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SOPHIE THIBAULT
Telle mère, quelle fille?
Benoît Aubin
28-02-2009 | 04h00
Sophie Thibault est la championne des filles qui
jouent et gagnent dans un monde de gars. Elle fut la
première à porter un bulletin de nouvelles-réseau
au Canada.
Alors, quand Sophie Thibault publie une
autobiographie, on attend, forcément,
qu’elle nous raconte son aventure professionnelle.
Qu’elle nous dise comment c’est
arrivé. Comment elle a coiffé ses concurrents,
surmonté les stéréotypes sexistes,
gravi tous les échelons. Comment elle a
accédé au sommet de sa profession: le
poste du présentateur des nouvelles à
TVA, un perchoir qui était, avant
elle, réservé aux hommes.
Eh bien, non! Pas vraiment. Pas du tout.
Au contraire. Malheureusement.
Telle mère, quelle fille? est un livre de
fille, qui parle d’affaires de filles. Un livre
qui se déploie dans l’univers ambigu des
difficultés relationnelles, des sentiments
heurtés, des attentes déçues, des chagrins
qui couvent. Un livre dans lequel la
tristesse se mue parfois en malheur, où les
regrets se muent souvent en reproches,
et où l’amour déçu se montre capable de
grandes cruautés.
Aspirations amoureuses
Et ces affaires de filles, Sophie Thibault
les déballe à la manière des filles. Elle peut
fournir quantité de détails sur certains
sujets - l’intimité, pas vraiment enviable, de
ses parents, par exemple. Mais elle peut
tout aussi bien passer sous silence des
informations capitales - sur ses propres
aspirations amoureuses, par exemple.
Dès les premières pages, Sophie Thibault
explique qu’elle a des comptes à régler
avec sa mère, et avec le sale tour que la vie
leur a joué à toutes les deux. La vie de
Monique Larouche-Thibault, une écrivaine
publiée, mais aujourd’hui oubliée, a été
gâchée par une calamité, une horrible
maladie incurable, la sclérose en plaque,
qui vous mine un individu, corps et âme,
lentement, avant de le faire mourir.
Sophie a dû devenir la mère de sa mère.
Tout le drame est là. « J’avais l’impression
d’être le premier bébé né avant sa mère,
écrit-elle. «Quand j’ai appris à me tenir
debout, elle a commencé à marcher assise.
À l’époque où je songeais aux enfants,
elle était aux couches. Et aujourd’hui, je lui
brosse les dents...»
Relation difficile
Cette confidence de la première page
donne le ton à tout le livre, qui révèle,
souvent sans discrétion aucune, les
malheurs de trois générations de
femmes qui ont été mal-aimées par leur
mère - et qui, donc, ont mal aimé leurs
enfants, celles qui en ont eu, du moins.
Le livre fait référence à de nombreuses
thérapies suivies par Sophie
Thibault, et sa mère, pour venir à bout
de ce que l’aînée nomme «la sinistrose
névrotique et catholique» qui court
dans la famille.
On peut comprendre que ces deux
femmes aient senti le besoin d’écrire ce
livre sur leur relation difficile, un récit qu’on lit avec l’avidité un peu trouble
de celui qui épie une conversation intime
au restaurant et ne peut s’en
détacher.
Mais on s’explique moins bien ce qui a
poussé un personnage en vue comme
Sophie Thibault à déballer toute cette
lingerie intime sur la place publique.
Auteur :
Sophie Thibault et Monique Larouche-Thibault
Titre :
Telle mère, quelle fille!
Éditeur :
Les Éditions de l'Homme