La vie et l'amour de Michelle Blanc

La vie et l'amour de Michelle Blanc

Michelle Blanc nous a accueillis dans un luxueux penthouse de la rue Sherbrooke à Montréal.|Photo: Philippe-Olivier Contant/Agence QMI 

Josianne Massé

Dernière mise à jour: 30-09-2014 | 08h42

Michelle Blanc est née Michel Leblanc, un petit garçon, bébé de l'année 1961. Sa mère était une Vigneault et son père, un enfant de Duplessis. L'auteur nous ramène en arrière et nous explique la dynamique d’une famille imparfaite. Les raccourcis sont parfois tentants à faire en tant que lecteur et, comme l’a dit Michelle en entrevue, «ceux qui veulent s'amuser à psychanalyser auront les éléments pour se faire du fun».

C'est la vie plutôt que la mort ou les limbes que Michelle a choisi si l’on doit parler de choix. Communicatrice expérimentée, elle explique sans gêne son parcours. La dysphorie de genre, le nom donné au trouble des personnes qui ont le sentiment d’appartenir à un autre genre, est une condition selon Michelle qui mène à la dépression sévère qui est une maladie dont le traitement est le changement de sexe. Pour Michelle, c’est seulement après sa réassignation de sexe qu’elle s’est enfin sentie femme.

Une puissante histoire d’amour

À travers sa transition, qui ne se fait ni simplement ni rapidement, on découvre l’amoureuse de Michelle, surnommée Bibitte, et ses réactions. On est déstabilisé dès qu'on lui cède la parole dans les premières pages avant même d’entreprendre la lecture de la biographie. On la voit à la fois solide et fragile et on l’apprivoise au fur et à mesure que la condition de Michelle se précise. Bibitte, plus réservée que Michelle, se voit confrontée au changement de sexe de son amoureux, mais aussi à sa propre sexualité, à ses perceptions et aux regards des autres.

«L'amour, c'est un concept qui est flou, mais c'est un concept qui est vrai, a dit Michelle. Des fois, les gens me demandent pourquoi t’aimes Bibitte électrique. La vraie réponse, c'est que je ne le sais pas.»

Michelle s’éloigne des rationalisations pour expliquer son amour et se porte plutôt sur la noblesse de leurs sentiments et leur expression.

Une inspiration pour tous

Michelle fait un rapprochement entre sa vie et celle de l’auteur de sa biographie. Si Jacques Lanctôt a vécu l’exil et l’ostracisme pour avoir posé des gestes politiques, Michelle a vécu l’exil de son sexe de départ et l’ostracisme pour sa différence.

Elle est bien heureuse qu’un homme ait eu la sensibilité requise pour écrire son histoire parce qu’elle a relevé un inconfort provenant surtout des hommes quant aux travestis et aux transsexuels. Elle l’explique par un manque de confirmation biologique et la perte de rites de passage confirmant l’identité masculine.

La biographie de Michelle, ce n’est pas l’histoire de tous les transsexuels. Comme elle l’expliquait, ils ne partent pas tous du même endroit et ils n’arrivent pas tous à la même place non plus. Et puis, c’est peut-être un peu plus que le récit d’une transsexuelle aussi. Michelle a raconté qu’une femme l’a remercié parce que son histoire lui a permis de sortir de chez elle malgré un important problème de peau.

«Mon expérience sert de modèle même à des gens qui n'ont rien à voir avec la transsexualité, a affirmé Michelle. Dans le fond, mon histoire c'est quand même aussi une histoire de cheminement de quelqu'un qui est arrivé à être lui-même. Mon histoire, ce n'est vraiment pas commun sauf que la recherche de soi est commune à tout le monde.»

«Michelle Blanc: Un genre à part»
Jacques Lanctôt
Disponible en librairie
Prix: 24,95$



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