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«Les produits locaux de Grèce ne souffrent pas de la crise», malgré des récoltes annuelles inégales, assure l'agricultrice.
La Grèce est le sixième producteur mondial de pistaches avec 9.000 tonnes par an, selon la FAO. A Egine, la production se compte seulement en centaines de tonnes, mais bénéficiant d'une appellation d'origine contrôlée, cette pistache jouit d'une réputation d'excellence, et est aussi l'une des plus chères.
Au fond du verger des Gika, le père de Nota est enterré à l'ombre d'un cyprès. Il y a 60 ans, il se lançait sur cette île au large d'Athènes dans la production de la petite amande verte dont vivent aujourd'hui sa fille et ses petits-enfants.
Les Gika, devenus les plus gros producteurs de l'île avec un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros en 2010 (près de deux millions), disposent de machines flambant neuves.
Les pistaches sont triées mécaniquement, plongées dans un mélange sel et citron puis séchées avant d'être conditionnées au rythme de 4 000 sachets par heure.
En 2011, mauvaise année, leur production s'est limitée à 8 tonnes mais devrait grimper à 30 tonnes cette année. Sans compter les dizaines de tonnes achetées à d'autres producteurs locaux.
La modernisation de l'outil de production a été coûteuse, mais «grâce à notre installation, nous allons pouvoir exporter», se réjouit l'agricultrice.
«Nous avons des contacts en Chine, en Italie, aux États-Unis et avec Harrod's», le grand magasin de luxe à Londres, fait-elle valoir, flanquée de son fils Thanasis Lakkos, qui dirige l'entreprise familiale.
Nikolaos Stamboulis, président de la coopérative des pistachiers d'Egine, qui rassemble plus de 300 petits producteurs, confirme la bonne tenue des ventes malgré cinq années de récession en Grèce.
«Nos commandes ont baissé, et les ventes de notre kiosque au port» qui propose pistaches salées, sucrées, nougats et liqueur, «ont reculé de 25% ces trois dernières années. Mais nous nous sommes efforcés de démarcher plus de petits magasins et nous écoulons toute notre production», dit-il.
«L'agriculture résiste bien, la crise n'est pas vraiment un problème», sourit Heleni Kypreou, propriétaire passionnée de 800 pistachiers. La tonne qu'elle a produite l'an dernier a vite trouvé preneur.
L'ancienne journaliste laboure elle-même ses terres, données à sa famille au XIXe siècle en échange de vaisseaux pendant la guerre d'indépendance.
«L'agriculture pourrait être un grand atout pour la Grèce. Mais il y a un problème d'envie, de mentalité», déplore-t-elle.
«Le tourisme a fait croire à l'argent facile. Avant la crise, les gens préféraient utiliser leur terrain pour construire des maisons, des pistachiers étaient arrachés. Personne ne voulait travailler la terre».
La crise a suscité des vocations. En Grèce, la part des agriculteurs dans la population active, à 11,3% en 2008, est remontée à 12,5% en 2010.
Mais «le retour à la terre concerne les gens d'un certain âge», alors même que la moitié des jeunes Grecs sont au chômage, constate Heleni.
«Cultiver la pistache demande un gros travail manuel. Les jeunes préfèrent boire des cafés au port. Quand ils auront faim, ils commenceront peut-être à s'intéresser à la terre».
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