Les Mongols découvrent les magazines américains

Les Mongols découvrent les magazines américains

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Michael Kohn

Dernière mise à jour: 21-01-2013 | 12h09

À chaque parution d'un nouveau numéro du magazine «Cosmopolitan», Tselmeg Erdenkhuu s'installe avec une amie pour se délecter des derniers ragots d'Hollywood, des nouvelles de la mode ou des tendances sexuelles les plus récentes.

«Ils parlent beaucoup de sexe dans ce magazine, des positions qui sont bonnes pour la santé ou comment rendre les hommes dingues», explique cette femme d'affaires de 28 ans qui élève seule son enfant.

Ces lectures émoustillantes sont le fruit d'une invasion des médias américains en Mongolie, où la liberté de la presse a commencé à s'installer il y a deux décennies.

Les Mongols sont d'avides lecteurs. Le taux d'alphabétisation s'élève à 97%, héritage du système éducatif de l'époque soviétique, qui plaçait les enfants des éleveurs nomades dans des internats. Aujourd'hui encore, on peut voir des Mongols dévorant des quotidiens froissés, vieux de deux semaines.

Grâce au secteur minier, le pays de 2,75 millions d'habitants connaît une croissance économique fulgurante, de 12,3% l'an dernier, qui permet aux «nouveaux riches» d'accéder à des produits de consommation occidentaux.

L'édition en langue mongole de «Cosmopolitan» a été lancée en décembre 2010. Celle de «National Geographic» et celle de «Playboy» ont suivi.

Khaliun Tseven-Ochir, directrice générale de l'éditeur Irmuun, qui publie le «National Geographic» et le «Cosmopolitan», explique que le premier de ces deux magazines sert à sensibiliser les dirigeants du pays sur les questions environnementales.

«À travers le «National Geographic», nous pouvons faire en sorte que les dirigeants de notre pays évitent les erreurs du passé», assure-t-elle.

L'édition locale de «Playboy» a quant à elle trouvé sa place sur les présentoirs des supermarchés et le premier numéro, sorti en octobre dernier, s'est vendu à quelque 3 000 exemplaires.

Meilleurs arguments de vente: des photos osées de l'actrice américaine Kim Kardashian et du mannequin mongol Sarnai Saranchimeg. Et pour ceux intéressés par la lecture, des entretiens avec le maire d'Oulan Bator, Bat-Uul Erdene, et Jack Nicholson, en plus d'un portrait du défunt patron d'Apple Steve Jobs.

«Avant le lancement, la plupart des gens pensaient que «Playboy» était limité au porno. Nous remettons cette image en question avec des articles intellectuels permettant à l'homme mongol d'être informé», déclare son rédacteur en chef, Bolormaa Natsagdorj.

Dans un paysage médiatique aussi sauvage que les vastes étendues du pays, les nouveaux arrivants sur le marché entrent en concurrence avec des dizaines de publications locales, pour beaucoup des tabloïds qui font leur choux gras de scandales sexuels, d'étalage de nudité et d'histoires à sensation sans sources.

Aussi l'arrivée des médias américains ne peut-elle qu'augmenter le professionnalisme des médias, selon Khulan Jugder, professeur de journalisme à l'Université des lettres et sciences humaines de la capitale.

Le contenu des magazines «Cosmopolitan» et «Playboy» est pour moitié américain et pour moitié local, tandis que celui de «National Geographic» est en majorité traduit.


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