Exploitation commerciale d'un lieu de pèlerinage pour des produits de beauté

Exploitation commerciale d'un lieu de pèlerinage pour des produits de beauté

Comment empêcher les six millions de pèlerins qui affluent chaque année de remplir des bouteilles à la source?|Photo: Archives/AFP 

Laurent Lozano

Dernière mise à jour: 19-11-2012 | 08h36

Pour autant, les Sanctuaires ne cachent pas être bien embarrassés depuis qu'ils ont appris voici quelques jours, dans les pages beauté de Next, magazine du quotidien Libération, qu'on pouvait prendre soin de son corps avec une gamme «Crème de Lourdes» et se savonner au «Savon Crème de Lourdes», confectionné avec l'eau de la grotte et «véritable source de bienfaits pour le corps et l'âme».

Les Sanctuaires, qui administrent le lieu de pèlerinage, ont adressé une mise en garde au site, le prévenant que «l'exploitation commerciale de l'eau de la Grotte, souvent dénommée eau de Lourdes, est strictement interdite et contraire à la foi catholique», selon leur service de presse.

Mais de là à attaquer en justice... Ce serait ouvrir un immense chantier de propriété légale pour des Sanctuaires, éloignés de ce type de préoccupation depuis des décennies. Et ils étaient bien plus accaparés cette semaine par la protestation contre le mariage homosexuel, admettent-ils.

Les Sanctuaires se demandent aussi s'ils peuvent remettre en question le commerce de tous les professionnels qui, à Lourdes, vendent des souvenirs utilisant l'eau de la source ou même l'image de la grotte et avec lesquels ils ont toujours vécu en bonne entente. Comment, en plus, empêcher les six millions de pèlerins qui affluent chaque année de remplir des bouteilles à la source?

Les Sanctuaires trouvent quand même que, cette fois, les marchands du temple sont allés un peu loin. Mais ils se sont contentés d'écrire au site pour lui «intimer l'ordre» de retirer les images et textes appartenant à leur site officiel et de cesser «d'entretenir ainsi une confusion dans les esprits».

Les Sanctuaires ne semblent pourtant pas devoir craindre un effet de masse.

Celui qui se présente comme l'inventeur de «Crème de Lourdes», joint par l'intermédiaire de son site, reconnaît qu'il est bien allé puiser de l'eau à la grotte de Massabielle, là où la Vierge serait apparue à Bernadette Soubirous, avec des intentions tout sauf spirituelles.

Denis D. dit être un fonctionnaire de la région qui veut changer de vie et a vite pensé à Lourdes quand il a réfléchi à une activité rémunératrice. Il s'est assuré que les marques en question n'étaient pas déposées et s'est tourné vers un fabricant du coin pour produire sa ligne de soins, avec «95% de produits naturels locaux et 5% d'eau de Lourdes».

Cependant, depuis 2009, il n'a réalisé que 300 euros de chiffre d'affaires, dit-il, et il ne lui a pas fallu plus d'un litre d'eau. D'ailleurs, il est en rupture de stock et cherche à relancer sa petite entreprise.

Denis D., qui ne croit pas aux effets miraculeux de l'eau mais à ses vertus «psychosomatiques», ne cache pas qu'il veut faire du commerce. «Mais pas plus que (tous) les commerces qu'il y a sur Lourdes et qui font des centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires, pas plus que l'Eglise qui reçoit des dons par la vente des cierges». Il conçoit cependant que l'Eglise ait été «blessée» et nettoiera son site des liens avec celui des Sanctuaires.

Les Sanctuaires, eux, veulent croire que «la Crème de Lourdes ne sera jamais dans les rayons des commerçants de Lourdes, c'est pas déontologique».


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