Confidences d'une entrepreneure: une chance qu’on s’a !

13 novembre 2009 | 09h32
- ARGENT
Anne Marcotte
Collaboratrice, Argent

Quelques jours nous séparaient de la fête de Noël. Confortablement assise dans mon bureau, je savourais les résultats financiers de notre entreprise. Cette année-là, nous avions encaissé des bénéfices records. Puis, je ressentis un drôle de pincement au cœur. Comment pouvais-je être en train de me réjouir pendant qu’à quelques rues de notre bureau, des enfants ne réussissaient même pas à manger trois repas par jour?

Instantanément, je venais d’éprouver une forme de malaise. Je ne savais pas trop quoi faire avec ça. Mon beau-père de l’époque me suggéra de contacter la directrice de l’école de notre quartier d’affaires. L’école en question se classait (et se classe toujours) parmi les plus défavorisées de la ville de Québec.

« C’est une mauvaise blague ou quoi? », me lança la directrice au bout du fil. Je lui avais simplement demandé si elle connaissait des familles dans le besoin. Deux jours plus tard, elle nous fit parvenir une liste de noms par télécopieur. Vingt-huit familles avaient été répertoriées avec la mention « extrême besoin ».

Un projet mobilisateur

À ma grande surprise, plusieurs de nos jeunes employés proposèrent leur aide. Le projet devint excessivement mobilisateur. Ensemble, on décida de préparer des paniers de Noël - de la liste d’épicerie jusqu’à la livraison.

Une semaine plus tard, des boîtes remplies de denrées prenaient place dans la camionnette de mon père. On coiffa nos têtes avec des tuques du Père Noël. Ce soir-là, j’allais vivre l’une des plus troublantes expériences de ma vie.

Je vis des enfants trembler devant des sacs d’épicerie et s’émerveiller devant des caissons de clémentines et des boîtes de biscuits au fromage. Je fus littéralement jetée à terre. Le lendemain, je retournai visiter cinq ou six familles. Leurs visages ne m’avaient pas quittée de la nuit. À la fin de la journée, j’allais craquer, réalisant l’ampleur de la situation et la petitesse de notre intervention.

Était-il réellement possible pour nous de faire la différence pour ses enfants avec une simple implication ponctuelle? Même avec toute la bonne foi du monde, le quotidien de notre entreprise qui avait une autre mission, ne pouvait, au mieux, et en toute sincérité, réussir à faire un petit quelque chose qu’une à deux fois par année.

Quelqu’un pouvait-il faire le travail à temps plein ?

J’eus réponse à ma question le jour où je fis la connaissance d’un entrepreneur assez spécial, Daniel Germain, Président fondateur du Club des petits déjeuners du Québec.

Cet entrepreneur en économie sociale s’est donné la mission de ne jamais laisser un enfant avoir le ventre creux avant d’aller en classe. Sa vision, sa motivation, son plan d’intervention et sa capacité à mobiliser de grands joueurs et des milliers de bénévoles me démontrèrent qu’il y avait assurément là, une clé pour faire la différence sur ce triste problème de société.

Ce que je compris…

Aujourd’hui, lorsque je regarde mes résultats financiers, c’est à des organismes comme le Club des petits déjeuners vers qui je dirige la majorité de mes pensées. Car à la tête de cette organisation, je sais qu’il y a un entrepreneur social. Un entrepreneur qui s’est donné la mission de s’attaquer, à temps plein et à l’année, à une cause qui me tient à cœur, les enfants défavorisés.

Des entrepreneurs comme ça, comme le dit si bien la chanson de Jean-Pierre Ferland… une chance qu’on s’a !

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