Mise à jour: 28/09/2007 21:23  
Nicolas Buttet
Un moine parmi les patrons québécois
(Canoë) Par Reine-May Crescence
 
© Reine-May Crescence (Canoë)
Un petit groupe de chefs d’entreprise et de directeurs de ressources humaines de la région de Québec ont quitté le confort de leurs bureaux pour une retraite de deux jours en pleine nature afin de discuter de « leadership et discernement » en compagnie de Nicolas Buttet, ex-avocat et député suisse devenu moine dans une communauté franciscaine. Organisée par Esse Leadership, organisme qui accompagne les entreprises dans leurs stratégies d’évolution, cette rencontre répondait à la demande des chefs d’entreprise qui avaient déjà eu l’occasion d’apprécier des échanges de ce type lors de la venue du philosophe et moine bouddhiste Mathieu Ricard, en mars 2007.

L’idée de ces rencontres est de permettre aux leaders actuels de poursuivre leurs exigences de croissance et de rentabilité sans négliger cette notion humaine essentielle à toute organisation.

Dans un monde complexe de plus en plus mondialisé, ou la rentabilité prime sur les relations humaines, Esse Leadership prétend qu’il est possible de s’adapter à ces changements majeurs en développant un management plus relationnel. Il s’agit d’une nouvelle vision du leadership qui englobe à la fois la dimension masculine du pouvoir qu’on retrouve dans la logique de la conquête sans pour autant renier la dimension plus féminine axée sur les relations et les émotions.

Le paradoxe de la mondialisation
Selon Nicolas Buttet, le coaching tel qu’il est aujourd’hui abordé au niveau des organisations n’a plus sa raison d’être. Il n’apporte rien d’autre que la solitude et le désespoir chez les patrons. Ces derniers n’exercent plus leur liberté et sont esclaves d’un système. « Dans un tel contexte, comment faire réémerger cette liberté au cœur même d’une telle problématique? C’est une question capitale », indique t-il en rajoutant qu’il n’y a rien de plus terrible de se croire libre alors qu’on ne l’est pas. « Il va falloir des figures de héros aujourd’hui pour renverser la vapeur. Le courage est ce qui manque le plus dans nos sociétés mondialisées. La déresponsabilisation rend tout le monde victime. Chacun est victime de quelqu’un d’autre, on ne sait plus de qui. La mondialisation, qui est un système non maîtrisable, implique pour la première fois un rappel de la responsabilité de chacun. C’est là tout son paradoxe. Durant tout le XXe siècle, on a pu jouer avec des modèles mathématiques. Nous arrivons à l’impasse de toutes ces théories. L’impasse totale de la modification des structures des modèles et des idéologies nous oblige à revenir à une autre perspective qui est celle de la personne humaine qui agit dans un lieu et qui peut le transfigurer par son comportement. Il va falloir une formation extrêmement importante des dirigeants pour amorcer ce changement. »

Vers un leadership plus humain
Pendant ces deux jours, une trentaine de patrons et responsables des ressources humaines ont échangé sur le discernement. D’abord pour eux-mêmes, au niveau personnel et professionnel, avant d’aborder le discernement collectif. « Pour discerner, il faut d’abord savoir où l’on veut aller et définir une œuvre commune à accomplir. Ensuite, il s’agit de faire preuve d’ouverture et d’écoute. C’est la capacité d’avoir une pensée inclusive. Le profit n’est pas incompatible avec la prise en compte du respect des personnes et une culture d’entreprise humaniste qui apportera au final un meilleur profit », poursuit Nicolas Buttet.

En clair, il pense que si l’organisation devient un moyen pour les personnes de se réunir autour d’une même cause qui fait sens, où chaque personne est écoutée et appréciée à sa juste valeur, c’est l’entreprise qui gagne. Dans ce type de management, « le profit n’est pas poursuivi comme but unique. Il est juste une conséquence à un autre but plus important lié à l’être humain », conclut Nicolas Buttet, qui sera de retour au Québec en juin 2008.

 
 
Copyright © 1995-2008 Canoë inc. Tous droits réservés