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Grandeur nature, les sculptures de Winston Churchill - debout en trench-coat et chapeau - de Jack Nicholson - vautré hilare dans un fauteuil club - ou du Terminator Schwarzenegger - en treillis et rangers - ont demandé des mois de travail à Janio Nuñez, petit quadragénaire malicieux dont l'obsession du tabac a failli tourner en maladie mentale.
«Je voyais mes amis en tabac. Habillés en feuilles de tabac. Je rêvais de tabac. J'ai dû aller voir un médecin, un psychologue», explique à l'AFP Janio qui était alors «torcedor» (rouleur de cigares) dans un grand hôtel de Varadero, la grande station touristique de Cuba, à 150 km à l'est de La Havane.
«Alors comme remède, une nuit, j'ai commencé à rouler des formes, des objets, tout en tabac brut. Ma première vraie pièce a été la tête de l'indien qui orne les cigares de la marque Cohiba.»
Têtu, Janio passe trois semaines à forcer les barrages pour rencontrer le directeur de Habanos SA, le monopole d'État des cigares cubains, afin de lui présenter son oeuvre. «Dites-moi ce que ça vaut. Si vous me dites que c'est nul, je la détruis tout de suite», lui lance alors Janio, finalement reçu à force d'obstination.
![]() © AFP Photo/Adalberto Roque |
Depuis, Janio peut donner libre cours à son obsession du tabac. Et se lancer dans sa collection des «Fumeurs célèbres» qui inclut également Che Guevara, Charlie Chaplin, Luciano Pavarotti, Compay Segundo et le plus célèbre des planteurs de tabac cubains, Alejandro Robaina, décédé en 2010.
Les formats réduits ne lui suffisent pas. En 2000, il réalise sa première oeuvre grandeur nature, ce Churchill qui a valu une visite à Cuba de la petite-fille de l'ex-Premier ministre britannique, Celia Sandys. Le Churchill, cigare à la bouche, trône aujourd'hui chez un collectionneur italien vivant au Venezuela.
Jack Nicholson et Arnold Schwarzenegger ont en revanche disparu. «Dans les méandres d'une exposition en République dominicaine, j'ai dû partir en les laissant derrière moi et je ne n'ai jamais pu les récupérer», explique Jaino, accablé par la perte de ces deux pièces estimées à plusieurs dizaines de milliers de dollars chacune.
Puis, Jaino rencontre Dieu et arrête de sculpter: «Je voulais devenir célèbre, mais quand la célébrité m'est tombée dessus je n'étais pas prêt», confesse-t-il. Il suit des cours pour devenir pasteur évangéliste et obtient son diplôme en 2006. Mais sa passion du tabac le reprend en 2008 et il se remet à la création.
Installé depuis 2011 dans un atelier champêtre à Guanabo, à une demi-heure de La Havane, au bord de la mer, il relance sa production. Alternant des petites pièces artisanales destinées aux touristes et aux curieux et des oeuvres plus ambitieuses, volontiers inspirées de sa foi.
Son principal projet? Une fresque «Fondements de l'Humanité». «Dieu me la révélera», assure-t-il tout sourire en caressant avec passion ses feuilles de tabac.
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