Mise à jour: 11/01/2010 09:14  
Chronique
« L’État-Provigo »
Donald Charette
 
Alors que tous se grattent la tête pour trouver des moyens de sabrer dans les dépenses de l’État, il est pertinent de rappeler que cet exercice a déjà été fait en 1986, avec le fameux rapport Gobeil, véritable mode d’emploi pour mettre fin à l’obésité du secteur public.

Il y a deux façons de redresser les finances publiques : sabrer dans les dépenses ou augmenter les revenus (taxes, impôts et tarifs).

En ce qui regarde les compressions, l’exercice le plus structurant a été mené il y a 24 ans par Paul Gobeil, alors président du Conseil du trésor du Québec. Il faut rappeler le contexte : Robert Bourassa est fraîchement élu premier ministre et a confié des ministères à des hommes d’affaires qu’il a attirés en politique. On sent une volonté et une nécessité, après les années du PQ au pouvoir, de prendre un virage économique.

Paul Gobeil est nommé au Trésor avec le double mandat de revoir les fonctions gouvernementales et son organisation. Cet ex-grand patron de Provigo ne fait pas dans la dentelle et son credo est clair : « gérer le gouvernement comme une business ». En une vingtaine de pages, le premier volet de son rapport dissèque l’État québécois et propose des changements radicaux qui équivalent à une chirurgie bariatrique.

Son rapport soulève évidemment une tempête et on ne parle plus de que Paul « la hache » Gobeil.

« L’État-Provigo » plutôt que l’État-Providence.

Tous les lobbies se mobilisent et la résistance se retrouve au sein même du Conseil des ministres.

Le rapport, qui était signé par de grosses pointures des affaires, Michel Bélanger, Pierre Lortie, Yvon Marcoux et Jean-Claude Rivest, l’éminence grise de Bourassa, constatait que le gouvernement prenait trop de place dans l’économie. On s’inquiétait aussi du fait que la santé et l’éducation accaparaient 55 % du budget. Ils en occupent près de 70 % actuellement. Les solutions? Dix-sept recommandations détaillées, qui abolissaient une vingtaine de comités consultatifs (Conseil des arts, Conseil de la science...), une dizaine d’offices, de régies (cinéma, logement...), prévoyaient la vente de Radio-Québec, la privatisation de la Sépaq, le transfert des musées aux municipalités...

L’approche était structurante, car elle prévoyait des regroupements d’organismes et s’accompagnait d’une vaste décentralisation des budgets vers les réseaux. Ainsi, les conventions collectives seraient négociées localement. En santé, le rapport Gobeil suggérait, véritable hérésie à l’époque, de privatiser des hôpitaux et d’impartir certains services, l’envoi d’un état de compte annuel en additionnant jusqu’à 2 000 $ au revenu imposable, la fermeture des CRSSS.

En éducation : introduction d’un bon d’études, hausse des frais de scolarité pour atteindre 25 % du coût des études selon les spécialités avec indexation, augmentation de la charge de travail des profs. Les entreprises n’étaient pas en reste, toutes les subventions de la SDI aux PME étaient supprimées et l’aide du gouvernement dans un gros projet devait être exceptionnelle.

L’application du rapport Gobeil aurait retranché des milliers d’emplois de la fonction publique.

Wow! Vous devinez que le rapport Gobeil a fait long feu. Bourassa, le pragmatique, a vendu deux ou trois sociétés (la raffinerie de sucre notamment) et a gagné du temps. Il n’était pas prêt pour la révolution, pas plus que Jean Charest et sa réingénierie.

Pour un élu, il est plus facile de jouer sur le garrot qui étrangle les contribuables.

donald.charette@journaldequebec.com

 
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