Mise à jour: 12/05/2003 10:09  
Aurore l’enfant martyre a vraiment existé
(JdeM) Yves Leclerc - Le Journal de Montréal
 
Une scène du film de 1952
Imavision
«Je n’irais pas voir le film sur l’histoire d’Aurore l’enfant martyre. Ça va être trop difficile de contenir mes émotions. C’est trop triste.»

Sur la petite galerie d’une résidence de la rue Principale, à Fortierville, en compagnie de son conjoint et de sa fille, Yvette Tousignant est convaincue que ce film, qui devrait se retrouver sur les écrans en 2005, va en faire brailler plusieurs.

«C’est bien certain, a lancé son conjoint, c’est une braillarde de nature.»

Bonne idée

Elle précise, par contre, que ce projet de film est une très bonne idée.

«Il y a encore des gens qui croient que cette histoire est une légende et que ça ne s’est pas produit pour de vrai. Ce n’est pas le cas», a-t-elle mentionné, hier, lors d’un entretien avec le Journal.

Aurore Gagnon est née en 1909, à Fortierville, un village situé entre les municipalités de Villeroy et de Deschaillons. Elle est décédée 10 ans plus tard, le 12 février 1920, à la suite des sévices infligés par Marie-Anne Houde, deuxième épouse de Télesphore Gagnon.

Maison

Le spectre d’Aurore l’enfant martyre flotte toujours à Fortierville, une petite municipalité rurale composée de 722 habitants. Les gens s’arrêtent constamment, surtout l’été, afin d’aller jeter un coup d’œil sur la maison où l’enfant a vécu et aussi pour aller se recueillir sur sa pierre tombale, située dans le cimetière avoisinant l’église. Des autobus s’y arrêtent souvent pour les mêmes raisons.

«Il y a une vieille Américaine qui est venue ici l’été dernier uniquement pour ça. Elle voulait voir la maison et la pierre tombale avant de mourir», a raconté Colette Cloutier, mairesse de Fortierville.

Jean-Noël Gagnon habite depuis toujours dans la maison où a vécu Aurore Gagnon. Il y a eu quelques transformations depuis, mais le grenier où la jeune Aurore était souvent maltraitée est demeuré intact.

Le propriétaire ne considère pas l’endroit comme un lieu sacré, mais pas question d’ouvrir les lieux aux journalistes trop curieux.

La maison avait été achetée par son grand-père Adjutor. Elle est ensuite devenue celle de son père Armand et finalement la sienne.

File de voitures

«Il s’agit, pour moi, d’une maison comme les autres. Je suis venu au monde ici», a fait remarquer le propriétaire d’une ferme laitière, malgré la portée historique de l’endroit. «Avant même de comprendre ce qui s’y était passé, mon père vivait déjà à l’intérieur », a fait remarquer son fils.

Jean-Noël Gagnon avoue que sa maison est souvent photographiée. Au lendemain d’un épisode de la série Les Grands Procès, où l’on traitait de la triste histoire d’Aurore Gagnon, il y avait 80 voitures en face de son domicile.

«On a déjà laissé entrer les gens pour qu’ils puissent visiter la maison, mais on a dû arrêter tout ça. Il faut aussi s’occuper de la ferme», a-t-il expliqué.

Tournage

M. Gagnon, qui n’a pas de lien de parenté avec la famille d’Aurore, ne sait pas s’il permettra à l’équipe de tournage d’aller tourner à l’intérieur, si la situation le demande. «Pas pour le moment», a-t-il lancé, craignant d’être envahi à nouveau, lorsque le film de Luc Dionne se retrouvera sur les écrans du Québec. Le père s’est «ouvert les yeux trop tard» «Ce n’était pas un méchant gars. Il s’est seulement ouvert les yeux trop tard.»

Rita Richer a connu Télesphore Gagnon, le père de la petite Aurore l’enfant martyre, condamné à la prison à vie pour homicide involontaire. Marie-Anne Houde, sa deuxième conjointe, avait été condamnée à mort.

Mme Richer a travaillé pour lui à sa sortie de prison. Atteint d’une tumeur à la gorge, Télesphore Gagnon avait été libéré. Il a été guéri et il s’est ensuite installé à Fortierville.

«Je m’occupais de sa troisième épouse, Marie-Laure Habel, qui était malade. Le couple habitait dans le rang Saint-François. Télesphore Gagnon avait fait une promesse en prison. Il avait promis de dire son chapelet à tous les soirs, s’il sortait de détention. Il a tenu sa promesse. Je l’ai vu faire», a raconté Mme Richer, qui fêtait, hier, son 83e anniversaire de naissance.

Démoli

«Il était démoli et il avait honte. Tout le monde le regardait», a-t-elle ajouté, refusant de se faire tirer le portrait par le photographe du Journal.

Mme Richer avoue qu’elle ne fera pas un spécial pour aller voir le film. «Je vais certainement le regarder, mais lorsqu’il passera à la télé», a-t-elle lancé, indiquant qu’elle avait visionné la version tournée en 1952.

Bientôt un musée pour Aurore

Fortierville rendra hommage à Aurore l’enfant martyre en mai 2004.

Un musée sera aménagé à l’intérieur de la sacristie de l’église. Une vente de trottoir a eu lieu afin d’amasser des fonds pour ce projet et une demande de financement a été soumise au Centre local de développement de la région.

Il s’agissait à l’origine d’un projet touristique qui s’est transformé, en cours de route, en un hommage à Aurore Gagnon. Un hommage, selon Mme Colette Cloutier, mairesse de Fortierville, qui ne mettra pas l’emphase sur le côté spectaculaire de cette page historique du Québec.

«Nous sommes pas mal avancés. On travaille là-dessus depuis maintenant un an. On ramasse tout ce que l’on peut trouver. Des livres, des films, des photographies, des cassettes et des témoignages avec des gens qui étaient vivants à cette époque», a indiqué Mme Colette Cloutier, lors d’un entretien avec le Journal.

Informer

Ce projet de film sur la vie d’Aurore Gagnon tombe bien pour la petite communauté de Fortierville. «Nous sommes pas mal excités et emballés», a-t-elle admis, en début d’après-midi.

Mme Cloutier n’avait jamais entendu parler de ce projet de film, le premier de Luc Dionne, l’homme derrière les téléséries Omerta, Le Dernier Chapitre et Bunker.

«Le patrimoine se perd. Cette idée de lieu de recueillement est une excellente façon de ne pas oublier cette histoire», a fait remarquer Françoise Hodler, responsable du comité touristique et conseillère municipale.

L’histoire d’Aurore Gagnon n’est pas unique selon Mme Hodler. Il y a encore des enfants qui sont victimes de sévices physiques au Québec et partout ailleurs. «Ça n’a pas beaucoup changé avec le temps. Les gens ne se mêlent pas trop de ce qui se passe chez leur voisin», a-t-elle lancé.

 
 
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