Burqa et chirurgie esthétique

Afghanistan - Burqa et chirurgie esthétique

Photo AFP 

Dernière mise à jour: 20-08-2013 | 02h46

Même si elles vivent encore souvent cachées sous leur burqa, les Afghanes recourent de plus en plus à la chirurgie esthétique, signe de l'évolution des moeurs.

«J'ai toujours été jalouse de voir le nez plus long et plus gros de mes soeurs et d'autres femmes. Le mien était petit et plat. Âgée de 18 ans, Shaïda a pris son problème à bras le corps.

Récemment opérée à la clinique Hamkar, l'une des rares du genre à Kaboul, elle arbore désormais le profil de ses rêves et une joie qui tranche avec le pessimisme fréquent dans ce pays enlisé dans la guerre.

«Maintenant, je suis plus à l'aise. Je suis heureuse», sourit-elle lors d'une visite de contrôle dans l'établissement.

Faute de silicone, trop chère et difficile à trouver, on a prélevé à Shaïda un bout de cartilage d'une côte, qui a été modelé à la forme voulue avant d'être implanté dans son nez. L'opération lui a coûté environ 300 dollars, une somme supérieure au salaire mensuel de nombreux Afghans.

Mais depuis le départ des talibans fin 2001, l'aide occidentale massive a permis le développement d'une classe moyenne.

Dans la clinique Hamkar, deux médecins réalisent ce genre d'interventions, souvent sous anesthésie locale, environ deux fois par semaine. Le reste du temps, ils pratiquent la chirurgie de reconstruction.

 

Une société machiste

Dans une société machiste où les jeunes filles pouvaient être défigurées à l'acide si elles allaient à l'école, opérer dans un but purement esthétique était impensable, surtout pour des patients féminins, lorsque les talibans étaient au pouvoir.

Sous leur règne de 1996 à la fin 2001, les femmes ne pouvaient travailler, étudier, ou sortir de chez elles non accompagnées. Inenvisageable aussi à cause des services médicaux défaillants, mal équipés et trop peu nombreux.

Une décennie de présence internationale a modifié la donne, rendant les services de santé, de qualité toutefois très variable, accessibles à 80% de la population, selon l'ONU.

Les cliniques privées ont fleuri au rythme des changements sociétaux.

Une minorité d'Afghans enrichie par l'aide internationale voyage, s'imprégnant au passage des modes en vigueur dans les pays visités.

Les autres, notamment la nouvelle classe moyenne, suivent eux désormais assidûment des séries télévisées turques, américaines, colombiennes et autres films indiens, dont les acteurs et actrices, décolletés brouillés par la censure pour ces dernières, arborent des visages parfaits - et parfois refaits.

La chirurgie esthétique est notamment en vogue en Iran, d'où sont revenus ces dernières années des centaines de milliers d'Afghans qui avaient fui l'occupation soviétique et la guerre civile dans les années 1980 et 1990.

 

Pionnier de la modification mammaire

Formé en Russie et en Chine, le docteur Aminullah Hamkar a pratiqué sa première modification mammaire dans son pays sur requête du mari de sa patiente.

Celle-ci, une jeune femme de 18 ans mariée très jeune dans l'est conservateur du pays, avait probablement vu sa poitrine altérée par plusieurs grossesses et allaitements.

«En voyageant à Dubaï, une ville plus ouverte, son mari a dû voir des femmes aux plus jolies formes. De retour chez lui, il n'aimait plus celles de son épouse. Il a accepté de lui faire consulter un chirurgien plastique», raconte le médecin de 53 ans.

Et de poursuivre: «Pour de nombreuses personnes, la perception de la vie et du sexe change souvent au retour d'une visite d'un pays moins conservateur.»

 

Effacer des stigmates

En Afghanistan, opérer une poitrine pour des raisons esthétiques relève encore de l'exception. Le médecin dit surtout pratiquer la rhinoplastie (modification de nez), généralement pour des patients hazaras, une ethnie minoritaire d'aspect mongole, discriminée dans le passé et qui cherche à reproduire les appendices des autres ethnies plus importantes, pachtounes ou tadjikes.

Un nouveau profil que seuls leurs proches pourront voir pour celles, encore nombreuses dans le pays, qui ne sortent de chez elles que couvertes d'une burqa.

Ce jour-là, Mohammad Ibrahim, un ancien gradé de l'armée afghane, a amené sa fille qui souhaite une réduction de son nez.

Trop timide, elle refuse de parler à un journaliste de l'AFP parce que celui-ci est un homme, laissant son père expliquer son cas.

«Maintenant que nous profitons d'une relative démocratie, je ne veux pas que ma fille se sente laide et isolée», dit Mohammed. «J'ai donc facilement accepté de l'emmener ici, pour qu'elle ait un plus joli nez et se sente heureuse.»

«Il y a dix ans, quand je suis revenu en Afghanistan, il ne s'agissait que de réparer des cicatrices liées à la guerre, raconte le Dr Hamkar. Depuis deux ou trois ans, un flot continu de jeunes, hommes ou femme, et même des religieux, viennent nous voir (...) simplement pour se sentir mieux et beaux.»

«C'est un signe positif, affirme-t-il. Contrairement au passé, notre peuple, au moins dans la capitale, s'éloigne de la violence. Il a des idées en tête qui ne surgissent qu'en temps de paix.»

 


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