Mise à jour: 25/03/2011 08:26  
Une femme d’influence
 
Tout le monde qui s’intéresse un tant soit peu aux médias de masse le sait : Oprah Winfrey quittera la barre de son émission quotidienne à la fin de cette saison, après 25 ans en ondes, dans une formule qui a fortement influencé la télévision et engendré des tonnes de sous produits à travers la planète.

Le plus spectaculaire exemple et le plus récent est certainement Mozhdha, une émission diffusée en Afghanistan, (1TV), où Mozhdah Jamalzadah, une femme de 27 ans (qui a grandit à Vancouver en regardant l’émission d’Oprah Winfrey), s’adresse tous les jours aux femmes du pays, depuis un studio de Kaboul, avec la ferme volonté de les amener à s’éduquer, à s’épanouir et à se libérer des fortes contraintes imposées par la religion. La jeune animatrice déclarant au passage, dans un entretien accordé au magazine Maclean’s en décembre dernier, qu’« une société se transforme d’abord en intervenant dans la vie intime des gens ».

Au fil des années, le Oprah Winfrey Show est certainement devenu une plate forme d’intervention sociale, que Madame Winfrey a utilisé (la plupart du temps) avec intelligence et discernement, enjoignant les Américains à lire des auteurs méconnus, à ­remettre en question leur schème de valeurs, à s’ouvrir à la thérapie et à la compassion, à mieux manger, à faire de l’exercice, bref, à se « déniaiser » et à se prendre en mains, à tous les points de vue.

Femme de pouvoir et d’influence, Oprah Winfrey s’est aussi transformée, au fil des années, en une brasseuse d’affaires immensément riche, une « media mogul », dont la marque de commerce est désormais déclinée sur plusieurs espaces, dont un magazine mensuel et une chaîne télé, lancée en janvier dernier.

Un modèle d’affaires moderne, que bien d’autres tenteront aussi de copier au cours des prochaines années. Usant de son pouvoir avec une intelligence calculée, Winfrey est aussi plus présente sur la scène politique depuis quelques années, supportant Barak Obama à partir de 2006 et durant toute sa campagne électorale de 2008, allant jusqu’à le soutenir personnellement, à l’occasion de certains discours stratégiques de sa campagne.

Michael Moore, le documentariste trouble-fête des États-Unis, a d’ailleurs souhaité ­publiquement, avec plus ou moins d’ironie, que Winfrey se présente elle-même aux élections, à titre de candidate à la présidence, tellement son ascendance sur la classe moyenne est importante.

Mardi dernier, probablement pour se faire plaisir, ­Madame Winfrey recevait la légendaire Barbara Streisand, dans une émission entièrement consacrée à la chanteuse, qui confiait d’emblée ne pas aimer chanter devant un public, préférant être « seule avec la musique » dans un studio d’enregistrement. Ce qui explique probablement pourquoi en live, Barbara semble perdre un peu de sa superbe.

Or, pendant que Streisand hésitait à répondre à certaines questions, je regardais Winfrey réagir à ces silences, à l’aise comme un chat sur une corde raide, décontractée, vive, à l’écoute, drôle, spontanée et engageante à l’extrême.

Un modèle d’aisance télévisuelle comme il s’en fait très peu de par le monde. Mais, à mon sens, ce qu’il y a de plus admirable chez Winfrey, outre son talent de communicatrice et son sens redoutable des ­affaires, c’est la pudeur avec ­laquelle elle utilise cet immense pouvoir d’influence qui est le sien.

Jamais on ne l’a vu dire du mal des autres, donner dans le mépris, l’accusation et la condescendance, ou encore perdre la tête pour « imposer » coûte que coûte une idée. Le genre d’attitude qui devient souvent, malheureusement, le lot de beaucoup de gens de pouvoir, enivrés par leur ego surdimensionné, aveuglés par l’idée qu’ils se font d’eux mêmes ou par l’écho de leur trop grande présence médiatique.

Or, qu’une femme que la ­société a hissée à ce statut certes enviable soit en mesure de ne jamais perdre de vue que personne, surtout pas elle, n’est infaillible, est en soi une raison de plus, peut-être la plus importante en fait, pour lui porter beaucoup, beaucoup d’admiration.

 
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