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Michel Barrette - 20 ans déjà!
© Photo Journal de Montréal/Yvan Tremblay.
Michel Barrette se fait rare dans le paysage.

MICHEL BARRETTE

20 ans déjà!

Pascale Lévesque
Journal de Montréal
25-11-2006 | 14h25
Michel Barrette n’a pas le métier dans le sang, il est carrément dans son code génétique. Pas étonnant que ça fasse 20 ans déjà, 24 si on veut être plus juste, et qu’on ait à peine vu le temps passer.

Non pas qu’on ait besoin d’un prétexte pour s’entretenir avec Michel Barrette, mais disons que l’oiseau se fait rare dans le paysage: il a laissé le micro de la radio après 15 années de loyaux services et le rideau est tombé sur Km/h ainsi que sur Un homme mort.

Le lancement du DVD 20 Ans déjà – Je me souviens était tout à propos cette semaine pour s’entretenir avec le nouveau papa de 50 ans et de faire le point sur sa carrière, qui approche les 25 ans, minimum!

Vendeur de chapeaux

«Je me rappelle, en 1989», commence-t-il, impatient de se lever pour raconter son histoire…

«On avait sorti un vinyle de Hi! Ha! pour les fêtes et dans la pochette, il y avait un chapeau détachable du personnage. Quand on l’a sorti l’année suivante en cassette, il a fallu la vendre dans une pochette de 33 tours parce que les gens voulaient le chapeau. On est les seuls au monde à avoir fait ça. Les gens débarquaient et demandaient huit Temps d’une dinde… parce qu’ils étaient huit dans le party et avaient besoin d’autant de chapeaux!» lance-t-il.

Pas étonnant qu’en trois ans, Le Temps d’une dinde, variation sur le même thème, se soit écoulé à près de 250 000 exemplaires, ce qui explique aussi pourquoi l’humoriste a exceptionnellement revêtu, 13 ans plus tard, le costume de Hi! Ha! juste pour ce DVD-souvenir. Ne vous en faites pas, il est propre.

La solution Barrette

D’emblée, lorsqu’on lui demande de parler des plus beaux moments de sa carrière, Michel Barrette évoque ses débuts, qui n’ont pas été des plus faciles. «On a appris notre métier sur le tas, sans rien avoir tout cuit dans le bec. Mais ces mauvais moments sont devenus beaux parce qu’ils m’ont donné une aisance sur scène que je n’aurais pas autrement», plaide-t-il.

Un «tas» plutôt original dans le cas de Michel Barrette parce qu’il s’est d’abord présenté comme une résolution de problème. «Nous sommes à la fin des années 1980. Claude Dubois présente son spectacle à la Place des Arts, mais il y a un problème. Il fait trop de bruit pour la pièce de Duceppe qui joue dans la salle à côté», raconte-t-il.

Plutôt que d’annuler le spectacle, Claude Dubois a préféré demander à un humoriste, soit Michel Barrette, de faire la première partie. Du jamais vu à l’époque. «Toi, tu fais le bar à Ti-Pit et on t’appelle pour que tu fasses la Place des Arts? Ça ne peut pas être Surprise sur prise, je ne suis pas assez connu…»

Un point tournant dans sa carrière, tout comme l’a été sa tournée dans la province en première partie d’André-Philippe Gagnon, suivant sa prestation de We are the World au Tonight Show, à la fin des années 1980. Les services de Michel Barrette avaient une fois de plus été réquisitionnés comme solution à un problème.

Le conteur

«Il n’y a pas de recette, pas de plan de carrière. Et c’est la même chose aujourd’hui, bien que la présence de l’École de l’humour précise le chemin. On ne fait que leur accélérer le processus», indique le vétéran, qui est la preuve même qu’il n’y a pas de patron préétabli. Il aura cependant fallu Pierre Légaré pour qu’il prenne conscience de son originalité d’humoriste. «On m’avait demandé avec qui j’aimerais travailler mes textes pour mon prochain show: Pierre Légaré. On me booke un rendez-vous avec lui. Tous les deux, on est dans la salle. On se met à parler et, de fil en aiguille, il est rendu 11h du soir. Je me confonds en excuses parce qu’on n’a finalement pas travaillé. Pierre ferme son calepin et me dit qu’on n’a pas besoin de se revoir, confie Michel, sous l’impression que ce dernier était fâché. Mais ce qu’il m’a fait comprendre, c’est que le travail était fait, que ce que je venais de faire devant lui, c’était ça, mon show. Que de simplement raconter, c’était ça, moi.»

