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Pour le personnel de l'institution «Ivan Rilski» à Sofia, Guergana, qui reste muette et indifférente aux jouets, souffre de malformations du cerveau pas complètement élucidées. Sa famille se dit incapable de la faire soigner et préfère la placer dans un foyer.
L'abandon d'enfants, pratique héritée des temps communistes, de l'après-guerre à 1990, est largement répandu dans les 22 pays d'Europe centrale et orientale et de l'ex-URSS, a déclaré Jean-Claude Legrand, responsable de l'UNICEF pour les pays de l'ancien bloc soviétique. Des institutions d'État y abritent 626 000 enfants dont au moins 31 000 de moins de trois ans, a-t-il précisé.
Avec 780 enfants placés sur 100 000 enfants âgés de moins de trois ans, la Bulgarie tient le premier rang du taux d'enfants de cet âge abandonnés dans des foyers, selon l'UNICEF Bulgarie.
Si un bébé manque d'interaction avec un adulte, cela retarde son développement et «aggrave ses troubles», explique Boris Cyrulnik. «Voici un signe de carence affective grave», relève-t-il devant un garçon d'un an qui se balance sur place. «L'isolement sensoriel provoque des atrophies du cerveau».
La mission de l'UNICEF a pourtant constaté que les conditions matérielles de survie des enfants étaient assurées: «Le personnel ne peut pas faire plus dans le cadre de ce type d'institution à 75 enfants», estime Jean-Claude Legrand. «Bon bâtiment, directrice très dynamique, personnel tout à fait raisonnable... mais ce n'est pas ce qui répondra aux besoins affectifs, aux besoins d'attachement de ces enfants», isolés chacun dans son berceau, ajoute-t-il.
Conscient des problèmes, le gouvernement envisage de fermer les 32 institutions abritant plus de 1 800 enfants de moins de trois ans, dont 40% handicapés. L'idée est de «bloquer à la source» l'abandon dans des foyers où résident 7 000 enfants et adolescents au total.
Un premier foyer à 32 résidents a été fermé fin 2010 à Teteven et huit autres petits établissement abritant 311 jeunes enfants au total doivent être clos d'ici 2014.
Le foyer de Choumen, qui abritait 104 jeunes enfants en 2010, a réduit ses résidents à 42 avec l'aide de l'UNICEF et d'organisations non-gouvernementales (ONG) bulgares, notamment pour former des familles d'accueil, un service qui ne fait que démarrer. Les résultats n'ont pas tardé: «Miléna, une fillette de trois ans, qui restait immobile dans ce foyer, marche, saute et parle un an plus tard», se félicite Neli Perova, présidente de l'Institut de pratiques sociales.
Le médecin Lubomir Jabounov qualifie certains des foyers de «dépôts à êtres humains». À Choumen, «56% des enfants avaient un sous-poids qui résultait de leur dépression, pas d'une malnutrition», témoigne-t-il.
La perspective de la fermeture des grands asiles reste cependant vague. Les services sociaux et des ONG s'efforcent d'aider des familles démunies, notamment de la minorité Rom, et des mères sans emploi à se stabiliser pour garder leur enfant. Des garderies s'ouvrent avec de l'aide de l'Union européenne. L'adoption, particulièrement de jeunes enfants handicapés, est encouragée.
Toutefois, la directrice d'«Ivan Rilski», Valentina Liharska, marque les limites de cet exercice: «Le séjour nuisible d'enfants sains dans des institutions doit être réduit au minimum, mais les enfants handicapés aux besoins spécifiques doivent y rester car il manque un réseau de services de soutien».
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