’est probablement ce qui la sauve dans la vie.

«Je capote. Voici venu le moment où je me dis que je n’aurais pas dû accepter de faire ça. Je m’entends dire mes mots et je m’énerve.»

Elle est seule à «capoter». Ces mots puisés dans Blanchie (éd. Prise de parole), un «récit troué» autour de l’absence et de la perte, elle les porte depuis un bon moment, empreints de ses préoccupations, de ses désirs et de ses peurs.

Certes, il s’agit d’une oeuvre de fiction. Cette narratrice qui ne peut évoquer ce frère mort dans un accident de moto et qui se donne à un homme, intoxiquée de peine, prête à se perdre un peu plus pour toucher l’intensité brûlante de la vie, nous ramène inévitablement au travail de la créatrice qui au sein de sa compagnie Sibyllines a donné vie scénique à des femmes qui ont marqué l’histoire par leur plume.

TRANCHES DE FÉMINITÉ

On se souviendra d’ailleurs longtemps de La Cloche de verre, de L’Éden Cinéma ou, il y a deux ans, de Vivre. Dans chacune de ses pièces troublantes, Sylvia Plath, Marguerite Duras et Virginia Woolf revivaient à nouveau un peu. Personne parmi le public ne s’en sortait indemne. Il y a toujours un peu de cela dans ce qu’offre à son public Brigitte Haentjens.

Dans la lecture qu’elle livrera de Blanchie, supportée par des photographies et une direction visuelle d’Angelo Barsetti, celle qui a entre autres mis en scène des textes de Louise Dupré ou de Sarah Kane apparaîtra comme jamais on ne l’a vue. À la place des Céline Bonnier, Sylvie Drapeau ou Anne-Marie Cadieux, ces grandes actrices avec lesquelles elle a l’habitude de travailler.

Comment réagiront-elles en la voyant ainsi mise à nu?

«Céline (Bonnier) va stresser, c’est sûr, et aura peur pour moi (rires).»

DE L’AUTOCRITIQUE

Éclairée par les conceptions d’Étienne Boucher, portée par la musique de Joseph Marchand à la guitare, il était hors de question que dame Haentjens se fasse diriger par une autre qu’elle-même, à part peutêtre pour cette mise en mouvement de Suzanne Trépanier.

«On a travaillé le corps tout en essayant de garder ça naturel, avec des microgestes. J’ai aussi vu ma capacité à accepter ou rejeter les conseils de quelqu’un d’autre, je me trouve très rebelle.»

Bien sûr qu’elle l’est. Mais pas assez pour refuser à Michelle Corbeil, directrice générale et artistique du FIL qui lui a donné la mission de faire vivre sur scène ce texte qui l’avait beaucoup touchée à sa parution au printemps dernier.

Après, Haentjens sera blanchie. De doutes, de peurs. Un peu beaucoup délivrée et nous, encore envoûtés.

  • Blanchie (FIL), de et avec Brigitte Haentjens, à la Cinquième Salle de la Place des Arts le 23 septembre, à 20h30.
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