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«Elle ne peut pas lire ou écrire. Elle ne peut pas faire de calculs simples. Elle n'a pas la moindre idée du temps», explique Vivien Lourens, sa mère adoptive, blanche.
L'alcoolisme est à l'origine de milliers de morts sur la route, de la majorité des crimes de sang et de très nombreuses malformations infantiles par alcoolisation foetale, irrémédiables.
Ironie du sort, les Sud-Africains sont en général plutôt sobres. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près des deux tiers des habitants n'ont jamais bu une goutte. Seuls 27% disent qu'ils ont pris un verre dans les douze derniers mois.
Mais beaucoup de ceux qui boivent boivent beaucoup.
Parmi eux, plus de 48% des hommes et 41% des femmes disent consommer au moins l'équivalent de 60 grammes d'alcool pur au moins une fois par semaine.
Le problème est particulièrement grave dans la province rurale du Cap septentrional (nord-ouest).
Lorsque les huguenots français arrivés en Afrique du Sud au XVIIe siècle ont commencé à planter des vignes, leurs ouvriers ont reçu une partie de leur salaire en alcool.
Ce système a été officiellement interdit dans les années 1920, mais il a en fait perduré jusqu'à la fin de l'apartheid, au début des années 1990.
«Ainsi s'est développé un alcoolisme social, à très grande échelle», note Denis Viljoen, président de la Fondation de recherche sur l'alcool, basée au Cap.
Les petites villes de De Aar et Upington, dans le Cap septentrional, ont le triste privilège d'avoir les taux de syndrome d'alcoolisation foetale les plus élevés du monde, avec 57 cas sur 1 000 nouveau-nés.
«C'est la malformation congénitale la plus courante», soupire M. Viljoen, qui relève qu'elle est aussi répandue que toutes les autres réunies.
Les statistiques de la criminalité montrent que 80% des crimes violents sont liés à l'alcool ou aux drogues. L'alcool est aussi blâmé par le ministère des Transports pour la forte mortalité sur les routes du pays - avec 1 500 décès rien que pendant les vacances de Noël.
Les autorités envisagent aujourd'hui tout un éventail de mesures juridiques pour lutter contre l'alcoolisme. L'âge légal de consommation dans les lieux publics pourrait ainsi être relevé de 18 à 21 ans, tandis que les femmes enceintes ne pourraient plus acheter de bouteilles et que la publicité sur l'alcool serait interdite.
En attendant, la police a en janvier déversé dans le caniveau 200 000 litres d'alcool confisqués dans des bars illégaux des townships, les shebeens.
Leana Olivier, directrice de la Fondation de recherche sur l'alcool, estime qu'une meilleure prévention est nécessaire.
«Personne ne sait ce qu'est une consommation raisonnable. Pourquoi ne pouvons-nous pas donner aux gens d'informations sur l'abus d'alcool et ses effets?», interroge-t-elle.
Louise Ketani, habitant la township de Gugulethu au Cap, a bu pendant sa grossesse et se demande si ce n'est pas la raison pour laquelle sa fille Tiona est petite pour son âge et mauvaise en mathématiques. Elle blâme la pauvreté et le manque d'information: «C'était dangereux, mais je ne savais pas», se désole-t-elle.
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