L'art du graffiti brésilien au service des droits de la femme

L'art du graffiti brésilien au service des droits de la femme

La plus célèbre artiste-graffeuse brésilienne et militante féministe, Anarkia Boladona | Photo AFP 

Agence France Presse

Dernière mise à jour: 11-03-2013 | 13h17

«Tous les jours, de nombreuses femmes meurent victimes de la violence domestique dans le monde», a déclare à l'AFP la plus célèbre artiste-graffeuse brésilienne et militante féministe, Anarkia Boladona (littéralement «Anarchie fâchée»), auteur de l'œuvre.

À 31 ans, elle a perdu le compte des graffitis aux couleurs fortes qu'elle a réalisés dans le monde, mais tous «sont destinés à faire prendre conscience aux femmes qu'elles ne sont pas la propriété de l'homme», a souligné celle qui, en 2010, a crée le réseau «Nami» d'artistes féministes urbaines.

«On se sert de l'art comme d'une arme pacifique et d'un instrument de transformation culturelle pour lutter contre le machisme», ajoute cette jolie jeune femme aux yeux expressifs et longs cheveux.

Née et élevée dans la banlieue pauvre de Rio, de son vrai nom Panmela Castro, elle a figuré en 2012 sur la liste des «150 femmes qui font bouger le monde», établie par l'hebdomadaire américain Newsweek, au côté de la présidente du Brésil, l'ex-guérillera Dilma Rousseff.

«J'ai fait les Beaux Arts, mais ça me semblait factice; trop de règles. C'est dans la rue, avec les graffitis, que j'ai trouvé ma liberté. J'aime le côté éphémère de l’œuvre. Je choisis le mur, je lui livre mon dessin avec mes personnages et je le laisse aux autres. La rue décide, interagit», explique-t-elle.

Considérée aujourd'hui comme la reine du graffiti brésilien, elle reçu plusieurs prix internationaux pour des œuvres réalisées dans une vingtaine de villes comme Toronto, Berlin, Istanbul, Johannesbourg, Washington, New York, Lisbonne, Bogota, ou Prague. Vendredi, Journée internationale de la Femme, elle participera à une table ronde au siège de l'ONU, à New York, sur la violence domestique.

À Rio, elle a organisé une grande exposition à Barra da Tijuca et les activistes du réseau Nami doivent réaliser ce 8 mars une grande fresque sur le mur d'une école.

Anarkia raconte avoir reçu «une éducation rigide et conservatrice» et s'être affranchie du carcan familial «avec un père ignorant et machiste»en taguant, à l'adolescence, le mot «anarchie» sur les murs de Rio.

À l'époque «j’'étais rebelle et souvent fâchée d'où mon surnom "boladona"», a-t-elle expliqué, se disant très zen aujourd'hui.

Avec son réseau Nami, Anarkia Boladona travaille «in situ» dans des dizaines de favelas de Rio «pour ouvrir les yeux des femmes sur leurs droits». Pour elle, le premier pas consiste à «dénoncer les violences dont on est victime, et pas seulement les violences physiques mais psychologiques aussi».

C'est la raison pour laquelle, elle ajoute souvent sur ses graffitis: «Appelez le 180», le numéro de téléphone d'aide aux femmes victimes de violence domestique au Brésil.

«Dès la première gifle, il faut composer le 180 et surtout ne plus revenir en arrière», témoigne à l'AFP Silvia, 58 ans, en passant devant l'une des fresques d'Anarkia.

«Je sais de quoi je parle; mais moi j'étais bien informée, je connaissais mes droits», ajoute-t-elle avant d'aller féliciter l'artiste quand elle réalise qu'elle est sur place. «Je te connais personnellement, maintenant, je suis contente!», déclare-t-elle à l'artiste.

Pour parvenir à dénoncer son agresseur, il faut déjà que la femme se libère et c'est un long chemin à parcourir, selon Anarkia qui avec son réseau Nami, enseigne aux femmes leurs droits par le biais de petites pièces de théâtre. Après, elles les invite à s'exprimer avec les bombes de peinture sur les murs de la favela.

Il y a deux ans, Anarkia a commencé à se faire tatouer. Interrogée par l'AFP sur le caractère permanent des tatouages en opposition aux graffitis éphémères qu'elle prône, elle répond : «C'est une autre façon de m'exprimer. Ma mère ne voulait pas. Mais maintenant je fais ce que je veux!».

 


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