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Martin Matte - Athlète d'exception
© Photo Donald Courchesne, Le Journal de Montréal
Martin Matte

MARTIN MATTE

Athlète d'exception

Pascale Lévesque
Le Journal de Montréal
20-10-2007 | 05h00
Au palmarès des choses à faire pour rendre verts de jalousie vos collègues de bureau se classent en tête de liste une entrée au bras de George Clooney, l’annonce de vos fiançailles avec le prince William ou encore, dans le cas présent, une entrevue en tête-à-tête avec le roi de l’humour Martin Matte. Devinez qui a fait sensation ce matin-là dans la salle de rédaction?

De toute façon, en toute humilité, à qui d’autre confier une mission d’aussi grande importance que d’interviewer Martin Matte sur son nouveau spectacle Condamné à l’excellence?. Même destin, lui sur scène, moi sur papier. Nous sommes habitués tous les deux aux jaloux, particulièrement nombreux ce matin-là, les uns de me savoir avec lui, les autres de le savoir avec moi.

Veston noir, mince t-shirt en coton blanc, Martin Matte fait plutôt «class» assis bien droit dans la grande banquette blanche de ce joli café de la Petite Italie. Le chic c’est lui, ça saute aux yeux: on comprend tout de suite qu’il aurait pu sauver Philippe Dubuc de la faillite. Mais sans doute que le créateur n’aurait pas pu suffire aux commandes si Martin avait été son mannequin vedette. Heureusement, Honda était déjà équipé en grosses usines avant de l’engager.

OK. J’abdique.

Après une pauvre tentative, c’est l’évidence: Martin Matte est le seul à pouvoir jouer élégamment et efficacement la carte de la prétention et du niveau. Alors, oubliez tout… sauf pour la partie où ma rencontre avec lui a fait des jaloux.

NE PAS CONFONDRE

Parce que même s’il est facile de s’amuser aux dépens de son personnage, impossible après l’avoir eu en face de soi ne serait-ce qu’une heure de confondre la confiance de Martin avec de l’arrogance. Même s’il est effectivement bien impressionnant parce qu’il dégage, il est tout sauf prétentieux.

«Quand je rencontre des gens ou que je fais des entrevues, je pense qu’on attend quasiment de moi que je me vante. Comme on assume que je sais que suis bon et que je suis obligé de l’être, j’en fais un clin d’œil dans le spectacle», confie-t-il.

De là le titre Condamné à l’excellence, doublement lourd de sens dans les circonstances. Déjà 100 000 billets vendus, des spectacles planifiés jusqu’en 2009, des séries de supplémentaires qui ne cessent de s’ajouter… on espère que sa condamnation ne viendra pas à terme avant sa première montréalaise le 30 octobre.

«On avait déjà vendu 50 000 billets avant que le moindre spectacle de rodage ait eu lieu. C’est beaucoup plus l’fun qu’angoissant. Parce que de toute façon, quand tu es connu et que tu sors un show, il faut qu’il soit bon. Ce n’est pas une surprise de devoir travailler pour», explique Martin, grandement attendu après avoir donné la dernière représentation de son premier spectacle, Histoires vraies, le 30 janvier 2004, au Centre Bell, devant plus de 8000 fans.

S’il a l’audace de se dire condamné à l’excellence, même si c’est en partie malgré lui, c’est qu’il est un travailleur acharné qui prend les moyens pour atteindre ce niveau.

Et qui fait du coup la démonstration, comme Louis-José Houde le fait aussi, que les plus grands succès s’accompagnent d’un long travail de préparation. Et que le métier d’humoriste en est un tout aussi noble qu’un autre, qui se prend avec autant de sérieux. Même s’il faut à son avis être foncièrement drôle pour le pratiquer.

PUBLIC ALLUMÉ ET AVERTI

«T’as pas le choix d’être travaillant pour réussir. Les gens sont rendus trop allumés, trop informés. Des jokes jokes, enchaînées une après l’autre, selon moi ça ne se peut pas, y en a trop eu. Ça prend plus de profondeur, une recherche, tu peux pas faire croire aux gens que c’est intelligent ce que tu fais comme matériel, ils vont le juger eux autres mêmes. C’est beau de voir comment le public est averti», remarque l’humoriste.

La voilà, la confiance de Martin Matte: un travail d’athlète de plus de trois ans de préparation, d’écriture, de critiques de ses deux mentors, François Avard pour les textes, Alexis Martin pour la scène, le tout incluant une année ou presque de rodage, des petits bars aux grandes salles.

ET LA PRESSION?

Pour en arriver finalement une première dont le père de famille se serait bien passé. «Les salles sont comblées, les critiques de cet été ont été bonnes, à quoi bon une première? On laisse aller le show!» a déjà souhaité le comique, qui se dirait menteur de dire qu’il ne sent pas la pression grandir cette semaine. «Je suis plus nerveux, plus impatient, je dors moins bien… et je sais que c’est une conséquence directe de la première. Mais je ne tenais pas assez à mon idée pour me battre. Peut-être la prochaine fois», dit-il, en se laissant trahir par son flot de paroles incessant et sa tête qui bouge en suivant le rythme.

Et les 100 000 billets vendus, c’est pas plus énervant qu’il le faut? «Je sens une pression différente, mais la pression supplémentaire n’est pas vraiment là. Parce qu’en faisant l’autre show, c’est ce que je souhaitais, d’être vu. Et être vu, ça me permet d’aller plus loin», conclut-il.

Sans fausse modestie, Martin peut se targuer d’être confiant en ses moyens, car il s’est drôlement investi pour en arriver à ce niveau… de fausse arrogance!

Martin Matte, Condamné à l’excellence, première le 30 octobre au Théâtre St-Denis (complet!). Supplémentaires en vente aujourd’hui: 24-25-26 juillet, salle Wilfrid- Pelletier de la PDA. (514) 842-2112.

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