Mise à jour: 27/06/2006 07:55  
Conflit d'intérêts
La présidente de Guillevin International a siégé 10 ans chez Hydro-Québec
(Journal de Montréal) Jean Maurice Duddin
Le Journal de Montréal
 

Le président du conseil d'Hydro-Québec, Michael L. Turcotte, n'est pas le seul administrateur de Guillevin International à avoir siégé à la tête de la société d'État. La présidente de Guillevin elle-même, Jeannine Guillevin-Wood, l'a fait pendant dix ans.

Le Journal de Montréal a en effet découvert que la présidente de cet important distributeur de matériels électriques a siégé durant deux mandats complets au conseil d'administration d'Hydro-Québec, de 1985 à 1995, tout en dirigeant sa firme qui fournit des services à la plus importante société d'État du Québec.

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Le Journal révélait hier que le président du conseil d'Hydro, Michael L. Turcotte, était aussi administrateur chez Guillevin International. Cette entreprise a reçu pour plus de 1,2 million de dollars de contrats d'Hydro l'an dernier.

Or, chez Hydro, on confirme que d'aussi loin qu'on se souvienne, soit plus de 35 ans, Guillevin International a toujours été un fournisseur de la société d'État, explique Hélène Laurin, d'Hydro-Québec.

Femme d'affaires exceptionnelle, Mme Guillevin-Wood a pris le contrôle de l'entreprise de distribution de matériel électrique en 1965 lors du décès de son époux. Elle a créé un empire dont le chiffre d'affaires a atteint 400 millions de dollars en 1985. C'est alors qu'elle a accédé au conseil d'Hydro tout en continuant de diriger Guillevin International.

Apparence flagrante

Spécialiste des règles de gouvernance et de gestion publique, le professeur Christian Rouillard, de l'Université d'Ottawa, constate encore là «une situation évidente d'apparence de conflit d'intérêts», comme dans le cas de M. Turcotte.

«À titre d'administratrice de Guillevin et à plus juste raison à titre de propriétaire de l'entreprise, Mme Guillevin-Wood veut que Guillevin vende le plus cher possible alors qu'à titre d'administratrice d'Hydro, Mme Guillevin-Wood veut que la société d'État paie le moins cher possible. L'apparence de conflit d'intérêts est évidente.»

M. Rouillard convient que même si des règles d'éthique permettent d'établir certaines balises de fonctionnement pour les administrateurs, il est aussi clair qu'il y a autant de relations formelles qu'informelles entre eux. La prudence élémentaire invite à éviter de telles situations d'apparence de conflit d'intérêts.

Le ministre des Ressources naturelles et de la Faune et responsable d'Hydro-Québec, Pierre Corbeil, a fait savoir hier par son adjoint, Mathieu Saint-Amand, qu'on a l'assurance d'Hydro qu'advenant qu'un contrat de Guillevin parvienne au conseil, «M. Turcotte se retirera des délibérations».


 
 
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