Mise à jour: 01/05/2003 09:38  
Wolf Pack
Prostitution juvénile: le réseau s’étend à Montréal
(JdeM) Marc Pigeon et Éric Thibault- Journal de Montréal
 
Un des membres du Wolf-Pack Archives TVA
Alors qu’on croyait le réseau de prostitution juvénile limité à la ville de Québec, on a découvert une ampleur insoupçonnée à l’organisation du Wolf Pack, qui commettait ses crimes un peu partout à travers la province.

On a forcé des filles à se prostituer à la grandeur du Québec, si l’on en croit les accusations déposées contre une douzaine de présumés proxénètes, hier, au Palais de justice de Québec.

Montréal, Saint-Jérôme, Saint-Hyacinthe, Saint-Jean-sur-Richelieu, Nicolet, Victoriaville, Manseau, Deauville et Jonquière figurent parmi les villes où des crimes auraient été commis.

Elles se nommaient Sarah, Michelle, Sophie, Kim. En tout, 29 de ces jeunes femmes ont été victimes du Wolf Pack, ce gang de Québec qui prostituait, brutalisait, séquestrait, violait et menaçait des filles.

Bas instincts

Tout ce stratagème a duré pendant plus de trois ans, entre 1999 et décembre 2002. Pendant toutes ces années, selon la police, à tour de rôle, elles ont dû assouvir les bas instincts de clients qui recherchaient les services sexuels «hors de l’ordinaire, qui dépassent toute imagination». L’affaire fait couler beaucoup d’encre depuis l’arrestation de personnalités connues à Québec.

Le réseau de télévision TQS avançait, hier, que les dirigeants du groupe criminel faisaient travailler les jeunes filles les plus réfractaires dans des bars de danseuses nues, pour casser leur caractère.

Dans ces bars, elles devaient faire bien plus que quelques danses: c’était carrément de la prostitution.

Et lorsque l’organisation les jugeait prêtes, les filles étaient ramenées à Québec, où elles étaient offertes aux clients réguliers, selon TQS. La police a refusé de commenter ces allégations, indiquant que tout serait expliqué lors d’une conférence de presse, aujourd’hui.

157 accusations

Hier, pas moins de 157 accusations ont été portées contre 12 individus. De ceux-ci, quatre étaient déjà sous les verrous et huit sont de nouveaux accusés dans cette vaste affaire. Trois sont toujours au large.

De plus, dix personnes, contre qui ne pèse aucune accusation, sont visées depuis hier par un mandat de paix. On leur interdit maintenant de contacter une liste de 29 victimes parce qu’on craint que des blessures leur soient causées ou qu’on endommage leurs biens.

Des enfants parmi les victimes

Les autorités ont sorti l’artillerie lourde pour assommer les dirigeants du Wolf Pack : des accusations de gangstérisme ont été portées contre quatre d’entre eux.

Les accusés, Jean-Bernard Estelle, Nerva Lovinski, David Moïse et Jean Pierrin, font face chacun à deux accusations d’avoir participé aux activités d’un gang, en commettant des actes de proxénétisme et en vivant des fruits de la prostitution d’une personne de moins de 18 ans.

Il faut dire que la seule lecture des accusations portées contre les accusés a de quoi choquer.

On a contraint une enfant de moins de 14 ans à se prostituer, à Québec et à Montréal. On lui a proféré des menaces et on lui a fait des attouchements sexuels.

Une autre fille, âgée de moins de 14 ans elle aussi, aurait subi les fantaisies sexuelles d’un accusé, Nerva Lovinski, pendant une année, alors qu’on l’accuse d’avoir commis des attouchements sexuels et d’avoir incité l’enfant à lui faire des attouchements.

Plusieurs autres victimes auraient été violentées et agressées sexuellement, en plus d’être forcées à se prostituer. On aurait poussé d’autres filles à faire le trafic de stupéfiants.

