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Drag queen et prof dans une école
Sébastien, drag queen et prof dans une école, se transforme en Barbada pour son spectacle au bar Le Drugstore à Montréal, en avril 2012
© Josianne Massé/Agence QMI
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Drag queen et prof dans une école

Sébastien a la vocation d'enseignant, mais son alter ego féminin, Barbada, a aussi l'appel de la scène.
Par Josianne Massé
Canoe.ca

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L'univers des drag queens, sans être secret, reste énigmatique. Sébastien a accepté de parler de ce milieu pour dissiper le mystère qui entoure ces artistes. Nous nous sommes donné rendez-vous Chez Mado, là où les drag queens occupent la scène tous les jours de la semaine. C'est avec plus de vingt minutes de retard qu'il s'est présenté au cabaret.

«Il n'y a rien de plus en retard qu'une drag queen!» a lancé le barman en hochant de la tête pour appuyer sa vérité.

Sébastien portait des jeans et avait une barbe de quelques jours. Rien ne laissait croire que cet homme revêt perruque et talons le soir venu pour faire un spectacle, et ce, depuis 7 ans.

«Au travail, personne ne pourrait dire qu'on fait ça», a-t-il affirmé.

Pourtant, une collègue de travail l'a déjà vu en spectacle, habillé en femme. Cette enseignante s'était inquiété de la réaction des parents s'ils venaient à apprendre la double vie de Sébastien alors elle l'a dénoncé à la direction d'école. Entre quatre murs, la direction s'est montrée ouverte et compréhensive, offrant même son support dans l'éventualité où un parent y verrait un problème, selon les dires de Sébastien.

Comme Samantha Ardente

«J'appréhende et en même temps j'anticipe un peu la journée où une direction d'école va me mettre au défi de choisir entre faire la drag queen et enseigner», a exprimé Sébastien.

Il a lui-même fait le parallèle entre sa situation et celle de Samantha Ardente, confiant qu'il pourrait faire changer les mentalités en argumentant pour son droit de faire la drag queen le soir tout en conservant son poste d'enseignant de jour.

«Je ne voudrais jamais travailler pour un employeur qui me demanderait d'arrêter ce que je fais», a insisté Sébastien parce que l'employeur lui demanderait alors de renoncer à une partie de lui.

«Ça ne fait pas partie de ma vie privée, je ne le cache pas, mais ça fait partie de ma vie personnelle», a nuancé Sébastien. «Ce que je fais, même si c'est diffusé, ça ne m'empêche en aucun temps de faire mon travail comme il faut.»

Le jeune homme mise plutôt sur les bienfaits de sa vie de soir sur celle de jour. Pour Sébastien, être drag queen ne fait qu'améliorer ses compétences d'enseignant.

«Les traits de personnalité que j'ai ici en tant que drag ne sont pas là quand je suis devant une classe d'élèves, c'est sûr», a-t-il lancé sans hésiter. «Mais la confiance en moi, l'assurance, la bonne humeur, le franc parler, c'est là quand je suis devant les élèves.»

Sébastien a précisé qu'il ne demande pas aux petits garçons de se maquiller en classe. Même à l'Halloween, il évite d'arriver en femme. Il utilise ses connaissances en maquillage pour se transformer en monstre ou en Michael Jackson. Sébastien a dit qu'il tient à instaurer et conserver une limite entre ces deux mondes.

«C'est de l'art»

Sébastien, drag queen et prof dans une école, se transforme en Barbada pour son spectacle au bar Le Drugstore à Montréal, en avril 2012
© Josianne Massé/Agence QMI

Sébastien a aussi été dans les cadets de 12 à 18 ans et officier dans la marine de 19 à 26 ans. Des officiers hauts gradés ont vu des photographies de lui en drag queen et, à sa grande surprise, l'ont applaudi.

Mais sa mère, elle, n'a pas immédiatement bien réagi en voyant des perruques passer parce que Sébastien habitait encore avec elle malgré sa vingtaine bien avancée. Il savait qu'elle n'était pas à l'aise de par son silence. Il l'a donc invitée à l'un de ses spectacles pour lui montrer cet univers.

«Elle a compris que ce qu'on faisait, c'était vraiment du spectacle et que ce n'était pas juste s'habiller en femme pour s'habiller en femme, qu'il y avait même une démarche artistique derrière ce qu'on faisait», s'est rappelé Sébastien. «L'image de ce qu'elle avait, ce n'est pas ce qu'elle a vu ici.»

Par démarche artistique, Sébastien entend tout le processus de recherche. Maquillage, perruque, costume, souliers, chorégraphie, etc.: tout est une création de l'artiste qui s'exécute sur scène.

«Ce qu'on fait c'est de l'art», a-t-il soutenu.

Des hommes plus féminins?

Sébastien travaille de 4 à 6 soirs par semaine, soit en drag queen pour faire un spectacle ou en homme s'il est DJ. Si la scène lui manque lorsqu'il anime les foules en DJ, il est content de ne pas avoir à prendre le temps de se maquiller tous les soirs. Pour passer d'homme en drag queen, ça peut prendre de 40 à 75 minutes. L'étape du maquillage, cruciale, permet de voir le personnage apparaître tranquillement. C'est aussi à ce moment que ressortent tous les traits de la drag queen, a observé un photographe qui suit Sébastien depuis des mois pour un projet de livre.

En une soirée, une drag queen peut faire trois ou quatre numéros dans autant de costumes différents. Les drag queens gagnent rarement plus de 100$ par soir. C'est donc un travail qui devient rentable que lorsque la drag queen possède déjà une grande sélection de costumes et de perruques. Sébastien possède de 150 à 200 ensembles différents qui sont entreposés dans une «loge», une pièce entière d'un appartement loué au centre-ville.

Sébastien n'a jamais pensé être drag queen avant que l'occasion se présente. Il n'a jamais porté des habits de femme autrement, que ce soit en étant petit ou dans son intimité. Il précise que ce n'est pas une facette de sa sexualité non plus.

«Les gens qui ne connaissent pas ça vont dire "Es-tu féminine?" et ils vont avoir tendance à juger trop vite parce qu'ils ne savent pas réellement c'est quoi», a démystifié Sébastien. «Ils voient les drag queens comme nous le sommes ici dans une soirée ou un spectacle, et ils s'imaginent qu'on est comme ça tout le temps. Ils ne comprennent pas que c'est un personnage et qu'on rentre dans ce personnage-là.»

Même s'ils féminisent les adjectifs en se parlant, c'est seulement sur scène et dans leur loge que les drag queens exposent toute leur extravagance. Sébastien explique que les personnages des drag queens sont tout de même issus de l'homme qui est derrière, mais que leur personnalité est exponentielle, à la puissance 10.

«Il vient un temps aussi où il faut que tu sois capable de faire la distinction entre le personnage que tu t'en vas faire et toi», a éclairci Sébastien. «Plus la création de ton personnage avance, plus tu deviens capable de t'en éloigner.»

 

Les endroits où vous pouvez voir des prestations de drag queens à Montréal

- Cabaret Chez Mado, 1115 rue Sainte-Catherine Est
- Drugstore, 1366 rue Sainte-Catherine Est
- Cocktail, 1669 rue Sainte-Catherine Est
- Sky, 1474 Rue Sainte-Catherine Est
- Chez Cléopâtre, 1230 boulevard Saint-Laurent

MicasaCanoë VoyagesLifewise
19 mai 2013

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