Mise à jour: 10/11/2010 22:05  
Meurtre de Nicolo Rizutto
Vendetta contre le clan Rizutto?
 
Pierre De Champlain, un ancien analyste de renseignements à la Direction des renseignements criminels de la GRC, voit dans cet assassinat «la mort du clan Rizzuto».

«Il y a une faction de la mafia qui a décidé de mettre fin au règne du clan Rizzuto», a-t-il dit. Selon lui, la mort du patriarche de la mafia montréalaise s’inscrit dans le cadre d’«une vendetta». «On commence par éliminer le fils, le beau-frère, puis le patriarche, a expliqué M. De Champlain. […] On essaie d’éliminer le plus d’individus qui pourraient représenter un danger pour la faction qui veut prendre le contrôle de la mafia montréalaise.»

La façon dont M. Rizzuto a été assassiné démontre que le milieu du crime organisé avait peu de respect à l’endroit des Rizzuto, croit le spécialiste d’organisations criminelles canadiennes. Le patriarche a été victime d’une fusillade à son domicile de la rue Antoine-Berthelet à Montréal, alors qu’un homme et deux femmes – probablement sa femme et sa fille – se trouvaient dans la résidence.

«D’habitude, on fait ça en pleine rue, pas dans la maison. C’est un manque de respect. Ça démontre que les Rizzuto étaient tombés très bas dans le milieu de la mafia à Montréal», a ajouté M. De Champlain, qui affirme que ce n’est pas la façon habituelle de procéder de la mafia.

Pierre De Champlain croit que Nicolo Rizzuto n’était «pas très actif» au sein de la mafia montréalaise depuis qu’il avait été libéré de prison, en 2008. «Il était sous la supervision du Service correctionnel, j’imagine, a-t-il ajouté. […] Je ne pense pas qu’il était aussi actif qu’avant l’opération Colisée», alors que la plupart des dirigeants du clan Rizzuto avaient été emprisonnés.

Nicolo Rizzuto avait plaidé coupable en septembre 2008 — deux ans après son arrestation — à des accusations de gangstérisme, de complot pour importation de stupéfiants, d'extorsion, d'organisation de paris illégaux et de possession d'argent issu d'activités criminelles. Le patriarche avait alors passé deux ans derrière les barreaux, de 2006 à 2008.

«J’ai l’impression qu’il va y en avoir d’autres [assassinats] au cours des prochains mois», a dit M. De Champlain, qui estime que cet assassinat vient de confirmer «la mort du clan Rizzuto».

Le psychologue Martin Courcy, spécialisé en sécurité et gestion de crises, est aussi de cet avis. La mort du patriarche signifie «la fin du règne du clan Rizzuto à Montréal», a-t-il dit.

C’est un «geste symbolique» de s’en prendre à un homme de 86 ans, croit-il. «Ça veut dire que la direction de la mafia change de main.»

M. Courcy a rappelé que trois personnes se trouvaient dans la maison de M. Rizzuto au moment de la fusillade, dont un homme. «Je ne sais pas si l’homme en question était un garde du corps, si oui, ça voudrait dire qu’il était sous protection, donc qu’il s’y attendait», a-t-il soutenu.

M. Courcy doute que le crime ait été commis par un gang de rue, mais croit plutôt qu’il s’agit d’un autre clan au sein de la mafia montréalaise. «J’ai l’impression que c’est un changement de garde au sein de la mafia.»

«Après l’assassinat du fils, là, c’est le grand-père, sans parler des enlèvements et des cocktails Molotov. Ça continue», a réagi la criminologue et députée du Bloc québécois Maria Mourani.

La députée d’Ahuntsic a parlé de la «déchéance totale» du clan Rizzuto, mis à mal depuis quelques années. «On peut interpréter ça comme une revanche [des autres clans] depuis [l’opération] Colisée», a-t-elle dit.


 
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