Mise à jour: 07/12/2003 11:10  
Léopold Dion ou le monstre de Pont-Rouge
(JdeM) Dany Bouchard - Journal de Montréal
 
Il y a quarante ans, s’ouvrait le procès d'un des plus dangereux maniaques sexuels que le Québec ait connus. Léopold Dion se faisait passer pour un photographe pour amadouer ses victimes. Il a ainsi donné rendez-vous à quatre jeunes garçons, rencontrés au hasard dans les rues de Québec. De véritables rendez-vous avec la mort. En voici le récit. Le meilleur scénariste d’Hollywood n'aurait pu inventer...

Son vieil appareil photo autour du cou, Léopold Dion arpente le trottoir de bois qui serpente les abords du Château Frontenac dans la vieille capitale. Celui qu’on surnommera le monstre de Pont-Rouge avouera plus tard s’y être rendu, en ce bel après-midi d’avril 1963, dans l’espoir d’y rencontrer un jeune homme…

Du haut de ses 5 pi 10 pouces et 215 livres, l’apprenti-menuiser a eu tôt fait de repérer la petite silhouette de Guy Luckenuck, un enfant de 12 ans habitant à Kénogami, au Saguenay.

Pour un deuxième samedi d’affilée, ce 20 avril 1963, le jeune Guy s’est embarqué dans un autobus, au petit matin, à destination du Conservatoire de musique où il s’applique à parfaire ses leçons de piano.

Comme il a quitté son enseignante à 14 heures et qu’il ne rembarque qu’à 16 h 30 en direction du Saguenay, il tue le temps sur les plaines d’Abraham lorsque Léopold Dion l’intercepte.

Après s’être enquis de sa solitude, il lui offre de poser pour lui, un photographe de magazines américains.

Naïf comme un enfant de 12 ans, Guy Luckenuck accepte l’offre. Léopold Dion brandit alors son appareil photo et fait immédiatement une série de clichés de l’enfant. On apprendra plus tard que le vieil appareil ne contenait aucune pellicule…

À l’abri des regards
Désireux de faire d’autres clichés de lui, mais dans un décor différent, le prétendu photographe propose à l’enfant de le suivre.

À bord de sa vieille bagnole Vanguard noire de 1954, Dion et celui qui deviendra sa première victime roulent entre Saint-Augustin et Sainte-Catherine, lorsque d’un coup de volant, Dion gare sa voiture derrière un bosquet.

Ensemble, ils marchent sur quelques mètres jusqu’aux abords d’une dune de sable. À cet endroit, Dion tend une couverture à son jeune compagnon.

En lui demandant de s’étendre dessus, le photographe s’applique à prendre d’autres photos.

Dion demande ensuite à sa jeune victime de se déshabiller. Comprenant d’un coup ce qui lui arrive, Guy Luckenuck se met à pleurer avant de se relever pour prendre la fuite. Rattrapé par le colosse, il se laisse déshabiller et photographier de nouveau par son assaillant.

Terrorisé, il sent ensuite le poids de Dion qui s’assoit sur lui pour lui serrer le cou de ses deux mains. L’enfant rend l’âme après que son meurtrier se fut repris à deux occasions pour lui couper le souffle.

Soucieux de camoufler son horrible crime, Dion s’empare alors d’une pelle dans le coffre arrière de sa voiture avant de s’appliquer à creuser une petite tombe pour sa victime.

Plié en position fœtale dans une minuscule fosse à peine recouverte de quelques pelletées de terre, le cadavre de Guy Luckenuck, 12 ans, est ainsi abandonné par le maniaque de Pont-Rouge.

« Dion était incapable de résister à ses impulsions sexuelles devant le corps d’un enfant nu. Il devenait comme un taureau devant un drap rouge », confie aujourd’hui son avocat de l’époque, Guy Bertrand.

Alain et Michel
Deux semaines ont passé depuis la disparition du petit Saguenéen lorsque Léopold Dion foule à nouveau les planches du trottoir de bois, près du vieux château.

En ce beau dimanche du 5 mai 1963, il croise sur son chemin Alain Carrier, huit ans, et Michel Morel, dix ans.

Aux deux enfants de Québec, il se présente comme étant photographe de magazine…

Naïfs comme deux enfants de huit et dix ans, Alain et Michel s’embarquent dans la vieille bagnole de Dion qui se met alors en route en direction de Saint-Raymond-de-Portneuf.

Arrivés à un vieux bâtiment délabré qu’il a lui-même construit, il invite les deux enfants à descendre lorsque le petit Alain se plaint d’un malaise.

Enveloppant l’enfant dans une couverture, Dion le prend dans ses bras pour l’emmener à l’intérieur où il l’étend en attendant qu’il prenne du mieux.

