Accueil Divertissement
 
JDM
Jean-Thomas Jobin - Un étrange univers
© Le Journal de Montréal
Jean-Thomas Jobin

JEAN-THOMAS JOBIN

Un étrange univers

Agnès Gaudet
09-03-2008 | 04h00
Jean-Thomas Jobin croyait vendre environ quatorze billets pour son premier spectacle solo. Il en est à près de 60 000, lui qui ne visait pas une carrière sur scène comme humoriste.

Pas mal pour un gars qui n’avait aucune attente et aucun plan de carrière.

Jean-Thomas Jobin est devenu humoriste malgré lui. Il n’a pas choisi ce métier, ce sont les gens qui l’ont porté là où il est aujourd’hui. Quand il a fait l’École nationale de l’humour, il y a huit ans, il espérait gagner sa vie grâce à l’écriture. C’est tout.

«Je suis arrivé là par erreur, estime Jobin. À l’École de l’humour, ce n’était pas clair. Je savais que j’aimais écrire des textes. Ce sont eux qui m’ont dit que je pourrais moi-même jouer ça. Devenir humoriste n’était pas un projet de vie. L’effet domino fait le reste.»

RIEN À PERDRE

Après son fameux numéro du restaurant, l’humoriste a été repéré parmi les autres, nombreux à vouloir percer dans ce milieu où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Jean-Thomas Jobin s’est taillé naturellement une place, sans forcer la chose, avec par-dessus le marché un humour absurde et hermétique pas grand public pour deux sous.

«Ce sont les gens qui décident s’ils veulent te voir dans le paysage artistique, précise-t-il. Moi, je n’avais rien à perdre. Je me suis dit: si ça ne marche pas, j’irai travailler dans un zoo.»

Depuis sa sortie de l’École de l’humour à l’âge de 24 ans, la même année que Les Denis Drolet (il en a aujourd’hui 32), Jobin n’a jamais cessé de travailler. Il n’a pas fait comme plusieurs ses premières armes dans les bars pour boucler les fins de mois. De toute manière, son humour fin et songé n’aurait jamais passé, entre deux verres de bière.

Pour compenser le manque à gagner, Jobin a fait des chroniques télé, ce qui a servi à le faire connaître. On l’a vu notamment à Fun noir aux côtés de Normand Brathwaite ainsi qu’au célèbre Club Labrèche du Grand Blond avec un show sournois.

NOUVELLE OREILLE

En fin de tournée de son spectacle éponyme, qu’il balade depuis bientôt trois ans et 170 représentations, Jobin découvre peu à peu ces gens qui l’ont porté sous la lumière. Les premiers fans, les inconditionnels sont déjà venus voir le show, certains même à plusieurs reprises. Les nouveaux sont là par curiosité, pour vérifier les rumeurs du bouche à oreille. Et avec eux, Jean-Thomas redécouvre son matériel.

«Avec le public qui me voit sur scène pour la première fois, c’est comme si je présentais le show pour la première fois. Ils sont une oreille extérieure qui devient la mienne.

«Avec eux qui ne connaissent pas vraiment mon humour, il faut aussi travailler plus fort pour aller les chercher », admet l’humoriste.

Tout ça, Jean-Thomas Jobin nous le raconte sans sourire ni s’exclamer, sans non plus gesticuler. Le gars est un stoïque avoué qui dans la vie publique ne dit pas un mot plus haut que l’autre, même quand il parle de ses supplémentaires à Montréal.

«Les gens pensent qu’il ne se passe rien en dedans. Mais ce n’est pas vrai. Ça brasse en dedans même si j’ai l’air de marbre. Je ne suis pas très démonstratif.»

Jobin sera au Théâtre St-Denis les 14 et 15 mars, environ pour la vingtième fois dans cette salle qu’il affectionne.

«À Montréal, il va y avoir une petite différence, un peu plus d’adrénaline, dit-il, mais ma mère, qui a vu tous mes shows à Québec (d’où il est natif), et mes amis, qui l’ont assez vu, ne seront pas là. Le public de Montréal est un bon public, conclut-il. Il voit beaucoup de choses et a accès à une grande culture.

À Montréal, les gens ne sont pas perdus dans mon étrange univers perdu.»

Jean-Thomas Jobin sera au Théâtre St-Denis les 14 et 15 mars et à Québec les 11 et 12 avril. La tournée se poursuit jusqu’en août.

Cérébral et ludique

L’humour absurde de Jean- Thomas Jobin est un risque, mais il n’aurait pas pu faire autrement.

On dit qu’il fait du «non-humour», ses punchs tombent volontairement à plat, son personnage est dur à cerner, ses numéros sont difficiles à saisir. Lors de son passage à Senneterre en Abitibi, les gens ne riaient pas du tout dans la salle. Il a eu chaud, croyait même être victime d’un canular. Il ne sait toujours pas s’ils ont compris.

Pourtant, avec son personnage cérébral et ludique qui livre son pedigree professionnel aux gens en «déconstruisant la forme», Jean-Thomas Jobin passe comme une tonne de briques. Il a d’ailleurs été sacré Révélation de l’année 2004 au gala Les Olivier.

CULTIVER L’AMBIGUÏTÉ

Jean-Thomas Jobin n’avait pas le choix, son humour est ainsi fait, et tenter de le dissimuler sous un humour plus accessible était peine perdue.

«Depuis le début, c’est ça qui me fait rire dans la vie. Je ne pourrais pas faire autre chose, convient-il. J’ai toujours été de même. Les conneries de mon personnage, ce sont les miennes. C’est vital pour moi. Il est mon alter ego. Je me sers de lui pour dire des banalités comme si elles étaient des vérités.»

Sur scène, l’humoriste est un autre. Mais dans la vie, il aime bien entretenir l’ambiguïté, faire croire qu’il est le même. Il joue entre les deux, le vrai et le faux, et ne veut surtout pas démystifier la chose. Il reste flou.

La suite de sa carrière reste elle aussi un peu floue. Il veut assurément faire une pause et laisser décanter son spectacle. Il songe à un second solo, prend des notes, mais préfère attendre des nouvelles de deux projets télé qu’il a soumis aux diffuseurs et qui lui tiennent à coeur. Cette fois ce serait un rêve réalisé, lui qui adore ce média.

haut