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Gilbert Rozon - Un homme de famille
© Gilles Renaud - Le Journal de Montréal
Gilbert Rozon

GILBERT ROZON

Un homme de famille

Agnès Gaudet
Le Journal de Montréal
07-01-2007 | 04h00
Malgré les épreuves, Gilbert Rozon est toujours amoureux de sa femme qu’il a épousée après vingt ans de cohabitation, et son but est d’être un bon père de famille, à la maison comme… au boulot.

Gilbert Rozon avait dans ses gènes celui du leadership et de la bosse des affaires. Son rôle de père, toutefois, il l’a appris un peu comme tout le monde, sur le tas. Avec le développement actuel de Juste pour rire à l’international et à l’aube du 25e anniversaire du Festival, il donne un coup. «Je ne suis pas très présent et jem’en sens coupable. Je corrige par carence, avoue-t-il. En 2007, je voudrais équilibrer tout ça.»

Père de trois fils de 16, 13 et 11 ans, Rozon considère qu’il travaille beaucoup trop, mais son boulot est comme une drogue dont il ne peut se passer. Néanmoins, la famille tient une grande place dans sa vie.

Un prix à payer

En 1998, Gilbert Rozon a passé un mauvais quart d’heure. Accusé d’agression sexuelle, il est traîné devant le tribunal et s’en tire avec un acquittement et une amende qui font bondir des groupes de femmes. L’histoire est derrière lui, mais les cicatrices sont toujours bien visibles.

«Je n’en suis pas sorti indemne, avoue-t-il. C’est comme un gros accident d’auto. C’est dur. Ça m’a rendu vulnérable. J’ai réalisé que lorsqu’on est un personnage public, on a des responsabilités et on est sous microscope permanent. Il y a des avantages à être connu: on fraye dans un milieu formidable, on a de bonnes places au resto, on gagne bien sa vie. Mais il y a un prix à payer. Il faut être prudent dans tout, quand on congédie quelqu’un, quand on prend l’avion, et faire semblant d’être toujours de bonne humeur. C’est le prix à payer.»

Une femme forte

Cet épisode difficile n’a pas brisé la famille Rozon. Au contraire, le couple s’est resserré. «J’ai une femme formidable qui m’a soutenu avec beaucoup de classe, qui a une grande force de caractère, estime Rozon. Il fallait protéger les enfants, pas juste à l’école, mais aussi vivre avec la dimension que je n’étais plus le héros que je voulais être pour mes fils.»

Il y a un an, après toutes ces épreuves, Rozon a épousé sa femme, la mère de ses enfants, après 20 ans de fréquentations. Dans un avenir rapproché, il compte la marier à nouveau, religieusement cette fois et devant les amis.

Quel genre de père est devenu Rozon? «J’essaie d’être un papa le plus franc, droit et honnête possible, même si trouver sa propre vérité à soi est déjà un défi, déclare-t-il. J’encourage mes fils à être eux-mêmes, à dire la vérité, à essayer de faire mieux et à éviter de se trouver des excuses parce que leur père avant eux était imparfait.»

Doute et tolérance

En affaires, Rozon dirige son monde comme il le fait en famille. «J’ai suffisamment vécu pour mettre les choses en perspective. J’essaie d’être un bon père de famille et je traite mes employés comme s’ils étaient mes enfants. Ils ne trouvent pas tous grâce à mes yeux, mais je me demande quel serait mon degré de tolérance, s’ils étaient mes enfants. Je crois que c’est la clé pour regarder l’autre, peu importe le domaine.»

Il n’y a pas de recettes magiques pour faire rouler la grosse boîte Juste pour rire. Mais ça prend une bonne dose de talent: «Je fais de mon mieux, admet Rozon. Je fais des erreurs qui m’empêchent de dormir et je ne me trouve pas si bon que ça. Souvent, je me couche et je doute. Ce n’est pas possible de mener ça dans une bulle de stupide certitude.»

La famille a toujours pris une grande place dans le coeur de l’homme d’affaires. Depuis toujours, Rozon travaille avec quatre de ses soeurs: Luce, Lucie, Constance et Martine. Elles ont fait tous les métiers dans la compagnie, se tiennent et se soutiennent. François (Rozon) aussi a oeuvré auprès de son grand frère. Longtemps. Pourtant, des différends les ont séparés. Le plus jeune a fondé sa propre compagnie de gérance d’humoristes, Encore.

«Il a voulu voler de ses propres ailes, il y a eu un froid, mais il reste mon petit frère et je l’aime beaucoup, s’exclame Gilbert Rozon. C’est un très bon producteur. C’est important de se tenir, mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille.»

