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Exclusif - Cinq questions à…  Rachid Badouri
© Pierre Vidricaire
Rachid Badouri

EXCLUSIF

Cinq questions à…
Rachid Badouri

Propos recueillis par Pascale Gauthier
12-06-2008 | 04h00
Rachid Badouri a peut-être attendu quelques années avant de se lancer sérieusement dans une carrière d'humoriste, mais il n'aura pas trop attendu pour être couronné de succès! C'est lors de son apparition à un gala du Festival Juste pour rire de Montréal en 2005 que le petit gars de Laval issu d'une famille berbère d'origine marocaine passe véritablement du côté des humoristes professionnels. Le charismatique jeune homme séduit les foules avec son énergie qui semble inépuisable. Rachid habite aisément la scène avec cet humour très physique et verbomoteur, abordant de façon sympathique le sujet parfois épineux des différences culturelles.

Il reçoit ainsi le prix de la Révélation de l'année de l'édition 2005 de Juste pour rire, puis remporte en 2006 l'Olivier de la découverte de l'année. Rapidement, on le voit apparaître dans les publicités d'Opération Nez Rouge, puis dans les publicités de la loterie Québec 49. Il prête également sa voix aux films d'animation Au Royaume désenchanté et Les rois du surf. Enfin, en 2007, Rachid Badouri dévoile Arrête ton cinéma, un tout premier spectacle solo qui connaît indéniablement un grand succès. Cet été, il se voit confier l'animation de son propre Gala Juste pour rire. Rencontre avec un jeune talent qui n'a pas fini de réaliser ses rêves.

Pour votre gala, avez-vous pu choisir certains artistes invités?

Lisez les cinq premières questions posées à Rachid Badouri en vous procurant le 24 heures, édition du jeudi 12 juin.

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Quand ils m'ont demandé qui j'aimerais avoir, ma liste comportait 73 noms d'humoristes, dont des légendes, des humoristes de la relève et des gens de la relève qui sont des légendes à en devenir, et des humoristes établis… Bref, ça ne les a pas vraiment aidés. Après, ils ne m'ont pas posé la question, sachant que j'étais prêt à travailler avec n'importe qui finalement! Ils m'ont plutôt proposé des « quicky », qui sont des petits numéros où il y a des interventions rapides, liées à des noms. Donc quand on écrivait nos « quicky », on écrivait des lignes de duo, et on pensait tout de suite à quelqu'un en particulier pour faire ce duo.

Vous avez fait une tournée des écoles secondaires afin de parler aux jeunes de la diversité culturelle. Que pouvez-vous conclure après cette expérience?

De un, je ne leur ai rien appris, et de deux, ils m'ont envoyé comme message « Écoute-moi, le gros, tu es en train de nous dire que tu veux nous apprendre à respirer. J'ai des nouvelles pour toi. Depuis qu'on est nés, on respire, sans même s'en rendre compte. On le fait très bien, merci. » Donc, à la septième ou huitième école, on a tourné la formule à l'envers pour aller chercher leur pouls à eux. On les asseyait en avant, on faisait comme une entrevue. On leur posait des questions, ils nous donnaient leurs définitions, et ils livraient des témoignages. Il y a une fille à l'école Leblanc à Laval qui a dit mot pour mot : « Pour moi, la diversité c'est un gros sac de blocs de Lego de couleurs différentes. Il y en a même qui sont brisés. Et tout ça pour bâtir une seule maison. » Moi j'ai fait « Wow! » Une fille de seize ans qui te dit ça, ça frappe.

Vous avez fait beaucoup d'autres choses avant de décider de vous lancer sur scène…

J'ai été agent de bord, j'ai été vendeur puis gérant chez Future Shop… Quand tu n'as jamais été une heure au chômage dans ta vie, tu as très peur de couper les cordons, et de te dire « Maintenant, je me lance dans ça, et je vais manger du beurre de peanuts pendant un bout de temps… » J'étais bien payé, j'avais un beau travail. Et je ne savais pas c'était quoi être sans emploi, je ne savais pas c'était quoi manquer d'argent… Je n'étais pas riche, mais je n'en manquais pas. Et là, tout d'un coup, tu te lances là-dedans, il n'y a personne qui t'engage… Un moment donné, la peur m'a envahi. Je me suis dit : « Bon, tu es un gars qui a une grande gueule, alors tu n'auras pas de problème à te trouver un autre job ailleurs même si tu n'as pas un bagage scolaire incroyable, donc essaie-le. Si ça ne marche pas, tu pourras au moins dire que tu as essayé. » Alors j'ai tout lâché d'un coup.

Quelle a été la réaction de vos parents lorsque vous leur avez dit que vous lâchiez tout pour faire de l'humour?

Ils ont ri! Avant ça, quand je leur ai dit que je lâchais tout pour devenir agent de bord, ils ne m'ont pas parlé pendant une semaine. Mais quand je leur ai dit que je lâchais tout pour être humoriste, ce qui est d'après moi une valeur moins sûre, on dirait qu'ils savaient. Deux jours après ma naissance, il y a une madame qui a dit à ma mère : « Ton fils est né sous une belle étoile, il va être un artiste. » Ce n'était pas une voyante, elle a juste dit ça comme ça. Ma mère dans sa tête, c'est la seule phrase qui revenait à chaque fois. « Mon fils va être un artiste, ils me l'ont dit ». Alors aujourd'hui, elle peut fièrement dire ça aux gens! Quand je l'ai annoncé à mon père, je me rappelle encore, il mangeait une banane dans la cuisine. Il a pris une bouchée et il m'a dit « Bonne chance », en riant. Il ne me l'a pas reproché ni rien, il le savait. Mais il ne voulait pas savoir les détails. Il ne voulait pas entendre que son fils s'était fait rejeter, parce que ça allait lui faire mal.

Sentez-vous que vous pourriez tomber dans certains pièges de la célébrité? Comme ne plus avoir les pieds sur terre?

Il y a des gens autour de moi qui s'occupent de ça, des gens qui sont là pour mon bien, donc je leur fais entièrement confiance là-dessus. C'est la clé de gérer mon caractère, et pas seulement ma carrière. Donc, si ça m'arrive, je sais qu'ils sont là pour me ramener, pour me parler franchement. La gestion aide beaucoup, et comme je te dis, d'avoir un ange gardien qui fait plus qu'être ton gérant, ça aide beaucoup. Mais je suis quelqu'un qui est très exigeant envers moi-même. Des fois, c'est dégueulasse. Mais mon père est comme ça, ma mère est comme ça... Il faut tout le temps que ça soit fait parfaitement. C'est important pour moi, très important. Ça a toujours été comme ça. Nous, on le voit comme une qualité, mais les femmes qui vivent avec nous le voient comme un défaut. C'est une discipline disons accentuée!

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