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André Brassard - La bête insatiable
© Photo Journal de Montréal/Claude Rivest
André Brassard

ANDRÉ BRASSARD

La bête insatiable

Claudia Larochelle
Journal de Montréal
13-05-2007 | 13h17
«Je serais mort ça aurait été correct. J’ai l’impression que j’ai fait ce que j’avais à faire sur Terre, que le peu que j’ai appris, je l’ai transmis.» Son intensité a failli le tuer. Sa passion aussi. Depuis son AVC il y a huit ans, l’homme de théâtre André Brassard a eu le temps de faire le point sur sa vie. De pardonner, aimer, accepter…

Il est le livre le plus ouvert de tous ceux qui remplissent les nombreuses étagères de son loft. Son histoire n’a rien de confidentiel. André Brassard se révèle sans ambages, parfois impudique, sûr de la confiance qu’il peut avoir en son interlocuteur.

Cette même confiance, il en a fait profiter beaucoup de comédiens qu’il a dirigés en plus de 40 ans de carrière. Il donne. Ne reste plus qu’à prendre. «C’est fou à quel point il est vrai», m’a dit le photographe d’expérience du Journal en sortant de l’entrevue.

C’est aussi fou ce qu’il a dû se faire avoir. Souvent par lui-même. Ce n’est certainement pas les clémentines entassées négligemment dans un bol à côté de sa télé qui vont nous berner. Brassard ne fait pas attention à sa santé, même après l’AVC qui lui a laissé le côté droit engourdi et qui l’empêche de semobiliser à sa guise.

«Ma santé décline et je ne fais pas grand chose pour y remédier. Je suis un petit peu paresseux, je suis vache, je suis habité par une immense force d’inertie et ça m’en prend ben gros pour me mettre en marche», dit-il, un sourire taquin au coin de ses lèvres occupées à tirer une bouffée de cigarette…

Le diable au corps

Une vie intense, axée exclusivement sur le boulot, des nuits à refaire le monde, de la petite poudre blanche le soir pour rester éveillé et créer de plus belle, voilà le leitmotiv qui a eu raison de sa santé en 1999 alors qu’il était à la tête des programmes d’Interprétation et d’Écriture dramatique de l’École nationale de théâtre.

Comme un enfant, un air qui malgré ses 61 ans en août ne le quitte pas, il n’a pas compris du premier coup. «Au bout d’un an et demi, j’avais récupéré à 95%, et là, moi le maudit fou, je me suis mis à travailler parce que je m’étais ennuyé du travail. J’ai trop travaillé pendant 7 ou 8 mois et j’ai fait unburnout. J’ai eu des hauts et des bas, de plus en plus de bas et de moins en moins de hauts.»

Ces jours-ci, Brassard ne va pas si mal, ne semble pas déprimé, il se sent juste fragile physiquement. «J’ai l’impression de porter ma bedaine sur mon épaule. J’ai la jambe peu obéissante. On appelle ça mobilité réduite. Avant, j’avais une santé de boeuf. Il y a ma voix aussi qui n’est plus la même. Avez-vous remarqué? Je l’entends plus rauque qu’avant. Des fois, je la perds.»

C’est aussi pour ça que d’aller à la soirée Hommage Quebecor organisée plus tôt la semaine dernière et lors de laquelle on lui a remis une bourse de 50 000 $ l’inquiétait. «J’espère que je vais être correct. Ça me fait peur parce que j’ai toujours eu l’habitude d’envisager le pire. Le pire, c’est que je sois paralysé, que je ne puisse pas parler», a-t-il confié deux jours avant la soirée.

Grâce à cette bourse, Brassard est rassuré. Il n’aura pas à déménager dans un HLM et il pourra travailler sur son nouvel ordinateur. Travailler encore. Bûcher sur un spectacle à venir dans un an et demi. Recommencer comme une bête insatiable.

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