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Pour son deuxième bébé, Itayani s'est rendue à la clinique Yayasan Bumi Sehat, à Nyuh Kuning, près de la ville touristique d'Ubud, sur l'île indonésienne de Bali, fondée par une Philippino-Américaine, Robin Lim qui s'est donnée pour mission d'aider les parturientes les plus pauvres de l'archipel.
«On ne refuse personne», confirme Robin Lim, 55 ans, qui a fondé la clinique en 2005. «Ici, une prostituée ou une mendiante reçoit les mêmes soins qu'une riche». Elle a été élue le mois dernier «héros de l'année» par les auditeurs de la chaîne américaine CNN, un titre accompagné d'une enveloppe de 300 000 dollars.
«981 mères vont mourir aujourd'hui dans la fleur de l'âge, et autant demain et le jour suivant. Aidez-moi à changer cela», a-t-elle dit en recevant le prix. En Indonésie, un immense archipel de 240 millions d'habitants où la moitié de la population vit avec moins de deux dollars par jour et n'a pas accès aux soins, le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes s'établit à 228, contre 9 dans les pays développés.
Une sage-femme ou un hôpital public coûtera généralement un million de roupies. Le gouvernement a bien mis en place un système permettant de bénéficier de la gratuité des soins, mais la complexité bureaucratique du processus est décourageant pour la frange la plus pauvre et souvent illettrée de la population.
Nombre de femmes se voient donc dans l'obligation d'accoucher chez elles, avec les services moins onéreux d'une accoucheuse sans qualification, ou d'un sorcier de village, plaçant l'Indonésie à un piètre 117e rang dans le classement mondial de l'ONU pour la mortalité infantile (avec près de 29 morts pour 1000 naissances).
Mme Lim est née en Arizona, dans le sud des États-Unis, mais est installée depuis 1992 en Indonésie. «Les gens estiment normal de perdre une mère ou un enfant. Ils ne pensent pas à la souffrance», explique Robin, qui sait ce que le mot veut dire.
Sa sœur est décédée de complications dues à une grossesse aux États-Unis. «Le docteur n'a pas pris soin d'elle. Il n'a jamais pris le temps de la prévenir qu'elle souffrait d'hypertension», se souvient-elle.
Brisée après avoir perdu sa sœur, elle est elle-même devenue sage-femme, a vendu sa maison à Hawaï et s'est trouvée une mission dans la vie: créer «un endroit où les pauvres puissent accoucher». «Nous avons besoin d'une société plus égalitaire», où toutes les mères puissent survivre à leur accouchement, dit-elle.
Robin Lim a ouvert une autre maternité dans la province d'Aceh, dans le nord-ouest de l'archipel indonésien. Comme celle de Bali, elle fournit des soins médicaux, un suivi prénatal, des cours de yoga pour préparer à l'accouchement, des soins pédiatriques, de l'acupuncture et même des cours de relaxation par la méthode japonaise Reiki.
Son action est financée par des dons privés, de ses amis et sa famille.
Mais cela ne limite pas ses ambitions: elle a aujourd'hui pour intention d'ouvrir une troisième clinique, plus grande encore que les deux premières, et alimentée par l'énergie solaire. «Je ne sais pas quand j'aurai le sentiment d'en avoir fait assez. Peut-être quand plus personne ne perdra une mère ou un bébé, à cause de la pauvreté».
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