Vite fait, l’enfant est sur ses pattes et avec Michel, ils acceptent de faire les modèles pour Dion.

Dans le vieux chalet, les enfants acceptent d’enfiler un maillot fabriqué par le photographe.

Clic par ci, clac par là ; le maniaque a tout ce qu’il lui faut, enfin presque…

L’un après l’autre
À Alain, il fait mine de jouer au prisonnier pour l’attacher dans le chalet.

Une fois le plus jeune des deux maîtrisé, Dion s’occupe alors de Michel qu’il amène à l’extérieur.

Une fois dehors, près de sa voiture, il demande à l’enfant de se dévêtir pour faire ses besoins.

Tournant le dos à Dion pour s’exécuter, le maniaque en profite alors pour sortir de sa poche un garrot artisanal muni de clous aux extrémités.

Sans plus de cérémonie, il enserre le cou de l’enfant avec son instrument avant de raidir ses bras.

S’emparant ensuite d’une roche, il frappe l’enfant à la tête pour se convaincre de sa mort.

Son deuxième meurtre accompli, Dion s’en retourne à l’intérieur du chalet où Alain l’attend sagement.

S’emparant d’un sac de jute, il en recouvre la tête de l’enfant avant de l’étouffer avec une corde.

Comme il l’a fait pour Guy Luckenuck, Dion s’empare alors d’une pelle qui lui sert à creuser une petite tombe dans laquelle il disposera du corps de ses deux nouvelles victimes.

Pierre Marquis, 13 ans
Trois semaines plus tard, le monstre de Pont-Rouge est encore assoiffé de sexe et de sang.

Délaissant le trottoir du château Frontenac pour la paisible plage de l’Anse-aux-Foulons, il y fait la rencontre de Pierre Marquis, en ce dimanche 26 mai 1963. Originaire de Québec, l’enfant de 13 ans se laisse lui aussi berner par les promesses du prétendu photographe. Avec Dion, il se retrouve à deux pas d’une dune de sable, la même qui sert de pierre tombale au petit Guy depuis un peu plus d’un mois…

À la demande de poser nu pour son nouvel ami, Pierre se montre plutôt flatté et s’exécute.

Profitant du moment où l’enfant se déshabille, Dion saute sur lui pour l’agresser mais le petit Pierre a de l’énergie à revendre et il se débat de toutes ses forces.

Mordu par le colosse, il se laisse finalement bâillonner, puis étrangler.

Comme les autres, il se retrouvera en terre, le lendemain de son assassinat.

Une erreur, une arrestation
Léopold Dion, qui jouissait alors d’une libération conditionnelle pour avoir violé une enseignante plusieurs années auparavant, sera épinglé par les policiers le lendemain de son dernier meurtre.

C’est la description que donne de lui un autre garçon qu’il a abordé mais qui n’a pas donné suite à ses avances qui a permis aux limiers de lui mettre la main au collet.

Emprisonné, Dion a mis un mois avant de déballer son sac aux enquêteurs.

Sur la foi de ses révélations, il a finalement accepté de conduire les policiers à l’endroit où il a caché le corps de ses petites victimes.

« Coupable ! »
Défendu par le jeune criminaliste Guy Bertrand, qui en était alors à l’une de ses premières causes, Dion n’a finalement été accusé que d’un seul meurtre, celui de Pierre Marquis, faute de preuves pour les autres.

Les jurés n’ont mis que quelques minutes, le 13 décembre 1963, à le reconnaître coupable de meurtre. C’est le juge Gérard Lacroix qui le condamna alors à être pendu à mort, à Montréal, le 10 avril 1964.

« Avec mes deux maudites mains, j’ai fait quatre petits saints », s’est contenté de prononcer Dion, le jugement de sa condamnation à mort tombé.

Prison à vie
Sa cause portée en appel, Dion verra finalement inscrite à son dossier une peine de prison à vie.

« Il voulait s’enlever la vie, il disait avoir fait trop de mal », confie Me Bertrand, l’un des seuls à avoir approché Dion après sa condamnation.

« En prison, il a écrit toute l’histoire de sa vie, racontant ses meurtres dans les moindres détails. Il a aussi peint différents tableaux », précise l’avocat.

Près de 10 ans après l’ouverture de son procès, le 17 novembre 1972, Léopold Dion a été poignardé à mort et mutilé par un codétenu, du nom de Normand Champagne.

Se disant sous l’emprise du colonel Lawrence d’Arabie, le prisonnier Champagne a cru bon d’éliminer celui qui était devenu la terreur de tous les prisonniers.

Fin du cauchemar.

Sources : Me Guy Bertrand ; Dossier Meurtre, Le Monstre de Pont-Rouge, Les Éditions Malcolm inc., 1993.

 
 
Copyright © 1995-2008 Canoë inc. Tous droits réservés