Confidences d'une entrepreneure: le jour de mon congédiement

6 novembre 2009 | 13h32
- ARGENT

Anne Marcotte
Argent

Ce matin-là, je n’ai pas pu entrer dans mon bureau. Une femme m’en bloquait l’entrée. Tout à côté d’elle, il y avait une boîte de carton. À l’intérieur, mes effets personnels. Était-ce la fin ?

«Flash back» sur le cauchemar

Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais l’impression que la scène tournait au ralenti. Je ne saisissais pas du tout ce qui était réellement en train de se passer. Comment quelqu’un pouvait-il m’interdire l’entrée d’une entreprise où l’on m’avait donné, six mois plus tôt, 15% du capital actions ?

«Montrez-moi vos papiers d’actionnariat alors !», me lança-t-elle sèchement en me remettant mon «bleu». La dame en question était la sœur de l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. Ce dernier lui en avait temporairement confié la gestion en raison de problèmes de santé. Je compris rapidement qu’un autre associé en avait profité pour lui faire le lobby nécessaire à mon évincement.

En fait, je n’avais aucun document à montrer. Son frère et moi avions convenu de s’occuper de ça une fois que l’entreprise aurait rétabli et stabilisé sa situation financière. Disons que je n’avais pas été très business cette fois-là. La compagnie appartenait à des ex-collègues de travail. C’est donc en toute confiance que j’avais accepté leur offre de me joindre à eux. Sans me douter qu’ils traversaient une importante crise.

Après plusieurs mois de labeur intense et l’arrivée de nouveaux clients, l’entreprise finit par se sortir du rouge. Elle enregistrait maintenant de petits bénéfices. On venait même d’embaucher du nouveau personnel.

La fin ou le début ?

Une fois dans le stationnement, j’allais totalement m’effondrer. J’étais terriblement frustrée et je n’avais qu’une envie, crier à l’injustice. En larmes, je repartis chez moi avec ma boîte de carton, ma profonde déception et mes comptes à payer - qui, eux, m’attendaient toujours à la fin du mois.

Puis, au beau milieu de l’un des moments les plus difficiles et précaires de ma vie, un miracle se produisit.

Sur mon répondeur, il y avait un message. «Anne, on vient d’apprendre ce qui s’est passé. On n’est pas du tout d’accord avec ça !». Les dernières personnes embauchées avaient décidé de quitter leur emploi, de démissionner.

«Pars-toi en affaires, on va te suivre !», m’avaient-elles lancé aussi simplement.

Et, c’est ainsi que démarra une entreprise que je vendis à bon prix dix ans plus tard.

Ce que je compris…

Après maintes réflexions et un recul de plusieurs années, je compris qu’il m’était impossible de percevoir ce qui se passait réellement le jour de mon congédiement. Cette femme n’avait finalement pas vraiment signé la fin de quelque chose pour moi. Au contraire. Elle m’avait dirigée vers le début de quelque chose d’autre.

Depuis ce jour, je tente de ne pas oublier que derrière chaque situation difficile, se cache, plus souvent qu’autrement, un nouveau début qui peut nous mener encore bien plus loin.

Une tribune pour vous !

Je vous remercie de partager avec moi vos rêves, vos ambitions, vos anecdotes stimulantes, vos inquiétudes, vos succès, etc. Vos courriels sont nombreux et vos histoires m’intéressent toujours. anne.marcotte@vivemtia.ca