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© Photo Journal de Montréal/Chantal Poirier |
Martin Drainville. |
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GUÉRIN ET DRAINVILLE
Bouillonnant duo
Claudia Larochelle
Journal de Montréal
28-01-2007 | 14h47
Il y a de ces êtres fabriqués dans le même moule. Martin Drainville et Luc Guérin en font partie. Même
casting, même philosophie sur l’humour et le métier, même effet sur Denise Filiatrault, qui les adore, même nombre d’enfants… mais pas la même blonde! Assurément, ils sont potes dans la vie, bien qu’ils s’opposent sur scène dans
Au-delà du rire, où cocasseries côtoient profondeur.
L’un incarne un dramaturge et l’autre le censeur dans ce duo mis en scène par Carl Béchard. Pendant sept jours, un censeur austère et rigoureux oblige un auteur à réécrire sa pièce, une comédie qui se doit d’être approuvée.
À voir les trois hommes s’activer ensemble dans la salle de répétition du Rideau Vert, rue Gilford, pas de doute qu’il y a là une forte charge d’expérience, de folie avec juste ce qu’il faut de démesure.
L’énergie est vive, le bouillonnement, invitant. Inutile d’être devin pour savoir qu’Au-delà du rire attirera les foules, ne serait-ce que pour les deux comédiens, qui se donnent déjà la réplique avec ferveur et maîtrise.
«Je le dis le plus indépendamment de Luc. Quand l’autre, tu le connais, c’est plus facile, souligne Martin Drainville, qui joue le dramaturge. C’est pour ça que des fois on travaille avec le même monde. En un seul coup d’oeil, des fois, on vient de se faire une grosse réunion de deux heures.
En travaillant avec quelqu’un que tu connais, tu sauves du temps parce que tu acceptes de montrer que, des fois, tu ne sais pas.»
Grâce à Molière
C’est en 1988 que les deux comédiens se sont connus, dans les coulisses du Malade imaginaire, de Molière. Ils avaient tous deux vingt ans de moins, Drainville sortait de l’option théâtre de Sainte-Thérèse, tandis que Guérin venait de finir sa formation à l’École nationale de théâtre. On imagine aisément le premier fou rire qui a dû les unir entre deux répliques comiques. Depuis, l’amitié les unit.
«On est très au courant de ce qui se passe dans la vie de l’autre et de comment on vit avec le métier dans ce qu’il a d’éphémère. On fait un métier où le paraître est important, on est deux gars discrets de nos vies privées. J’aime le monde qui a des secrets, je trouve ça l’fun, poursuit Drainville. On a beaucoup été amené à être dans le divertissement pur, dans ce qui est vite oublié. Des fois, on se dit qu’on aimerait être plus signifiant et on se parle beaucoup de ça.»
Le cas de l'humour
© Journal de Montréal/Chantal Poirier |
Luc Guérin. |
Selon eux, l’humour est trop souvent considéré comme un art mineur, à moins qu’il soit associé au drame. «L’humour, on le considère s’il se fait sur fond de drame, comme dans
La vie est belle, qui a gagné un Oscar parce que ça parlait d’Holocauste, estime-t-il. Les gens ne se rendent pas compte à quel point l’humour est important, un peu comme ta mère qui fait ton lavage, puis que c’est tellement naturel que tu ne penses même pas à lui dire merci.»
Drainville n’ira certainement pas, comme d’autres, cracher sur la tête de l’humour qui «sévit» au Québec. «Il s’expose beaucoup, donc on lui tape dessus, et comme ici on a le sens de l’autodérision, on se tape dessus. Bien sûr que sur le nombre, ce qui se fait ne peut pas être tout excellent, il y a des choses qui ne me font pas rire, comme quand on s’acharne sur les mêmes têtes de Turc, il faut taper sur celles qui méritent vraiment de se faire taper, les vraies têtes de Turc.»
L'autre règne
Certes, l’humour occupe une place de choix au Québec, mais mine de rien, pour une société civilisée, ouverte et moderne, la censure n’est pas plus en reste.
«Des fois, la censure prend des formes qui ne s’appellent pas nécessairement censure… Quand une émission fait 400 000 de cote d’écoute et qu’on la coupe, on me prive de l’écouter et j’y vois là une forme de censure, comme si parce que tu ne faisais pas l’unanimité, tu n’avais pas ta place… Depuis deux ou trois ans, on parle beaucoup des cotes d’écoute. Tout ce qui compte en télé passe par là. Si on tenait compte du degré d’appréciation des émissions plutôt que du chiffre des cotes d’écoute? J’y vois là une forme de censure. Heureusement, fallait cette pièce pour en parler.»