À Hong Kong, le cauchemar des futures mères

À Hong Kong, le cauchemar des futures mères

© Shutterstock 

Par BEH Lih Yi

Dernière mise à jour: 20-08-2013 | 02h42

Chaque année, des dizaines de milliers de Chinoises du continent se rendent sur ce territoire pour accoucher, provoquant une pénurie de lits dans les maternités débordées.

Les futures mères et le personnel hospitalier de Hong Kong craignent une accentuation de ce phénomène en cette année du dragon. Les enfants nés sous ce signe, qui ne revient que tous les 12 ans, sont parés de toutes les vertus, selon la croyance chinoise.

«Nous n'avions pas programmé cet enfant pour qu'il soit un bébé dragon», déclare Michele Lee, 38 ans, qui attend une fille pour avril. «Nous étions très excités au début, mais très vite, nous avons commencé à nous inquiéter de ne pas trouver une place dans une maternité».

Mi-janvier, 1 500 personnes ont défilé dans les rues de l'ancienne colonie britannique contre l'afflux de Chinoises du continent dans les hôpitaux.

Statut semi-autonome

Un enfant né à Hong Kong obtient automatiquement le droit d'y résider et d'y aller à l'école. Accoucher sur l'ancien territoire britannique permet également d'échapper à la politique de l'enfant unique toujours en vigueur en Chine.

Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997, mais bénéficie d'un statut semi-autonome, avec sa propre législation, sa monnaie, sa justice.

Dès qu'elle a appris sa grossesse, Michele Lee a voulu réserver une place dans la maternité de son obstétricien. Mais il était déjà trop tard.

«Je ne pouvais pas aller dans la clinique privée de mon choix, alors que j'étais prête à payer, et que mon mari et moi sommes Hongkongais», dit-elle.

«Des amis me disent qu'il faut que j'inscrive déjà ma petite fille dragon au jardin d'enfants. Il faut se battre, comme pour les hôpitaux», ajoute la future mère.

Baby-boom

En 2011, sur 80 131 bébés nés à Hong Kong, 38 043 avaient pour mère une Chinoise du continent, selon les statistiques officielles.

Lors de la précédente année du dragon, en 2000, le nombre des naissances sur le territoire avait augmenté de 5,6%. Pour 2012, les médecins prévoient 100 000 naissances, alors que les réservations dans les hôpitaux publics ont augmenté de 15%.

En prévision d'un baby-boom, les autorités de l'ancienne colonie ont durci les conditions d'entrée, avec une augmentation des contrôles à la frontière avec la Chine et une limitation des places dans les hôpitaux pour les femmes venues du continent.

Mais certaines, parvenues à destination, attendent alors le dernier moment pour aller aux urgences de la maternité. Les autorités hospitalières de Hong Kong rapportent un triplement des naissances dans les services d'urgence en 2011.

«Le système ne peut plus faire face. L'augmentation du personnel et des capacités d'accueil ne peut pas suivre la hausse de la demande. Il y a beaucoup trop de femmes enceintes qui viennent du continent pour accoucher à Hong Kong», déclare Cheung Tak Hong, chef du service obstétrique du Prince of Wales Hospital, un hôpital public situé près de la frontière.

En arrivant au dernier moment, ces femmes mettent leur vie et celle de leur bébé en danger, ajoute le médecin, porte-parole d'une association d'obstétriciens de Hong Kong.

«Elles n'ont pas de place réservée, pas de dossier médical, nous ne les avons pas suivies et elles arrivent au dernier moment. Cela met beaucoup de pression sur le personnel», ajoute-t-il.

«Je ne les condamne pas car autrefois les gens de Hong Kong faisaient la même chose. Nous voulions offrir de meilleures chances à nos enfants», précise-t-il. «Mais nous ne pouvons plus faire face à cet afflux».

Lors des années précédant la rétrocession à la Chine en 1997, de nombreuses Hongkongaises partaient accoucher à l'étranger, pour garantir à leur bébé une autre nationalité dans le cas où la situation se dégraderait.


Vidéos

Photos