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Journal de Montréal

Dis-moi ce qui ne va pas

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Dernière mise à jour: 05-04-2011 | 08h44

Cette frustration, que ressentent certainement tous les parents à un moment ou à un autre, est sans doute ce qui alimente un intérêt renouvelé pour la langue des signes et qui stimule aussi la croissance, au Canada anglais du moins, d’une industrie qui comprend des manuels et des guides, des dictionnaires, des chansons en langue des signes, des DVD et même des groupes de soutien.

Selon la linguiste Sara Bingham, les bébés comprennent ce qu’ils voient beaucoup plus tôt que ce à quoi on s’attend habituellement et ils sont capables de faire des signes bien avant d’être capables de parler. Mme Bingham, qui habite Brooklin, en Ontario, a fondé WeeHands, un programme de langue par les signes. Elle a aussi écrit le livre The Baby Signing Book (Éditions Robert Rose).

La théorie sur laquelle repose le succès de la langue des signes est le fait que la coordination yeux-mains se développe plus tôt que les habiletés verbales chez les enfants. Et puisque des études ont révélé qu’un enfant sur dix sera aux prises avec des retards de langage (et que c’est surtout le cas des garçons), la langue des signes constitue pour les bébés une bonne solution de rechange pour communiquer et construire leur vocabulaire jusqu’à ce qu’ils soient capables de parler.

Une technique qui gagne en popularité

J’ai pu constater dans ma propre famille que la langue des signes chez les bébés peut fonctionner: lorsque Tommy, mon petit-fils, touchait ses doigts pour dire «encore» quand il voulait continuer de jouer ou qu’il souhaitait qu’on lui donne un autre verre de jus, nous le comprenions même s’il n’était âgé que d’un an et qu’il ne parlait pas encore. On lui avait appris le langage de base des signes à la garderie et cette décision avait manifestement porté ses fruits, tant pour les enfants que pour ceux et celles qui s’en occupaient. Six mois plus tard, Tommy pouvait faire encore plus de signes et lorsqu’il s’est mis à parler, il semblait même être en avance sur son âge.

La langue des signes pour les bébés a gagné en popularité notamment en raison du succès de la comédie Meet the Fockers (Mon beau-père, mes parents et moi), en 2004, dans laquelle Jack (Robert De Niro) apprend la langue des signes à son petit-fils d’un an. Mme Bingham souligne aussi que la langue des signes chez les bébés n’est pas une idée neuve, mais date de plusieurs décennies, alors que l’on découvrait que les bébés de parents sourds étaient capables de communiquer par signes plus tôt que les bébés de parents non sourds se mettaient à parler.

Les animaux ont la cote

L’un des mots dont presque tous les bébés connaissent le signe est: lait. Il suffit de fermer la main droite en forme de poing, votre paume vers la gauche, et de garder la main à hauteur de la poitrine; vous ouvrez et fermez la main à plusieurs reprises (comme pour traire une vache) tout en répétant le mot à votre bébé.

En plus d’offrir un guide clair pour les compétences en langue des signes et les stratégies pour commencer, le livre de Mme Bingham propose un dictionnaire de quelque 350 signes. Après des signes de base comme ceux du lait, les bébés vont apprendre les signes pour les choses qui les intéressent, selon l’auteure. La plupart des bébés acquièrent les capacités motrices nécessaires pour commencer à apprendre les signes vers 8 à 10 mois, puis élargissent leur vocabulaire des signes jusqu’à la petite enfance.

«Les deux tiers du vocabulaire des tout-petits sont liés aux animaux. On aimerait qu’ils apprennent le signe pour les couches et le changement de couches, mais ils veulent apprendre les signes des animaux et des aliments: des choses qu’ils veulent vraiment et dont ils souhaitent parler, comme les chiens et les chats», explique Mme Bingham.

Même s’il existe quelques formes différentes de langue des signes. Mme Bingham se concentre sur la langue des signes américaine, ou ASL: c’est la langue la plus commune et la plus utilisée au sein de la communauté des sourds en Amérique du Nord. Au Québec, on utilise surtout la LSQ, la langue des signes québécoise, société distincte oblige! Tout le monde peut enseigner la langue des signes. Tout ce dont on a besoin, c’est de patience et de persévérance.

Trop tôt pour bébé?

La langue des signes chez les bébés a toutefois ses détracteurs. Certains disent qu’apprendre cette langue aux enfants n’est qu’un autre exemple d’obsession parentale qui comprend non seulement la langue des signes, mais aussi les cours de natation et de lecture pour les enfants de deux ans. Mme Bingham estime plutôt que la langue des signes chez les bébés peut être bénéfique sur le plan affectif: «Lorsqu’un bébé voit que ses parents réussissent à l’atteindre, c’est gratifiant pour tout le monde», dit-elle. Les liens et la communication qui en découlent permettent de rehausser l’attachement entre le parent et l’enfant, estime-t-elle.

Les prétentions voulant que la langue des signes retarde l’apprentissage du langage sont également non fondées, selon Mme Bingham. Mais elle tient aussi à nous prévenir du fait que la langue des signes n’est pas un remède universel pour contrer les ratés dans l’art d’être parents: «Les deux grands risques sont de ne pas être compris et de faire face à un enfant qui veut se montrer plus indépendant. Les signes peuvent éliminer les comportements qui résultent d’une mauvaise communication. Mais si votre enfant veut grimper sur le toit, le fait qu’il connaisse ou non la langue des signes n’a pas d’importance. En signes ou autrement, vous devez lui interdire de le faire.»

Le saviez-vous?

La linguiste Sara Bingham explique que les bébés pointent souvent du doigt ou font des gestes vers un objet qu’ils veulent, mais que souvent, les parents tentent de deviner ce que veut leur enfant. «Cela peut se transformer en un frustrant exercice de devinettes», dit-elle. Les signes chez les bébés peuvent réduire les frustrations chez les uns comme chez les autres.

La langue des signes

La LSQ est faite de signes qui ne sont pas associés à des sons. C’est compréhensible, puisque bien des gens qui l’utilisent n’ont jamais entendu de sons. Les mots sont fonction de la position des mains et du corps, de l’expression du visage et de la direction des mains.

Fais comme maman!

Captez l’attention de votre enfant avec ces quelques trucs simples:

  • Mettez l’accent sur des mots clés, surtout des noms et des verbes.
  • Répétez souvent les signes et les mots eux-mêmes.
  • Parlez plus lentement.
  • Exagérez votre prononciation et vos gestes.

De l’aide au bout des doigts

Sur le Web, il existe des sites qui permettent de découvrir la langue des signes. En voici quelques-uns:


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