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Les homosexuels birmans rêvent d'acceptation

Les homosexuels birmans rêvent d'acceptation

En Birmanie, les gays ne peuvent pas s'afficher aussi librement qu'ils le voudraient.
© AFP Photo/Soe Than Win

Dernière mise à jour: 19-04-2011 | 13h52

Tin Soe avait tout juste quatre ans lorsqu'il a réalisé qu'il était différent des autres petits garçons de son entourage. Mais dans une Birmanie conservatrice et sous la coupe des militaires, il a eu du mal à faire accepter à ses proches ce qu'il était. Homosexuel.

«La soeur de mon grand-père a dit que si je devenais moine, ma sexualité changerait. Alors j'ai été moine pendant trois mois, mais ma sexualité n'a jamais changé», raconte le jeune homme de 30 ans, dont le nom a été modifié.

Des clandestins

Un mélange de politique totalitaire, de jugements religieux et de moeurs sociales conservatrices maintient les gays birmans dans la clandestinité.

Ils ont même inventé un langage bien à eux pour ne pas éveiller les soupçons, ajoute Tin Soe, qui travaille pour une ONG de prévention contre le sida.

«Nous voulons être discrets et nous ne souhaitons pas que d'autres personnes comprennent ce que nous disons. Alors nous déformons la prononciation».

Cette situation est bien loin de la Thaïlande voisine, où la communauté homosexuelle et transsexuelle est largement acceptée comme une partie intégrante de la société. Une société pourtant elle aussi majoritairement bouddhiste.

«De plus en plus de Birmans voyagent en Thaïlande et voient ce qui se passe là-bas», explique un salarié de l'industrie du tourisme en Birmanie. «Mais ici, les gays sont encore méprisés».

Le rejet de l'homosexualité est souvent lié à des croyances religieuses sur le mauvais karma, affirme Tin Soe. Beaucoup de gens pensent que «nous sommes gays parce que nous avons fait quelque chose dans une vie antérieure. Que dans une vie antérieure, j'ai commis un adultère ou violé une femme. Mais je ne crois pas à ça».

«Ce n'est pas comme en Iran où ils sont tués, mais les gays ont une histoire étrange dans ce pays».

Le seul domaine où les non-hétérosexuels sont ouvertement acceptés est dans le culte des «nats» (esprits), forme d'animinisme étroitement lié aux croyances bouddhistes dans le pays.

Des médiums efféminés et hauts en couleur sont au coeur de festivals des «nats» tout au long de l'année. Mais leur acceptation a contribué à renforcer les stéréotypes sur l'homosexualité.

Situation difficile

Officiellement, le code pénal hérité de l'époque coloniale interdit les relations sexuelles entre personnes du même sexe. Et même s'il n'est plus strictement appliqué, les militants le jugent à l'origine des discriminations.

Les autorités «l'utilisent comme excuse pour faire de l'argent et harceler les gens mais les affaires ne vont pas jusqu'au tribunal», indique ainsi Aung Myo Min, exilé birman ouvertement gay, qui dirige l'Institut birman d'éducation sur les droits de l'Homme en Thaïlande.

Dans un pays dirigé depuis un demi-siècle par des régimes militaires, toute tentative de revendication de droits, quels qu'ils soient, est étouffée.

«Celui qui commence à demander des droits pour la communauté gay sera envoyé en prison», assure un autre militant de Rangoun.

Une situation qui rend difficile la lutte contre l'épidémie de sida: dans certaines villes comme Rangoun ou Mandalay, 29 % des homosexuels sont séropositifs, selon le dernier rapport du programme de l'ONU contre le sida.

«Nous avons beaucoup de militants dans ce pays, mais nous ne pouvons pas faire campagne ouvertement», déplore Tin Soe.

La situation générale s'est malgré tout améliorée, estime un homosexuel de Rangoun, 52 ans, qui se souvient des «lance-pierres» utilisés contre lui lorsqu'il était adolescent.

Mais la route est encore longue vers une Birmanie tolérante. «Nous voulons être comme en Thaïlande, où les gays ont des chances égales», plaide le quinquagénaire.


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