Le Québec aurait acquis pour 1$ l’île d’Eleuthera

23 octobre 2007 | 04h00
- ARGENT
En vidéo, notre chef d'antenne Georges Pothier fait le point sur cette question qui refait surface après plusieurs années.

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CANOE-ARGENT

En 1985, le projet d’acquisition d’une île dans le sud par le Québec était beaucoup plus avancé que ce que l’on croyait. La province avait une entente de principe avec le gouvernement des Bahamas pour acheter par bail emphythéotique l’île Eleuthera.

«La transaction devait se faire au coût symbolique de 1$ à condition qu’on intègre la main-d’œuvre locale. L’île aurait été achetée pour quatre-vingt-dix-neuf ans», révèle Jean-Marc Léger, dans l’émission Histoires à succès, diffusée hier sur la chaîne Argent.

Monsieur Léger, grand patron de la firme Léger Marketing, est le fils de feu Marcel Léger, ministre péquiste du Tourisme au début des années ‘80.

Le projet de Marcel Léger d’acquérir une île dans les Bahamas avait à l’époque filtré dans les médias, et fait sourire la province. Au Bye-bye de fin d’année de Radio-Canada, il avait même été question de la «Marceloupe».

Le projet était toutefois beaucoup plus sérieux qu’on ne le croyait. Le ministre Léger avait conclu une entente de principe avec le premier ministre du pays, entente qui ne put aller plus loin en raison des élections du 2 décembre 1985.

Le nom de l’île convoitée par le Québec, de même que les termes de l’entente n’avaient pas été révélés à ce jour.

«L’entente avait pour but de faire bénéficier les entrepreneurs québécois de retombées économiques. Des noms comme Quebecair, Saint-Hubert et l’Auberge des Gouverneurs. Le pays antillais en aurait aussi bénéficié car un tel projet aurait fourni de l’emploi à ses citoyens», indique Jean-Marc Léger.

L’île Eleuthera est située à près de 80 kilomètres à l’Est de Nassau et compte une population évaluée entre 8000 et 10 000 citoyens. Elle s’étend sur plus de 150 kilomètres et son littoral varie entre un demi et deux milles de largeur.

(ST)Les pour et les contre

L’idée d’entretenir des relations plus étroites avec des pays des tropiques n’est pas neuve. Elle avait déjà germée à Ottawa en 1974. Plus tard, en 1987, le ministère des Affaires étrangères du Canada avait émis une recommandation défavorable sur une possible «fédéralisation» des îles Turks et Caicos, qui seraient du fait devenues la onzième province du Canada.

À l’époque, les tenants d’une province tropicale faisaient valoir quelques bienfaits. Les îles auraient notamment permis:

- la réinjection au Canada d’une importante masse monétaire touristique qui bénéficie chaque année à d’autres pays;

- un point de chute de distribution manufacturière pour le marché des Caraïbes et de l’Amérique du sud;

- des revenus de taxation supplémentaires (provenant notamment d’un développement touristique);

Le gouvernement canadien avait cependant des doutes. Essentiellement, Ottawa semblait à l’époque redouter les impacts sociaux que pourrait amener l’entrée des îles dans la fédération.

Les insulaires seraient inondés de visiteurs du nord et deviendraient des étrangers dans leur propre pays. La multiplication des propriétaires et des touristes blancs en possession du pouvoir économique risquerait de conduire à des tensions raciales, disait l’étude. Les îles auraient aussi pu devenir une porte d’entrée pour l’immigration illégale au Canada, principalement d’Haïti, un pays qui connaît des difficultés.

Le ministère des Affaires étrangères de 1987 s’inquiétait en parallèle de la réaction internationale. «Les Bahamas, la Barbade, la Guyane, la Jamaïque, Trinidad et Tobago pourraient ne pas apprécier que le Canada ne concentre son aide à la région que sur 9000 habitants».

Côté investissement, le développement des infrastructures (traitement de l'eau, aéroport, etc.) aurait demandé des injections importantes, ce qui aurait probablement fait que les îles auraient coûter aussi cher à visiter que ce qu’il en coûte aux Canadiens pour voyager à Hawaii.

Le système de taxation, qui faisait en fait des îles Turks et Caicos un paradis fiscal, aurait aussi dû être revu, avec pour conséquence des pertes financières pour certains investisseurs et des risques de poursuites.

(ST)Retour d’un projet associatif

En 2004, le député conservateur Peter Goldring a réactivé le projet de «fédéralisation» des îles Turks et Caicos.

Joint hier par Canoe-Argent, monsieur Goldring a soutenu qu’il était préférable dans un premier temps de ne pas parler de «fédéralisation», mais de rapprochement politique et économique avec les îles. Si les choses devaient bien aller, qui sait, dit-il, si on ne pourrait pas se diriger vers une onzième province.

Le député conservateur de Edmonton Est estime qu’un rapprochement serait particulièrement intéressant alors que Cuba se rapproche d’une ère post-Castro. «Ce serait une importante localisation politique et économique», a-t-il notamment dit.