Enfin, un accusé aurait tenté d’entraver le cours de la justice en incitant une victime à rendre un faux témoignage.

La machine à rumeurs s’emballe

Depuis la fin décembre, la police de Québec annonce l’arrestation imminente d’un second groupe de clients du réseau. Hier, malgré de nombreuses arrestations, toujours aucun autre client ne figure sur la liste des accusés. Et les rumeurs courent…

Lors de la première vague d’arrestations, en décembre, des personnalités connues ont été appréhendées. L’animateur radiophonique Robert Gillet, le restaurateur Georges Tannous, l’ex-président du Carnaval de Québec, Claude Mailloux, ou l’homme d’affaires Jacques Racine.

Des rumeurs circulent dans la ville voulant qu’un humoriste connu soit du groupe. Plusieurs sont montrés du doigt injustement. Mais jusqu’ici, rien. Aucune arrestation, aucune accusation, malgré l’espoir généré par la police.

Deuxième vague d’arrestations

Tôt hier matin, on a bien cru que ça y était, lorsque la nouvelle d’une seconde vague d’arrestations s’est propagée dans la Vieille Capitale. Mais la police de Québec est demeurée muette toute la journée.

Le capitaine André Fillion a rencontré les journalistes pour leur indiquer qu’une opération policière était en cours, mais sans plus.

Pourtant, au Palais de justice de Québec, le nom de tous les accusés et le libellé des 157 accusations ont été déposés publiquement.

Pourquoi alors tant de secret?

Le porte-parole de la police de Québec, Jean-François Vézina, a expliqué cette discrétion en évoquant une «enquête importante» et qu’on donnerait l’information de façon uniforme, en conférence de presse, ce matin. Pas avant.

La police est pointée du doigt depuis quelques semaines pour le long délai avant les arrestations promises. Aussi, elle avait été l’objet de controverse, la semaine dernière, pour avoir mis 18 jours avant de publier un avis de recherche pour retrouver l’une des victimes mineures qui est introuvable, alors qu’elle devait témoigner contre un des accusés.

Autre animateur de radio arrêté

Steve Gariépy, l’animateur de radio qui entre en ondes juste après André Arthur, à la station CIMI-FM, a lui aussi été amené à la centrale de police de Québec par des enquêteurs du projet Scorpion, menottes aux poignets, hier.

L’animateur bénévole de 32 ans, rattaché depuis plus d’un an à la petite station radiophonique de Charlesbourg, a été longuement interrogé par la police, qui s’est faite muette quant aux motifs de son arrestation. Aucune accusation n’avait été portée contre lui, en fin de journée.

Le résidant de Beauport fumait une cigarette à l’extérieur des locaux de la station, quelques minutes après la fin de son émission matinale, lorsque les enquêteurs ont procédé à son arrestation en vertu d’un mandat, peu après 11 h 30. La nouvelle a «pris tout le monde de court» à la station, y compris Arthur, selon son directeur, Stéphane Tremblay.

«J’ai moi-même averti André Arthur, durant son émission du midi, et on a été les premiers à sortir la nouvelle. On n’a pas de cachette à faire. Steve n’a plus sa place avec nous. Il devra faire face à ses responsabilités», a réagi M. Tremblay.

Des collègues de Steve Gariépy ont comparé cette arrestation à une «claque sur la gueule». L’animateur avait lui-même déjà parlé du démantèlement du réseau de prostitution juvénile en ondes, après la première vague d’arrestations qui visait notamment l’ex-animateur vedette du FM-93, Robert Gillet, présumé client du réseau.

Le directeur de la station, qui est la propriété de Genex Communications, a soutenu qu’«on va continuer à dénoncer le réseau de prostitution juvénile» à CIMI-FM. Il a dit espérer que «les gens feront la part des choses» et qu’ils n’associeront pas le nom de la station au réseau pour autant.

 
 
Copyright © 1995-2008 Canoë inc. Tous droits réservés