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Comment est née l'idée du Fermier urbain?
J'ai toujours aimé le jardinage et j'ai pensé que ça serait le «fun» de faire une expérience d'agriculture en ville, parce que je l'ai vue ailleurs dans le monde. J'ai proposé l'idée à Radio-Canada et ils ont embarqué. On cherche déjà de nouvelles familles pour la deuxième saison.
Est-ce que ça fait longtemps que vous vous intéressez à la terre?
Depuis toujours… Moi, j'ai grandi dans un milieu urbain, à Saint-Michel, mais j'avais des parents drôles. On avait un jardin, on avait des poules. D'ailleurs, il y avait un abattoir pas loin de chez moi et il y avait souvent des poules qui s'échappaient de là... et moi je les récupérais. Aujourd'hui, ça m'est resté et j'ai d'ailleurs une ferme horticole à Chambly, avec des poules et des cailles.
Qu'est-ce que l'agriculture vous apporte?
Ce qui me touche le plus, c'est la transmission du savoir. Dans le premier épisode du Fermier urbain justement, on voit un père qui montre à son fils à lever une brouette. C'est simple, mais c'est une éducation, un partage qui est important. Que ce soit une plante ou une poule, tu es obligé d'apprendre à tes enfants que, si tu ne t'en occupes pas, ça meurt. Moi j'ai une poule cet hiver qui est morte, et ç'a été quelque chose pour mes filles. On a mis la poule dans une boîte et on fait un service… Après, quand l'enfant arrive à l'épicerie devant une poitrine de poulet, il sait que ç'a déjà été vivant... Je pense que ça éveille mieux leurs consciences envers le gaspillage.
Comment peut-on garder une poule en hiver?
Il y a des variétés de poules qui s'adaptent très bien aux hivers québécois, même à moins 30 degrés. Il faut juste qu'il y ait au moins trois ou quatre poules ensemble. C'est encore illégal en ville, mais la plupart du temps toléré… sauf qu'à la moindre plainte, on doit retourner les poules à la ferme.
Pourquoi devrait-on faire de l'agriculture en ville?
Parce qu'on n'a plus le choix: 90 % de la population va vivre dans des villes et il y a de moins en moins de terre... Pourquoi est-ce que notre terrain servirait à faire pousser du gazon? Pourquoi l'eau qu'on recueille ne servirait-elle pas à faire pousser des légumes et des fruits? Pourquoi s'entêter à vouloir arroser son gazon? C'est une mode ça les gazons... Aujourd'hui, dans certaines villes, c'est illégal d'enlever sa pelouse, mais je pense qu'un jour, ça sera illégal d'en avoir trop.
Donc, le « Fermier urbain » s'adresse à tout le monde?
Oui, je pense que tout le monde va apprendre et s'amuser. Il y en a qui vont avoir quatre plants de tomates et seront bien contents. D'autres vont vouloir pousser plus loin et avoir des poules... En voyant l'émission, j'espère qu'il y a des gens qui vont se dire: «Je suis capable de faire ça moi aussi».
Pour des trucs et conseils pour créer votre propre projet de ferme urbaine et même, pour aménager votre jardin virtuel, rendez-vous au Radio-Canada.ca/fermierurbain. L'émission sera présentée à compter du 26 avril, chaque jeudi, à 19 h 30, à l'antenne de Radio-Canada.
![]() © Tzara Maud/Agence QMI |
Antoine Trottier est le conseiller horticole de l'émission Fermier urbain. Il est aussi cocréateur du Collectif de recherche d'aménagement paysager et d'agriculture urbaine durable (CRAPAUD) et fondateur de La ligne verte, une entreprise spécialisée dans l'aménagement de toits verts et de jardins urbains (ligneverte.net).
«Si on veut se lancer dans un projet d'agriculture urbaine, il y a plusieurs approches. On peut aller vers les jardins collectifs, communautaires, ou faire notre petit potager chez nous. Il faut donc d'abord déterminer ses objectifs: est-ce qu'on veut simplement avoir quelques plants de légumes ou une petite production d'appoint en fines herbes pour mettre dans nos recettes? Ou, encore, est-ce qu'on veut plutôt s'impliquer, être dans un jardin avec d'autres personnes, avoir un but commun, se rapprocher de notre voisinage?»
«Si on décide de faire notre production à la maison, il faut y aller avec ce qu'on mange, ce dont on a besoin, mais aussi, il faut étudier son espace... voir l'endroit le plus ensoleillé de notre emplacement, voir où il y a de la terre, voir ce qu'on peut utiliser pour faire pousser des choses dans notre cour, que ce soit un balcon, une clôture, un escalier… Tout peut servir. Avant même de commencer, il y a un paquet de choses à penser.»
«Il ne faut pas oublier qu'on peut aller chercher de l'aide. On peut commencer par aller voir quelles sont les structures de notre ville, de notre quartier, par rapport à ce qu'on veut faire. Ici, à Montréal, il y a les éco-quartiers où on peut se procurer un composteur de balcon, pour réutiliser le compost dans notre jardin... parce qu'on n'a pas accès à du fumier comme en campagne. Il y a des organismes comme ça un peu partout... Chaque ville à ses ressources, c'est juste qu'on ne les connaît pas.»
«On peut faire de l'agriculture urbaine pour plusieurs raisons, mais à la base, tout est dans le goût. Avoir un accès à des aliments frais, de qualité, c'est fou la différence que ça peut faire. Je suis persuadé que tout le monde peut faire la différence entre un concombre fraîchement cueilli et un concombre d'épicerie. Ce n'est donc pas strictement pour des raisons environnementales. Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas à quoi ressemble un plan de brocoli… beaucoup d'enfants ne savent même pas faire la différence entre une aubergine et une pomme de terre. C'est donc important de se rééduquer et de se refamiliariser avec ces notions de base, qu'on a perdues avec le temps… L'agriculture, ça reste un pilier de notre civilisation.»
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