Retour sur scène

C’est dans le même esprit que Michel Barrette a décidé de revenir à la scène et de monter un nouveau spectacle. Le goût lui est venu un soir où il a pris deux heures pour expliquer à une salle pleine pourquoi il était trop mal en point pour faire son spectacle. Un nouveau show était né.

«Je le fais en cachette cet automne pour le peaufiner et peut-être le présenter à l’automne prochain. Mais si je pars en tournée, je le fais à la condition de le faire avec ma femme et notre bébé, indique-t-il avant d’ajouter, en se levant: C’est vraiment le plus beau métier du monde!»

Une carrière dans deux pôles bien distincts...

Michel Barrette souhaite faire évoluer sa carrière dans deux pôles bien distincts, consacrant son côté comique à la scène et le dramatique aux caméras.

Autant j’ai encore le goût de faire rire sur scène et que je ne pourrais pas m’en passer, autant on m’a donné la chance de faire autre chose, et ça aussi, j’aime ça», dit-il en citant les 12 films à son c.v. ou encore le personnage de Paul Devost dans Un homme mort.

«J’en ai vu un petit bout l’autre fois à la télé… et en le voyant, j’y croyais. En voyant Paul Devost malade dans cette scène-là, j’oubliais presque que c’était moi. Pas que je me prenne pour Robert De Niro, mais je suis vraiment fier de ça.

C’est à l’autre bout de ce que je fais sur scène. Je suis chanceux d’être capable de faire à la fois du stand-up et des rôles dramatiques comme ça», confie Michel Barrette, qui a quand même commencé sa carrière d’acteur en 1990 dans Scoop.

Un rôle qui fera des petits

Son passage dans la défunte série de Fabienne Larouche lui a valu de nombreuses propositions. L’auteure, la première, lui a signalé son envie de retravailler avec lui.

«J’ai eu des bons commentaires et je pense qu’il y a des gens qui m’ont remarqué. J’ai une proposition qui m’intéresse tout particulièrement, qui tombe parfaitement dans ce que je veux faire. Disons que je souhaite très fort que ça marche, ça m’allume en tabarnouche… mais c’est trop embryonnaire pour en parler en détail », nous apprend-t-il sans vouloir révéler précisément de quoi il s’agit.

Pas plus facile aujourd’hui pour les jeunes humoristes

Les humoristes d’aujourd’hui ont beau bénéficier de structures qui n’existaient pas à l’époque où Michel Barrette a fait ses débuts, ils ne l’ont pas plus facile. Bien au contraire selon lui.

Si je me présentais aujourd’hui avec le matériel que j’avais il y a 25 ans, je ne passerais pas. Je ne pense même pas que le personnage de Hi!Ha! passerait encore», avance Michel Barrette.

Selon lui, les nouveaux humoristes ont affaire à un public plus exigeant et plus averti que dans le passé. «Je n’enlève pas le talent d’Yvon Deschamps et de la génération qui nous a précédés. Mais si je me penche sur ce qu’on faisait, je suis forcé de dire que le public était fin avec nous», remarque-t-il.

À la dure

«Alors si on a l’impression qu’ils l’ont plus facile, je dirais que non, au contraire, ils l’ont plus difficile qu’on l’a eue nous autres», ajoute-t-il.

Pour survivre comme humoriste aujourd’hui, ne suffit plus d’être à moitié drôle. «Il faut être drôle-drôle et original, précise-t-il. C’est pourquoi on voit aujourd’hui des talents exceptionnels comme Louis-José Houde et Martin Matte, pour ne citer que ceux-là. La compétition est féroce.»

Pas une usine à comiques

Loin d’être une usine à comiques, l’École nationale de l’humour sert à son avis à faire gagner du temps aux jeunes et à leur éviter les mauvais plis. «Tu ne peux pas prendre quelqu’un qui n’est pas drôle et en faire quelqu’un de drôle, même avec Yvon Deschamps ou Woody Allen comme scripteur.»

Michel Barrette souhaite aux apprentis humoristes de se casser la gueule. «Pas parce que je veux qu’ils se fassent mal. Mais si tu t’es battu dans la ruelle et que tu retrouves à l’hôpital, quand on va te montrer comment te protéger, tu vas comprendre pourquoi. C’est la même chose en humour. Tant mieux si c’est pas facile, on va pouvoir continuer à rire longtemps», conclut-il.

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