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© Photo Courtoisie / Maxime Côté |
Interprétés par les comédiens Steve Gagnon et Catherine Paquin-Béchard, les enfants sont touchants. |
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LES ENFANTS DE LA PLEINE LUNE
Une pièce dure qui mérite d'être vue
Louise Bourbonnais - Collaboration spéciale
01-11-2011 | 09h25
Le Théâtre Prospero présente, en grande première mondiale, Les enfants de la pleine lune, une pièce mise en scène par Luce Pelletier qui reprend l’histoire de Joseph Fritzl, cet Autrichien qui a séquestré sa fille, Élisabeth, dans son sous-sol pendant 24 ans pour l’agresser physiquement,
la violer et lui faire des enfants.
L’auteure Emanuelle delle Piane raconte avoir écrit la pièce en s’inspirant de la scandaleuse histoire d’inceste qui a fait la manchette dans le monde entier; elle avoue avoir amplifié le terrible drame en transgressant les règles de la dignité. Elle a aussi imaginé une fin différente à celle de l’histoire véridique de manière à engendrer une révolte qui horrifie davantage.
C’est l’histoire de la fille de Joseph Fritzl, séquestrée depuis la fin de son adolescence, qu’on appelle «la mère» puisqu’elle deviendra la mère de deux enfants qui resteront enfermés avec elle. Son père, qu’on appellera «le vieux», l’agresse continuellement. Ils gardent ses trois prisonniers
dans son sous-sol sous prétexte qu’à l’extérieur c’est la guerre, c’est dangereux et qu’il faut absolument demeurer cachés à moins de vouloir mourir.
Triste et lugubre
Le décor est triste et lugubre reflétant bien la réalité de l’histoire. Un sous-sol gris, une ampoule au plafond, un seul lit aux couvertures crasseuses et des marches
qu’empruntera «le vieux» continuellement pour venir agresser sa fille et même l’enfant de sa fille. Une atmosphère terriblement froide et austère.
Jacques L’Heureux, qui incarne «le vieux», un psychopathe violent et effroyablement fou, interprète mal son rôle. On le sent hésitant et mal à l’aise. Alors qu’on se serait attendu à voir un vieux bourru, misérable, violent et fou, voilà qu’on sympathise presque avec le personnage malgré l’atrocité des gestes qu’il pose dans la pièce.
Si les répliques sont bonnes, quelque chose cloche visiblement au niveau de l’interprétation, comme si l’acteur n’avait pas su être suffisamment méchant. On a du mal à croire à la monstruosité du personnage.
Une grande actrice
Mentionnons cependant, le grand talent de Louise Cardinal, qui incarne à la fois
«la mère» et la fille de Fritzl, qui joue merveilleusement bien. Elle est touchante et interprète parfaitement bien son rôle. Malgré les conditions atroces dans lesquelles elle vit, elle réussit à demeurer un être empreint d’amour et de sensibilité.
Elle raconte aux enfants ses souvenirs de la vraie vie, des histoires un peu plus belles et plus
poétiques que la réalité, de manière à colorer la triste vie de ses enfants. Elle fait le bonheur de la pièce et apporte une espèce de baume à cette histoire. On imagine que c’est ce qui s’est véritablement passé chez les Fritzl. Une mère qui aime, qui éduque et qui protège ses enfants,
envers et contre «le vieux», essayant d’embellir leurs effroyables existences.
Des enfants naïfs
Quant aux enfants, on sent bien toute leur naïveté, celle d’êtres demeurés dans l’ignorance. On se demande tout de même s’ils n’auraient pas dû être un peu plus fous que cela du fait de n’avoir jamais vu la lumière du jour et d’avoir été forcés par «le vieux» de réciter des tables de multiplication sans cesse.
Soulignons la beauté du décor extérieur et des effets lumineux de la pleine lune lors des brefs moments où les enfants ont le privilège de sortir, en pleine nuit, enchaînés avec des laisses comme des chiens.
La pièce, même si elle est dure à voir, mérite le déplacement, ne serait-ce que pour réfléchir sur les pires monstruosités que l’être humain est capable de faire. N’empêche qu’on aurait souhaité une
fin moins tragique, une fin plus heureuse se rapprochant davantage de la véritable histoire des enfants de Fritzl.
Les enfants de la pleine lune
Auteure: Emanuelle delle Piane
Mise en scène: Luce Pelletier
Comédiens: Louise Cardinal, Steve Gagnon, Jacques L’Heureux et Catherine
Paquin-Béchard.
Production: Théâtre de l’Opsis
Quand: jusqu’au 19 novembre au Théâtre Prospero