Mise à jour: 09/10/2011 11:23  
Chronique
Noël et Vincent vivront un rêve

Denis Poissant
 

WINNIPEG | À Winnipeg, le Jour J est enfin arrivé. Cet après-midi, 15 ans après leur départ de la LNH, les Jets sont de retour en accueillant le Canadien. Les entraîneurs Claude Noël et Pascal Vincent ne pouvaient imaginer un plus beau scénario dans leurs carrières respectives.

Tous deux francophones, ils ont grandi en idolâtrant le Tricolore.

Et ils l'affronteront au cours d'un match historique dont on se souviendra dans plusieurs décennies, quel que soit le résultat final.

Difficile de demander mieux.

«Le Canadien, c'est mon enfance, c'est le samedi soir avec mes parents et mes frères», confie Vincent, entraîneur adjoint des Jets.

«C'est beaucoup de souvenirs. Si j'avais eu à écrire un scénario moi-même, j'aurais aimé prendre part à un premier match dans la LNH avec le Canadien, ou du moins, contre eux. Et c'est ce qui se produit. C'est vraiment un moment spécial dans ma vie personnelle.»

Ici, au Québec, on connaît moins Claude Noël, un Franco-Ontarien de 55 ans qui roule sa bosse depuis 20 ans comme entraîneur dans les circuits professionnels inférieurs.

Avant cela, l'ancien attaquant originaire de Kirkland Lake a tenté en vain de faire sa niche dans la LNH; en tout, il n'aura porté l'uniforme des Capitals de Washington que pour sept matchs.

Toutes ces années sur la route lui ont fait perdre l'usage de la langue de Molière. Noël la comprend très bien, mais n'est pas à l'aise pour l'utiliser en entrevue.

René Lecavalier

Mais vendredi, dans le cirque médiatique entourant les Jets, ses yeux brillaient quand il se remémorait son enfance.

«J'étais un grand fan, à l'époque où il n'y avait que six équipes. Je m'asseyais devant la télé avec un bobblehead à l'effigie de l'équipe à côté de moi en écoutant René Lecavalier faire la description. Il était fantastique. Je me souviens de Jacques Lapperrière, Jacques Lemaire, Bobby Rousseau...»

Noël est pleinement conscient de l'importance du rendez-vous qui attend son équipe.

Et il ne se réfugie pas derrière les clichés pour en parler, comme tant d'autres dans le sport professionnel. Il livre ses états d'âme avec passion.

15 ans d'émotions refoulées

Il a bien résumé la frénésie entourant le retour des Jets dans la ville, en racontant l'atmosphère qui enveloppait le petit MTS Centre lors du premier match préparatoire.

«Ouf, c'était complètement fou ! Comme si, tout d'un coup, les amateurs avaient laissé sortir 15 ans d'émotions refoulées. Tout le monde chantait l'hymne national. Tout le monde ! Il fallait que ça sorte... Je dois admettre que cela m'a donné des frissons. C'était si chargé d'émotion qu'on en avait presque la larme à l'oeil. C'était un beau moment.»

«Alors, j'ai de la difficulté à imaginer ce que ce sera pour le premier match régulier!»

«La vie est trop courte»

On ferme vite les guillemets, avec certains athlètes ou entraîneurs. Pas avec lui !

Il renchérit sur le match d'aujourd'hui.

«Je n'ai pas l'intention de manquer quoi que ce soit de cet événement historique, dit-il. Je serai là à l'échauffement et lors de l'hymne national. Je veux m'imbiber de cette ambiance. La vie est trop courte, j'ai appris cela il y a déjà un bon bout de temps. Quand des gens qui vous sont chers tom-bent malades, vous apprenez à apprécier chaque minute de votre vie.»

«Je ne me laisserai pas emporter, je garderai mon focus. Mais je vais en profiter au maximum.»

«Ma mère (Alice, 80 ans) sera là (de même que ses soeurs Claudette et Carol). Elle sera excitée comme c'est pas possible ! J'espère d'ailleurs qu'elle n'aura pas pris trop de café le matin, car ce sera terrible! Je prends en pitié la personne qui sera assise à côté d'elle. Je ne devrais pas dire ça... car ce sera ma femme.»

Et tout le monde de s'esclaffer. Oui, Noël et Vincent vivront un moment inoubliable, aujourd'hui. Et leurs joueurs seront gonflés à bloc.

Le Canadien est mieux d'être prêt...


 
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