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Le Journal de Montréal |
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UN VIOLON SUR LE TOIT
Un classique au Rideau Vert
Benoît Aubin
03-05-2009 | 04h00
Un violon sur le toit est tout ce qu’il y a de plus classique
comme comédie musicale. Qu’est-ce qui explique qu’on
monte cette pièce cet été au Rideau Vert? Un coup de
foudre de Denise Filiatrault, voilà tout.
«Un violon sur le toit n’est pas une oeuvre
surannée, c’est un classique en émergence,
assure la directrice artistique du Rideau Vert.
C’est une oeuvre que j’ai toujours aimée. Une
oeuvre basée sur la famille et la tradition, qui
demeurent des préoccupations d’actualité.»
Avant d’ajouter: «L’histoire est belle; les
personnages de cette petite communauté juive
qui voisine les Russes, il y a des disputes,
on les rejette, c’est très touchant.»
«Mais, en plus, et surtout, la musique est
très belle. C’est comme dans My fair lady;
toutes les chansons sont magnifiques.»
Quand on demande à Denise Filiatrault d’expliquer
la philosophie qui la guide dans ses
choix artistiques, elle répond: «Les coups de
coeur, et rien d’autre. J’ai déjà choisi des
pièces en espérant plaire au Conseil des arts,
mais plus maintenant. Si je n’ai pas le béguin
pour une pièce, je ne la monte pas.»
Denise Filiatrault n’est pas exactement une
spécialiste des colonnes de chiffres, mais elle
sait que des productions de cette envergure
sont une espèce menacée, au Québec, du
moins. «Ça coûte trop cher!»
COÛTS ASSASSINS
Produire une pièce de théâtre où les comédiens
doivent aussi chanter, et danser, complique
extraordinairement les choses. «On ne
fait pas qu’apprendre un texte comme au
théâtre. Il faut aussi travailler les voix, les
airs, les choeurs, les danses, les arrangements;
c’est beaucoup plus de monde, et
beaucoup plus d’ouvrage.»
Et surtout, les coûts sont assassins. Oubliez
les musiciens dans la fosse; la musique est
enregistrée. Les changements de décors sont
minimaux. Dix-huit comédiens se partagent
les 25 rôles. Même comme ça, «on ne pouvait
payer une telle production avec un théâtre de
426 places. Il nous fallait un partenaire».
Le Festival Juste pour rire est ce partenaire.
Après un mois au Rideau Vert (c’est déjà
complet), la production déménagera à la salle
Pierre Mercure à partir du 26 juin.
Mais on sait déjà qu’elle ne pourra pas partir
en tournée en province après ça. Trop cher...
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Un violon sur le toit,
Théâtre du Rideau Vert, du 12 mai au 13 juin
(complet).
Salle Pierre Mercure du 26 juin au 18 juillet.
Une sensation depuis 1964
Le Journal de Montréal/Thierry Avril |
Une petite communauté
traditionnelle, tissée
serrée, sur la défensive,
en milieu hostile, qui
essaie, avec autant d’humour
que de détermination,
de maintenir son
identité et ses traditions
face à l’adversité, ça vous
rappelle quelque chose?
Un violon sur le toit
aurait pu raconter une
histoire de Québécois,
d’Acadiens ou de Louisianais.
Elle raconte celle
d’une petite communauté
de Juifs en Ukraine au
début du XXe siècle, mais
c’est exactement la
même histoire.
Fiddler on the Roof a fait
sensation dès sa création
à Broadway en 1964, et y
a tenu l’affiche pendant
huit ans. Ensuite, Hollywood
s’en est emparé.
C’est en visionnant le
film de Norman Jewison
que Denise Filiatrault
s’est pâmée pour cette
oeuvre de Sholem
Aleichem.
«Je jouais à la Place
des Arts dans Demain
matin Montréal m’attend,
je suis arrivée au théâtre
en chantant les airs,
j’ai dit aux autres, il faut
que vous alliez voir ça,
c’est sublime, j’ai pleuré,
j’ai ri...»
Quarante ans plus tard,
l’infatigable Denise Filiatrault
supervise les répétitions
de Martin Laroque
et Linda Sorgini, les personnages
principaux.
«Martin Laroque est
extraordinaire. Avec sa
corpulence, il bouge, il
danse, et il a une voix
remarquable.»
Aucune nostalgie
Aujourd’hui, même les grands
théâtres n’ont plus les moyens
d’engager des musiciens.
Quand Denise Filiatrault en était à
ses débuts, dans la Montréal des
années folles, chaque barbotte, bar,
club, cabaret ou restaurant avait ses
propres musiciens. Mais ne lui parlez
pas d’un âge d’or.
«J’ai haï ça, pour tuer», dit-elle au
sujet de la scène artistique du début
des années 50, que plusieurs décrivent
aujourd’hui avec nostalgie. «J’ai fait du
cabaret parce qu’il n’y avait rien
d’autre.»
À cette époque, Montréal était célébrée,
dans tout l’est du continent, comme une
ville ouverte, plus chaude que New York.
Jean Drapeau, avec son bras droit, Pax
Plante, a fait le ménage avant de devenir
maire, au milieu des années 50.
«Cette époque ne fait rêver que les
gens qui ne l’ont pas connue, assure
Mme Filiatrault. La plupart des musiciens
ne savaient même pas lire une
partition.»
ININTÉRESSANT
«Avant l’ouverture de la Place des Arts
au début des années 60, il n’y avait pas
de théâtres de music-hall comme en
France. Il n’y avait que des cabarets.
C’était absolument inintéressant», dit
l’artiste, qui célèbrera bientôt ses 78 ans.
«Les gens buvaient, gueulaient, parlaient
fort, on travaillait toute la nuit,
poussant quelques chansons entre un
stand-up comic et un magicien. C’était
l’horreur.»