Mise à jour: 19/04/2005 05:44  
Accident mortel sur le pont
Une vie parsemée de tragédies
(JdeM) Journal de Montréal
 
Jacques Voyer, le réputé psychiatre en fauteuil roulant, a perdu la vie hier matin sur le pont Champlain, quand sa fourgonnette a percuté un autobus dans une violente collision frontale.

Le drame s’est produit en direction sud, dans la voie réservée aux autobus qui circulent en sens inverse.

Jacques Voyer, 57 ans, de Montréal, conduisait alors une fourgonnette équipée d’un siège adapté dans la voie du centre, soit celle adjacente à la voie réservée.

La femme de M. Voyer, Francyne Blackburn, âgée de 63 ans, également de Montréal, prenait place à ses côtés, a confirmé la SQ hier soir.

Soudainement, la fourgonnette a dévié vers la gauche, pour se retrouver dans la voie réservée, où elle a été percutée par un autobus dans un violent face-à-face.

Cause
«Des informations préliminaires laissent croire qu’un autre véhicule lui aurait peut-être coupé le chemin, ou heurté. On ne sait pas s’il y a eu manœuvre d’évitement ou contact», précise la porte-parole de la Sûreté du Québec, Manon Gaignard.

Le conducteur de la fourgonnette et sa passagère sont demeurés prisonniers de la carcasse de leur véhicule, réduit à un amas de tôle, pendant de longues minutes.

L’homme a été conduit dans un hôpital où il a rendu l’âme peu de temps après. La femme, elle, a été blessée gravement, mais on ne craignait pas pour sa vie hier.

Autres blessés
Dans l’autobus, où plusieurs passagers sont tombés lors de l’impact, quatre personnes ont subi des blessures mineures.

Les 13 autres passagers ont été transférés dans un autre autobus dans les minutes qui ont suivi l’incident.

Les enquêteurs spécialisés de la Sûreté du Québec ont étudié la scène de la collision hier, prenant des mesures et des photos afin de déterminer les circonstances du drame.

La circulation a été grandement perturbée dans ce secteur jusqu’à midi. Les automobilistes étaient déviés par la sortie de la route 132.

En 1970, un terrible accident l’avait laissé tétraplégique
Un terrible accident avait changé à tout jamais la vie de Jacques Voyer, en 1970. Hier, un autre lui a coûté la vie. Mais entre les deux, le «psy en fauteuil roulant» a donné sa vie pour aider ceux qui, comme lui, ont déjà contemplé de près le suicide.

Le docteur Voyer était bien connu des médias. Il a été, entre autres, expert de la défense lors du procès de Guy Cloutier, l’an dernier.

Il a aussi été décoré de l’Ordre national du Québec en 1997, en même temps que Céline Dion et Jacques Villeneuve.

Après un terrible accident qui l’a laissé tétraplégique, Jacques Voyer a décidé de devenir psychiatre, pour aider les gens à traverser ce que lui avait dû vivre.

C’est également pourquoi il avait écrit un livre, à la suite du suicide du journaliste Gaétan Girouard.

«J’ai osé espérer que mon livre pourrait peut-être dissuader certaines personnes qui envisagent le suicide», avait-il déclaré au journal de l’Association des médecins de langue française du Canada après la parution de son bouquin.

Mauvais plongeon
Le 19 juillet 1970, la vie du jeune Jacques Voyer, 21 ans, bascule. Après un plongeon mal calculé, il touche le fond d’une piscine. Une vertèbre éclate et sa moelle épinière s’écrase.

«C’est l’horreur, a-t-il écrit dans un récit autobiographique publié en 2002, Que Freud me pardonne! Je vais certainement me réveiller. C’est un cauchemar! Je vais me réveiller!

«Rien. Je reste immobile.

«Un instant! Est-ce qu’on peut reprendre le plongeon s’il vous plaît? Mais il n’y avait pas de rewind sur le tremplin.»

Résultat: il demeure paralysé et insensible à 80 %.

Suicide
Il songe alors au suicide. «Regardez-moi bien, parce que si c’est pour être comme ça, ce ne sera pas long, la mort, et vite. Je ne niaiserai pas longtemps avec le puck.»

Puis, un jour, le déclic se fait.

«(On) m’a fait prendre conscience que, malgré le fauteuil roulant, je peux encore être intéressant. […] Je ne veux plus mourir», raconte-t-il dans son récit.

Il sera, tour à tour, psychiatre consultant au service des soins palliatifs de l’hôpital Royal Victoria, responsable de l’enseignement à l’institut Philippe-Pinel et professeur à l’université McGill.

«Cette vie-là, j’ai eu envie de l’essayer», écrit-il encore dans son autobiographie.

 
 
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