25 ans de festivités

Gilbert Rozon prépare le 25e anniversaire du Festival Juste pour rire, mais ne veut surtout pas en faire un événement commémoratif.

Vingt-cinq ans ça se fête, et Juste pour rire n’échappe pas à la règle. Cet été, quelques événements viendront souligner cet exploit. Gilbert Rozon offrira des cadeaux aux Québécois, dont un spectacle concept gratuit en salle et un autre dans la rue.

Il est fort possible qu’il y aura aussi une spéciale télé et un DVD, mais le patron de Juste pour rire n’a pas envie de célébrer le passé. Il veut bien inviter les artistes d’une autre époque qui sont restés actuels, mais ne fera pas un «we are the world ».

Gilbert Rozon est un homme d’avenir et pour lui, l’humour ne se passe pas dans le passé. Cette année sera mémorable, mais surtout pas nostalgique.

«De toute façon, je donne tout ce que j’ai chaque année. Je prépare chaque festival comme si c’était le dernier. Le 24e festival aurait été un beau 25e. Je ne garde pas de munitions pour la prochaine édition.»

Une bonne personne

Mais assez parlé de lui. Rozon, 52 ans, joue le jeu des entrevues, mais il ne se considère pas pour autant au-dessus de la mêlée. «Il y a des milliers de gens qui occupent la glace, dit-il. Le tissu social est tissé de toutes sortes de personnes qui font des choses formidables.»

«Et puis, à force de donner notre opinion sur tous les sujets, on finit par parler de choses qu’on ne connaît pas.

«Moi, je n’aspire qu’à une chose: être une bonne personne. J’y travaille tous les jours, mais je ne suis pas encore rendu là.»

Mort de rire

C’est au profond des trous dans le cimetière de son village que Gilbert Rozon, le jeune fossoyeur, a développé son humour noir et découvert aussi son sens des affaires.

Gilbert Rozon vient de la campagne. Il est né à Saint-André d’Argenteuil en Outaouais, un «village idéal avec une église, un moulin à scie et un dépanneur», décrit-il.

Issu d’une grande famille de sept enfants qui devaient gagner leur croûte et aider leurs parents, il a travaillé tôt: il a fait les foins, bûché dans le bois, transporté de la pitoune, vendu les pommes de son oncle pomiculteur.

«Travailler nous a donné une sorte d’orgueil, on est devenus très autonomes», admet-il. Rozon a même été enfant de choeur, lui le diablotin désigné petit mouton noir de la famille.

Histoires de pelles

Une chose est sûre, le jeune Gilbert avait un côté entrepreneur inné. Après avoir livré des journaux, puis vendu des billets de loterie, il devient à 14 ans fossoyeur du village. Il s’applique à creuser des trous, avant d’obtenir le contrat d’entretien du cimetière pour par la suite… vendre des monuments.

«Travailler au cimetière a été une belle révélation. J’y ai découvert tout un univers et c’est dans les trous que j’ai développé l’humour noir, avec la peur qui nous habitait, le soir, quand on tombait sur des ossements, ou qu’effrayés on devait allumer un feu par terre pour dégeler la terre. On en a raconté des histoires de pelles qui nous avaient frôlé le dos.»

L’appel de la vocation

Rozon, l’aîné de la famille, assis à table à gauche du père, était cancre à l’école où il déconnait et faisait rire. Les orienteurs le destinaient à une carrière de maître d’hôtel ou de détective. Lui ne se voyait nulle part. Il a enfin senti sa vocation quand un jour il a organisé un voyage en autobus: organisateur, c’est ce qu’il ferait.

«La première fois que j’ai produit un spectacle, j’ai eu la vraie piqûre, un appel à la vocation, une lumière soudaine, semblable à celle qui doit apparaître à un saint», assure Rozon. Sans rire.

Diplôme d’avocat

Étudiant au cégep, le jeune homme exerce alors sa nouvelle passion semi-professionnellement. Un été, il s’envole en vacances pour Paris et en revient transformé. «J’avais eu l’impression d’être un plouc, raconte Rozon. De retour à Montréal, j’ai décidé de décrocher mon diplôme d’avocat, comme mon père l’espérait.»

«J’ai fait mon droit à l’Université de Montréal et un jour, diplôme enmain, j’ai pris un scotch avec mon père, en lui disant: Maintenant, si vous le voulez bien, je vais faire ce que j’ai envie de faire.»

Les enfants Rozon vouvoyaient leurs parents «et, ironise Gilbert, on se tenait le corps droit. Chez nous, on se mettait les bras en croix pendant le carême et on mangeait du poisson le vendredi».

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